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This Day in History

Quotation of the Day

samedi 30 janvier 2010

A l’ère de la propagande soft


Edward Bernays (1891-1995) est le père de la propagande "soft"



« La tache d’un vrai intellectuel consiste à analyser les illusions pour en découvrir les causes. »

Arthur Miller

Le vote du Sénat pour un second mandat de Ben Bernanke à la tête de la Federal Reserve Bank a rassuré Wall Street. Il intervient à point nommé pour l’intéressé mais aussi pour le président des États-Unis. Un vote négatif du Sénat aurait été un désaveu cinglant infligé à Obama qui souhaitait le reconduire alors que l’intéressé appartient au parti républicain. L’incertitude du vote démontre qu’il existe une forte opposition à l’égard de la politique menée par le locataire de la Maison Blanche.

Le tohu-bohu de cette élection à haut risque pour le président intervient onze jours après la cuisante défaite de la candidate démocrate à l’élection du poste vacant de sénateur du Massachusetts après le décès de Ted Kennedy. Ce n’était pas une surprise pour nos lecteurs. Dans deux articles «L’Amérique au pain sec et à l’eau» du 10 octobre 2009 et «Charles le Téméraire» du 15 octobre 2009 (1), que j’avais écris à mon retour d’Amérique, la rage des citoyens américains à l’encontre des banquiers de Wall Street sauvés par l’argent du contribuable n’allait pas retomber de sitôt. Les Américains ne sont pas des veaux à qui l’on peut tout faire avaler. Puissent les Français défier, en 2012, cette funeste phrase attribuée au général de Gaulle ? Je concluais par : «Les élections de 2010 au Congrès s’annoncent passionnantes…» L’élection partielle au Massachusetts a confirmé la justesse de mon analyse.

La citadelle du parti démocrate tenait depuis l’élection du 3 janvier 1953 d’un certain John Fitzgerald Kennedy qui tint ce poste jusqu’au 22 décembre 1960, quand il fut élu le trente-cinquième président des États-Unis. Lui succéda un intérimaire, Benjamin Smith, jusqu’à l’élection générale du 7 novembre 1962. Il dût se retirer au profit du plus jeune frère du président. Ted Kennedy se cramponna pendant quarante-sept ans à son siège jusqu’à sa mort prononcée le 25 août 2009.

Si cette vieille citadelle du parti démocrate est tombée aussi facilement, que va-t-il se passer dans les autres bastions du parti démocrate et, a fortiori, dans les « swing States » (États girouettes) lors de l’élection générale du 2 novembre 2010 ? Je vous laisse deviner. Le conservatisme a encore de beaux jours en Amérique.

L’ère des spin doctors

La crédibilité d’un intellectuel repose sur la justesse de ses mots, celle d’un politique sur ses actes. Cette dichotomie est battue en brèche à cause d’une nouvelle forme de propagande portant le nom de spin doctor. Pour bien comprendre de quoi il s’agit, spin veut dire pirouette en anglais. C’est aussi un verbe intransitif : tournoyer ou tourner. Doctors fait référence à des gens qui professent la pirouette à des politiques pour manipuler l’opinion publique. En raison de l’association entre spin et conférence de presse, la pièce dans laquelle se joue cette action, porte le nom de spin room. Excusez-moi pour ce jargon importé d’Outre Atlantique qui n’a pas d’équivalent dans notre langue.

Edward Louis Bernays (1891-1995) est le père de cette nouvelle forme de propagande. Ce juif américain d’origine autrichienne s’inspira des travaux de Gustave Lebon et de Wilfred Trotter sur la psychologie des foules, et également de la psychanalyse inventée par son oncle Sigmund Freud. Son père, Ely Bernays, était le frère de Martha, la femme de Freud. En tant que juif ayant été témoin du rôle critique de la propagande du parti national-socialiste, il craignait que la même animosité irrationnelle à l’égard de son peuple puisse se développer dans n’importe quelle autre démocratie, à commencer par l’Amérique, son pays d’adoption. Selon un témoignage recueilli par la BBC auprès de sa fille Ann, Bernays pensait qu’il ne fallait pas se fier au jugement démocratique du peuple. Il craignait que le public américain puisse voter facilement pour le mauvais candidat ou pour la mauvaise cause. Le peuple avait besoin d’être guidé. C’est pourquoi son père croyait à un despotisme éclairé des masses...

La technique inventée par Bernays utilise cinq moyens.

1) La présentation sélective de faits et de citations soutenant une position.

2) Le non-démenti démenti. C’est très subtil. Popularisé après le scandale du Watergate, c’est un propos qui semble direct et sans ambigüité à la première écoute, mais qui se révèle à l’analyse, comme n’étant pas du tout un démenti, mais comme une sorte de vérité non avouable. Les mots utilisés sont vrais mais ils servent à délivrer une fausse impression auprès du public.

3) Parler en laissant suggérer des vérités non fondées. C’est un doux euphémisme de la technique du gros mensonge inventée par le docteur Joseph Goebbels.

4) Le recours à l’euphémisme pour masquer un agenda.

5) Enterrer les mauvaises nouvelles en insérant toujours une bonne en même temps, dans l’espoir que les médias les oublieront. Une autre tactique est de faire diversion en ouvrant un débat sur un terrain nouveau.

Obama maîtrise parfaitement ces outils de propagande inventés par Bernays ; c’est pourquoi il a été élu président. Il est plus ambitieux qu’on ne le croit. John Favreau, sa plume, a dit à Ken Auletta, le reporter du New Yorker (2) : «Le président est en mission, non pas de changer juste de politique à Washington, mais de changer de culture à Washington, et les médias aussi.» Ce n’est plus comme autrefois un affrontement entre le président et la presse. Abraham Lincoln écartait les critiques de la presse, en les traitant de «bruit» ou de «gaz» générés par l’ignorance et l’infatuation des éditorialistes.

L'avènement d'internet

Un troisième acteur s’est imposé ; plus personne ne contrôle une histoire longtemps. Avec internet, le cycle des nouvelles est beaucoup plus court. Une image chasse rapidement une autre. Après que John Fitzgerald Kennedy s’exprima au sujet de la crise des missiles à Cuba, en octobre 1962, les médias retournèrent immédiatement à leur programmation. Maintenant, le discours du président est disséqué dans l’heure qui suit. Le président n’a plus le monopole de la parole, qu’il avait au début de la télévision. La technologie n’a pas simplement mis en péril les journaux mais aussi la présidence impériale inventée par Théodore Roosevelt. (3)

Obama ne veut pas être distancé. Il utilise massivement la toile à travers Twitter, Facebook et YouTube, des outils qui n’existaient pas encore pendant la campagne présidentielle de 2004. Dan Pfeiffer, le directeur de la communication de la Maison Blanche, a spéculé que les représentants de la presse seront bientôt obsolètes à la Maison Blanche.

Comme Sarkozy, Obama mise tout sur son image auprès du public. Leur rivalité médiatique les oppose davantage que leur fond idéologique. C’est à celui qui ravira à l’autre la scène d’un jour ou d’une heure... N’attendez pas d’eux de débat sérieux sur un dossier, sauf que l’un est le chef de la plus grande puissance militaire de la planète, et l’autre d’une puissance moyenne en voie de décomposition. La multiplication des G bidule sert le plus faible.

Malgré l’adoration dont il a bénéficié lors de son élection présidentielle, Obama a toujours été distant avec la presse. David Mendell, un ancien reporter du Chicago Tribune, qui a suivi Obama depuis ses débuts en politique, a écrit qu’il n’était ni proche, ni populaire avec les journalistes. «Ce que le public a encore à découvrir, est son côté secret : sa nature impérieuse, mercuriale, suffisante et irritée

Comme l’image est l’arme de l’actuel président, aucune fausse note n’est tolérée. Il n’y a pas de clan non plus pour éclairer les choix difficiles du président. Les fuites sont faibles et orchestrées. George Stephanopoulos, l’ancien conseiller de presse de Bill Clinton, dit : « Vous pouvez parler à quatre ou cinq hauts conseillers de la même histoire. Ils vous répondront (ce qui n’était pas le cas avec l’ancienne présidence) Ils sont très cordiaux. Il peut y avoir une légère différence de ton entre eux, mais le message est toujours le même. »

La Maison Blanche fait de son mieux pour manipuler les journalistes. Il y avait quarante-six attachés de communication sous Clinton, cinquante-deux sous Bush et soixante-neuf sous Obama. Leur chef est Robert Gibbs qui a accès à toutes les réunions de la Maison Blanche, y compris celles portant sur des sujets très sensibles de défense.

L’omniprésence d’Obama sur tous les plateaux de télévision répond à une stratégie délibérée d’ubiquité élaborée par les spin doctors. Mais cela a un prix qu’a exprimé le journaliste George Will du Washington Post : « L’omniprésence d’Obama a transformé sa voix en musique de fond d’un grand magasin, toujours présente, mais pas vraiment écoutée. »

Avec la conviction que le pouvoir de persuasion d’Obama reste intact, la Maison Blanche ne s’est pas limitée à un seul dossier. Elle s’est lancée simultanément dans plusieurs directions : la réforme de la sécurité sociale, l’Afghanistan, le réchauffement climatique, la paix en Palestine, les sanctions contre l’Iran, un nouveau traité de contrôle des armements avec la Russie et le plan de revitaliser l’emploi délivré lors de son premier discours sur l’Union. Michael Curry doute des capacités de la Maison Blanche : « Je ne pense pas qu’il soit possible de traiter tant de dossiers en même temps. »

La méthode Coué

Aucune branche de l’exécutif n’est plus active que celle de la communication. Dès 5h du matin, les attachés de presse répondent aux questions des journalistes. A 7h est diffusé le premier rapport officiel à la presse. La Maison Blanche diffuse aussi des alertes à ses 1.7 millions de fidèles sur Twitter. Le discours radiophonique hebdomadaire du président est disponible sur la toile, tout comme les vidéoconférences de la première dame sur la réforme de la sécurité sociale. L’administration donne l’impression d’être toujours en campagne électorale.

Peter Baker, du New York Times, avoue son impuissance face au rouleau-compresseur de la Maison Blanche : «Nous sommes collectivement, comme des gamins de huit ans courant après le ballon. Au lieu de trouver une voie originale, nous sommes trop avides de courir après l’histoire qui fait la une, qui est trop souvent une histoire simpliste. Trop souvent aussi nous passons à côté de l’essentiel.» Comme beaucoup de journalistes, il ne pense pas que cet état d’esprit va changer, peu importe combien de discours Obama délivrera.

L’objectif des spin doctors de décerveler l’opinion publique touche d’abord ses exécutants. Français, zappez de chaîne dès que vous voyez apparaître le président ou l’un de ses conseillers !

(1) archives des 10 et 15 octobre 2009

(2) The New Yorker, January 25 2009, Annals of Communications : Non Stop News by Ken Auletta

3) la présidence impériale de Théodore Roosevelt par Bernard Martoïa

samedi 23 janvier 2010

L’apprenti sorcier de la Maison Blanche



Harry Truman (1884-1972) figure à la onzième place du classement des quarante-deux présidents des Etats-Unis, derrière Dwight Eisenhower mais devant Andrew Jackson


Ce nom composé, que beaucoup de personnes utilisent sans connaître son origine, est tiré de l’œuvre Der Zauberlehrling de Johann Wolfgang von Goethe (1739-1842). Un magicien confie à son élève l’entretien de son atelier pendant son absence. L’apprenti, un tantinet arrogant et cossard, rechigne à la besogne. Il utilise une formule magique de son maître pour métamorphoser un balai en un être vivant, et qu’il charge d’aller, à sa place, puiser de l’eau à la fontaine. Le balai s’acquitte bien au-delà de la tache qui lui a été confié ; il inonde le parquet qu’il est censé entretenir. L’apprenti sorcier, qui ne sait comment l’arrêter, le brise en deux. A sa stupeur, les deux morceaux de balais reprennent avec frénésie la tache. L’eau apportée par les deux diablotins commence à inonder la maison mais le retour providentiel du magicien fait tout rentrer dans l’ordre.

N’en déplaise aux Français, l’œuvre de celui qui est considéré le plus grand génie de l’Europe par tous les autres Européens, vient de nous être rejoué, pas plus tard, que le 21 janvier 2010 mais, cette fois, sur le Nouveau continent. La pièce s’est déroulée à la Maison Blanche avec Barack Hussein Obama dans le rôle principal de l’apprenti-sorcier et avec Paul Volcker, l’ancien président de la Fed de 1979 à 1987, dans celui du vieux magicien.

Un an jour pour jour après son arrivée à la Maison Blanche, l’apprenti-sorcier nous a annoncé qu’il vient de découvrir la solution à la crise bancaire qui agite le monde, faut-il le préciser, depuis le 15 septembre 2008... Pour cette surprenante révélation devant les caméras du monde entier, il a pris soin de s’entourer du vieux magicien qui ne boudait pas son plaisir de renouer avec les feux de la rampe après une si longue hibernation, et du jeune lion, à la crinière frisée, qui piaffait et lui lançait des regards assassins, tant il était confondu par le cynisme de celui qui a été élu président avec l’argent de ses potes de Wall Street.

La reconnaissance des vieux amis, certes encombrants de nos jours en raison de l’opprobre quasi-unanime des électeurs américains mais qui ont été indispensables à son élection (l’argent est le nerf de la guerre), et surtout la droiture intellectuelle ne sont pas les qualités de l’apprenti-sorcier de la Maison Blanche. Comme son homologue français, il brille davantage par sa superbe à enfoncer des portes ouvertes qu’à régler les problèmes pour lesquels il a été élu président.

L’apprenti-sorcier a aggravé son cas dans sa prestation télévisée. On savait que c’était un personnage vaniteux mais on a découvert qu’il est aussi vindicatif. L’humilité à reconnaître qu’il s’est fourvoyé de chemin depuis son accession au pouvoir, n’a jamais transpiré lors de sa prestation qui n’a duré que huit minutes et quinze secondes pour nous expliquer les causes et les solutions à la crise financière, devenue, entre temps, mondiale et économique… C’était bref, vous en conviendrez, pour traiter un sujet aussi vaste et complexe que celui-ci. Pour se dédouaner de toute responsabilité dans la prolongation inutile des souffrances de son peuple, l’apprenti-sorcier a dressé un réquisitoire, sans appel, contre ses vieux amis qui seraient coupables de tous les maux qui affligent ses concitoyens. (1)

Le Barron’s Magazine a interrogé David Goldman, un grand penseur des marchés financiers, mais qui n’a rien à voir avec le diable Goldman Sachs. Pour Goldman, la règle préconisée par Volcker (la réduction des activités à haut risque des banques n’est pas un retour au Glass Steagall Act de 1933) serait une idée qui arrive trop tard. « C’est comme si vous condamnez la porte de l’écurie après que les chevaux se sont enfuis, et que vous êtes seul à rester enfermé. »

Le résultat sera un système bancaire zombie, comme au Japon dans la décennie quatre-vingt dix. On gonflera artificiellement la croissance pour éviter un trop grand nombre de faillites dans l’industrie automobile et dans d’autres secteurs jugés stratégiques comme la banque ; le chômage de masse s’installera pour longtemps dans nos pays et la dette publique s’envolera. C’est le cercle vicieux choisi par les apprentis-sorciers keynésiens.

Il n’échappera à personne que cette vindicte publique lancée contre les banquiers de Wall Street intervient après la déroute de la candidate du parti démocrate à l’élection partielle sénatoriale du Massachussetts pour le poste vacant d’Edward Moore Kennedy (1932-2009). L’opportunité du discours est la seule chose que l’on retiendra de cette médiocre répétition de la pièce inventée par le génie de l’Europe.

L’apprenti-sorcier a lancé une réforme bâtarde. Comme il ne maîtrise pas l’économie, qu’il veut se raccrocher, un temps, au magicien mais sans renoncer pour autant à ses chères usines à gaz, il espère sans sortir par une pirouette. Comme son homologue français, il se contente de faire les choses à moitié.

Les apôtres de l’Obamania évoqueront le «génie», la «science politique» du tacticien, (notez que le charisme de l’intéressé a disparu de leur propagande) mais des voix lucides diront que ce garçon manque singulièrement de courage et de conviction, lesquels ne sont, après tout, que la manifestation extérieure d’un problème beaucoup plus grave venant de l’intérieur : l’incompétence du personnage. Tant qu’il était dans son rôle de «community organizer» (militant des minorités) il excellait dans cette sphère particulière. Il avait déjà atteint son seuil d’incompétence en devenant sénateur des États-Unis en 2004. Pourtant, il a été choisi, en septembre 2008, par Wall Street au détriment de son adversaire républicain pour une raison simple. Les barons voleurs (2) pensaient qu’il était plus «prévisible» que John McCain (sous entendu qu’il ne trahirait jamais ses généreux donateurs de campagne électorale) (3)

L’apprenti-sorcier reste convaincu qu’il a été élu pour ses propres qualités alors qu’il s’agit d’un rejet de son prédécesseur par le corps électoral. Cette explication, que je suis un des rares à soutenir, y compris dans mon camp conservateur qui refuse de voir le désastre provoqué par George Walker Bush, est maintenant reprise par Francis Fukuyama. (4) George Walker Bush arrive seulement en vingt-huitième position dans le classement des quarante-deux présidents des Etats-Unis. Son père, qui n'a accompli qu'un mandat, est en seizième position.

« Vous êtes trop implacable dans votre réquisitoire pour être crédible», rétorqueront les apôtres de l’Obamania. « Obama est encore jeune (il n’a pas cinquante ans) et cela ne fait qu’un an qu’il est à la Maison Blanche. Laissez-lui le temps ! »

C’est l’histoire qui fait les grands hommes et non l’inverse

Harry Truman (1884-1972) connaissait à peine Franklin Delano Roosevelt qui l’avait choisi comme colistier pour son quatrième mandat. Le maître était trop occupé à régler avec son cher « Oncle Joe » les derniers détails de l’après-guerre et à se battre aussi contre sa maladie, pour briefer son colistier. « J’ai le sentiment que la lune, les étoiles et toutes les planètes me tombent dessus », confia Harry, le 12 avril 1945, aux reporters recueillant ses premières réactions après le décès de Franklin. A raison. Il ne savait même pas l’existence du plan Manhattan (la construction de la première bombe nucléaire menée par l’équipe de Robert Oppenheimer à Los Alamos au Nouveau-Mexique)

Lors de son premier discours devant le Congrès, Truman s’exprima avec son accent terrien du Missouri qui fit pouffer beaucoup d’élus de la nation. Il défendit ses racines modestes. Il avait exercé le métier de paysan pendant douze ans, servi pendant six ans dans la garde nationale du Missouri (1905-1911), avant de s’engager sur le front en France en 1917. Il y termina sa carrière militaire avec le grade de capitaine d’artillerie. C’est le seul président des États-Unis qui ait connu l’horreur des tranchées. Dwight Eisenhower, son successeur, passa la guerre à entraîner des équipages de tank en Pennsylvanie…

Bombardé à la présidence des États-Unis (il n’y a pas d’autre mot pour qualifier cet ancien artilleur) Truman n’invoqua pas qu’il lui fallait une période de rodage. La course imposée par le cynique Oncle Joe pour arriver le premier à Berlin, ou même à Tokyo, ne lui en aurait certainement pas laissé le temps. Il n’avait pas fait Harvard. Il n’avait pas eu l’indécence d’écrire un livre pour raconter sa vie alors que la sienne était plus intéressante que celle d’un militant infatué. Truman était un petit bonhomme à besicles qui n’en imposait à personne, mais il était armé d’un courage, d’une foi, d’une conviction et d’une détermination à toute épreuve.

Il ne faut pas confondre un apprenti-sorcier avec un homme d’État. C’est l’erreur commise par le peuple américain en 2008. Pouvait-elle être évitée quand l’hypocrisie est reine avec l’idéologie de political correctness, inventée par la gauche dogmatique sur les campus universitaires au début des années soixante ?

(1) archives du 16 octobre 2009 « l’Amérique au pain sec et à l’eau » et du 31 octobre 2009 « Main Street versus Wall Street »

(2) « Theodore Roosevelt Tome 1 : l’ascension d’un homme courageux » par Bernard Martoïa aux éditions Le Manuscrit

(3) « La face cachée des banques » par Eric Laurent aux éditions Plon

(4) « Obama s’est trompé sur la signification de son élection » de Francis Fukuyama dans le Figaro du 20 janvier 2010.

samedi 16 janvier 2010

les néo-keynésiens ne savent que fabriquer des usines à gaz


Sebastian Pinera, le candidat de la droite à l'élection présidentielle du Chili


On n’a pas fini de tirer les enseignements de la crise financière. Comme le Titanic est toujours revisité pour son excellente pédagogie, c’est l’accumulation d’erreurs humaines qui est à l’origine du naufrage de l’insubmersible des mers. Il en va de même pour celui de Lehman Brothers le 15 septembre 2008.

Les démagogues ont leurs bouc-émissaires habituels - la dérégulation, le marché, les paradis fiscaux, le dollar qu’il soit fort comme en 1985 ou qu’il soit faible comme en 2010 (1) – et ceux du jour - ces salauds de banquiers avec leurs bonus indécents et ces fumiers d’industriels pollueurs- Le peuple est plus clairvoyant qu’ils ne l’imaginent. Abraham Lincoln, qui fut le seizième président des États-Unis (1861-1865), est l’auteur d’un aphorisme toujours d’actualité : « On peut tromper certains tout le temps, on peut tromper tout le monde un certain temps, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. » Une fois encore, c’est l’intervention de l’État et non le marché qui a distillé le poison.

Le système fiscal néo-keynésien, mis en place de part et d’autre de l’Atlantique, pousse inexorablement à l’endettement des ménages et des entreprises.

Pour les ménages, il s’agit principalement de la déduction des intérêts sur les prêts immobiliers alors que les dividendes d’actions sont triplement taxés. Cette distorsion a des conséquences fâcheuses, que notre économiste préféré, Frédéric Bastiat, a bien décrites en son temps.

La prime à la pierre a engendré la prolifération de résidences secondaires dans les campagnes françaises. Il y en aurait plus de trois millions qui grignotent les derniers espaces naturels du territoire. Au moins, les Corses ont su résoudre ce problème en plastiquant les propriétés, au bord de l’eau, de la gauche caviar. L’île de Beauté mérite encore son nom. Les Provençaux (j’en suis un de naissance) auraient dû faire la même chose avec les propriétés des « Parigos » et des « Estrangers » pour préserver la Cote d’Azur. Hormis quelques arpents inaccessibles dans l’Esterel et les Calanques, tout a été bétonné de Menton à Marseille. De cette splendeur révolue de la Cote d’Azur, il ne reste plus qu’à revoir le film d’Alfred Hitchcock de 1955, La Main au Collet, avec l’excellent duo formé par Cary Grant et Grace Kelly.

Cette mesure démagogique était de faciliter l’accession à la propriété des ménages modestes. Les avocats de la niche fiscale numéro un prétendent que cela accroît le nombre de propriétaires. C’est archi faux ! Dans un pays comme la Grande Bretagne qui a eu le courage de la supprimer en 2000, le taux de propriété n’a pas baissé.

La déduction fiscale ne fait qu’alimenter la bulle immobilière. Le plafond de cette niche fiscale est d’un million de dollars aux États-Unis. On voit le résultat en Californie où des milliers de piscines abandonnées servent de terrain de jeu aux adeptes de la planche à roulette (2) La situation serait pire aujourd’hui en Amérique si le président Ronald Reagan n’avait eu la sagesse, en 1986, d’abolir la déduction des taux d’intérêt des cartes de crédit et de fixer un plafond à la niche fiscale numéro un.

Les néo-keynésiens ont également poussé à l’endettement des entreprises. Une entreprise a trois options pour financer son expansion : le réinvestissement des bénéfices, la distribution d’actions au public et l’emprunt. Mais ce n’est que lorsque les entreprises recourent à l’emprunt qu’elles bénéficient d’un bouclier fiscal. Selon une étude du National Economic Council, la déduction fiscale crée une distorsion de 42% en faveur de l’endettement au détriment de la distribution d’actions. D’où il en résulte une incitation à amasser des dettes pour ne pas payer d’impôt. Une entreprise surendettée est comme un navire dont la ligne de flottaison est trop basse. Arrive une grosse lame et il coule.

Le Brésil et la Belgique ont adopté une politique fiscale prudente qui ne privilégie pas l’endettement au détriment de l’autofinancement des entreprises. Obama, de son côté, veut toujours plus d’interventionnisme. Il est train de fabriquer une usine à gaz (made ENA) pour irriguer le crédit à destination des petites et moyennes entreprises. Ce garçon fin et intelligent, et que l’on dit aussi cultivé, s’est trompé de public. C’est le pays de l’énarchie qu’il devrait présider. Rassurez-vous! Cette erreur de casting sera corrigée en 2012.

Pour un public moins intelligent et cultivé auquel j’appartiens, l’économie fonctionne mieux lorsque les ménages et les entreprises peuvent prendre des décisions en fonction de fondamentaux et non pas de considérations fiscales tordues. Le système fiscal doit rester absolument neutre entre autofinancement et endettement des entreprises. Quant aux ménages, il faudrait supprimer toutes les niches fiscales et la progressivité de l’impôt sur le revenu.

Cette réforme porte un gros mot (pour les socialistes) de FLAT TAX. C’est pourtant le système fiscal en vigueur en Russie. Un taux uniforme de taxation de 17% sur tous les revenus des ménages est très bien accepté par les Russes. Pourquoi favoriser un tel, qui ne veut pas travailler, au détriment d’un autre qui veut travailler plus pour gagner plus selon le slogan du locataire de l’Elysée ? Il est piquant de constater que l’ex empire du mal est devenu plus beaucoup libéral que le pays de Ronald Reagan. Mais il fallait, pour y parvenir, une révolution afin de se débarrasser de la nomenklatura et de ses chères usines à gaz. Avec Obama, une chose est sûre, c’est qu’il n’y aura jamais eu autant de créations d’usines à gaz. Oh pardon en cette période de fatwa verte ! Je voulais dire d’éoliennes ou de panneaux solaires. C’est la théorie des mauvais investissements de l’école autrichienne.

Une élection présidentielle au Chili sous silence

Restons dans l’international pour conclure ce papier. Quand se prépare une élection à l’étranger, nos médias s’empressent de la commenter si le candidat socialiste a de bonnes chances de l’emporter. Souvenez-vous du voyage historique de la bécassine du Poitou au Chili, en janvier 2006, pour soutenir madame Bachelet. Pour le deuxième tour de la présidentielle 2010, c’est le silence radio de la gauche caviar. Pourquoi ce silence pesant ? Parce que Sebastian Pinera, le méchant candidat de la droite, a de fortes chances de l’emporter demain. Il est le frère cadet de José Pinera, que les téléspectateurs de claudereichman.tv ont eu le privilège de regarder lors de l’émission préenregistrée du 9 décembre et à laquelle j’ai apporté ma modeste contribution en étant son traducteur du jour.

Il se murmure au palais de l’Elysée que la réforme des retraites serait le grand chantier en 2010 de la présidence. Pourquoi ne fait-on pas appel à José Pinera? Ce pèlerin infatigable a convaincu une trentaine de pays d’adopter sa réforme de retraite par capitalisation. Que Sebastian soit élu, demain, président du Chili, ne changera pas la donne de ce pays qui s’est engagé dans une voie vertueuse sous «l’abominable» dictature du général Augusto Pinochet (1915-2006) qui a été, on l’oublie, l’architecte de la constitution adoptée, le 11 septembre 1980, par référendum. Posez, sans ambages, la question suivante à ceux qui persistent à ne voir qu’en noir cette dictature de transition qui était indispensable pour se débarrasser des communistes (3): que serait devenu le Chili s’il était resté sous le régime de Salvador Allende ? Ce pays serait plus pauvre et moins libre qu’il ne l’est aujourd’hui.

En vérifiant les statistiques sur le site de la Central Intelligence Agency (CIA) que je préfère à celui d’Eurostat (une usine à gaz évidemment), le Chili a une dette publique qui représente 5% de son PNB et non pas 0%, comme l’a déclaré José Pinera lors de son émission. C’est une peccadille en comparaison de notre dette. Selon le dernier rapport de l’agence de notation Fitch, un pays perd son triple AAA si la dette dépasse 80% de son PNB. Les énarques sont avertis. Ce n’est pas le souci du Chili qui vient d’être accepté en tant que trente-unième État de la prestigieuse Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) et dont le siège est au château de la Muette dans le XVI arrondissement de Paris.

(1) Dollar : bonne chance, monsieur Sarkozy, Le Monde du 16 janvier 2010 par Pierre-Antoine Delhommais

(2) Archive du 29 décembre 2008 : des millions de piscines individuelles transformées en patinoires par la faute des Keynésiens

(3) "I admire Chile and its people greatly, and became concerned when my friend Salvador Allende became its president and opened the country to hordes of armed radicals from all over the world. The result was the world´s highest inflation, universal violence and the threat of civil war. So I applauded the takeover by General Pinochet, on the orders of Parliament, and still more his success in reviving the economy and making it the soundest in Latin America. But by preventing the transformation of Chile into a Communist satellite, the general earned the furious hatred of the Soviet Union, whose propaganda machine successfully demonized him among the chattering classes all over the world. It was the last triumph of the KGB before it vanished into history´s dustbin. But Pinochet remains a hero to me because I know the facts"

PAUL JOHNSON, historian (" Heroes. From Alexander The Great and Julius Caesar to Churchill and De Gaulle") Harpers Collins Publishers, New York, 2007, page 279).

samedi 9 janvier 2010

La déroute des planificateurs


Trofim Denisovitch Lysenko (1898-1976) était un obscur agronome ukrainien avant de devenir le grand inquisiteur de la communauté scientifique soviétique




La bonne intention ne préjuge pas de la qualité de l’action. Souvent les actes de bonne volonté aboutissent à des résultats catastrophiques. Ce constat de bon sens s’exprime par l’adage : « l’enfer est pavé de bonnes intentions. »

Pour les tenants du collectivisme, la planification centralisée est nécessaire pour organiser rationnellement l’activité économique. Elle le serait pour pallier les errements du marché… La planification nécessite une adhésion du peuple à un code de valeurs. Le peuple doit croire à ce code de valeurs car le succès de cette entreprise totalitaire dépend de cette croyance ancrée dans nos cervelles. Concrètement, les planificateurs doivent persuader les gens que le plan en question sert l’objectif à atteindre, et que les moyens justifient le sacrifice consenti.

Trois domaines intéressent au plus haut point les planificateurs. Il s’agit du climat, de la santé et de la banque. Le fait tragique est que cette entreprise totalitaire n’est pas confinée à la sphère économique mais qu'elle s’étend à tous les compartiments de la société. Dans un discours prononcé à Londres en 1938, Friedrich August von Hayek (1899-1992) nous avait avertis de cette dérive inéluctable du socialisme. Malheureusement, il n’a pas été écouté en Europe.

Parmi ces trois domaines, j’ai longuement disserté sur le rôle néfaste joué par les Banques Centrales dans la crise actuelle pour faire l’impasse cette fois. Quant à celui de la santé, l’échec du plan de vaccination contre la grippe aviaire a été commenté brillamment par Claude Reichman dans son dernier papier.

J’ajouterai une seule réflexion sur le rôle néfaste de l’État. En préambule, la santé est la seule affaire des citoyens et des ménages dans une démocratie qui se respecte. En raison du tollé provoqué par les dizaines de millions de doses inutilisées pour la campagne de vaccination, l’État français est en train de renier ses accords avec les sociétés pharmaceutiques. C’est une faute très grave. Après le recel du ministre du Budget qui, en exploitant des documents confidentiels d’une banque suisse, tombe sous le coup du code pénal, article 321-21 : « Le recel est le fait de dissimuler, de détenir, ou de transmettre une chose ou de faire office d’intermédiaire afin de la transmettre en sachant que cette chose provient d’un crime ou d’un délit… Le recel est puni de 5 ans d’emprisonnement. », voici que le gouvernement français récidive, par l’intermédiaire de son ministre de la Santé, en reniant d’importants contrats de droit privé. L’idéal socialiste est si bien acclimaté en France que l’on assiste à une inversion des valeurs. L’État français passe pour le garant des libertés alors qu’il est un Léviathan.

En ce qui concerne la question « brûlante » du jour, il s’agit de la thèse du réchauffement climatique qui serait lié aux activités industrielles. Comme l’air n’est pas un bien propre (une externalité dans le langage économique) il conviendrait de taxer toutes les émissions de gaz carbonique à l’échelle de la planète pour parvenir à enrayer ledit réchauffement…

Le sommet de Copenhague en décembre 2009, à l’initiative de la secte verte qui a le vent en poupe en Europe et chez les bobos américains, s’est soldé par un échec retentissant. Les participants ne sont parvenus à aucun accord. Des fuites en provenance de la communauté scientifique ont jeté la consternation. Malgré menaces, intimidations ou exclusions qu’elle a, tour à tour, brandies ou appliquées, la secte verte n’est pas parvenue à réduire au silence les voix dissidentes.

Cette entreprise de mettre au pas la communauté scientifique est à rapprocher d’une autre menée, en son temps, en Union Soviétique. Trofim Denisovitch Lysenko (1898-1976) était un obscur agronome, issu d’une famille de paysans ukrainiens. En 1940, il fut bombardé par le camarade Joseph Staline à la tête de l’institut de génétique au sein de la puissante Académie des Sciences de l’Union Soviétique.

S’inspirant des travaux de Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829) il avait développé, en 1927, une méthode «révolutionnaire» de fertiliser les champs sans utiliser de fertilisants. Comprenne qui pourra! Cette « découverte » seyait aux planificateurs de la NEP (la nouvelle politique économique) instaurée par le décret du 21 mars 1921. S’étant coupée de la communauté financière internationale en reniant les dettes de l’ancien régime tsariste, l’Union Soviétique n’avait tout simplement pas les moyens de se payer des engrais. Si la thèse de Lysenko convenait bien à la nomenklatura, elle n’était pas du goût de ses collègues. Dans un discours de décembre 1929, le camarade Joseph Staline fit l’éloge de la «pratique» au détriment de la «théorie» (science) Le débat était clos. A partir de 1935, Lysenko eut les coudées franches pour faire le ménage dans les rangs des scientifiques dissidents. Ils furent déportés dans des camps de rééducation en Sibérie.

La Sibérie est une excellente transition alors que l’Europe subit une deuxième vague de froid (la première ayant frappé, opportunément, lors du sommet de Copenhague) Par la voix de son indéfectible allié, le journal Le Monde, les Verts résistent à l’évidence des faits : « D'ailleurs, les prévisions saisonnières de Météo-France annoncent, pour la métropole, un premier trimestre 2010 "plus chaud" que la normale. »

Nous voilà rassurés alors que l’Île de France s’est enfin découverte, le 8 janvier 2010, sa petite Sibérie avec le bien nommé hameau de Frileuse, sur la commune de Limours en Hurepoix, où le mercure a plongé à -20.6°C ! C’est une petite satisfaction à notre échelle régionale car la Sibérie de la France demeure le village de Mouthe dans le Jura où il a fait -42°C le 9 janvier 1985…

Croire que la race humaine serait responsable du réchauffement de la Terre, ou qu’elle pourrait le prévenir en taxant tout azimut, n’est pas seulement inconstitutionnel comme viennent de le déclarer les neuf sages du Conseil Constitutionnel. C’est tout simplement un blasphème proféré contre l’Eternel. Ce gouvernement athée reste sourd à l’avertissement lancé par Dieu : «Cessez de vous comparer à moi et revenez à plus d’humilité, mes chers enfants, vous qui vous êtes détournés trop longtemps de moi !»


Alors que la menace d'une disparition de la chrétienté se profile en Europe au profit d'un islam conquérant avec la complicité notable des élites, le verset (36-15) dans le dernier roi de Juda, à la fin du Deuxième Livre des Chroniques de l'Ancien Testament, nous apporte un utile éclairage.

"L'Eternel, le Dieu de leurs ancêtres, leur avait adressé très tôt et à maintes reprises des avertissements par l'intermédiaire de ses messagers, car il aurait voulu épargner son peuple et le lieu de sa résidence. Mais les Israélites méprisaient les envoyés de Dieu, ils faisaient fi de ses paroles et tournaient ses prophètes en ridicule, jusqu'à ce que la colère de l'Eternel contre son peuple eut atteint le point de non-retour."

samedi 2 janvier 2010

2010 sera pire que 2009


La destruction du thé salué par les gens de Boston par le peintre Nathaniel Currier


«C’est l’un des droits absolus de l’État de présider à la constitution de l’opinion publique.» Joseph Goebbels

Alors que les médias font les louanges du travail accompli par nos indécrottables néo-keynésiens (Time Magazine a élu Ben Bernanke, le président de la Fed, l’homme de l’année 2009) il existe encore quelques gens lucides en Amérique malgré une propagande digne de celle du docteur Joseph Goebbels…

Le curriculum de l’intéressé (1897-1945) mérite que l’on s’y attarde avant d’entrer dans le vif du sujet. En 1921, Joseph obtint son doctorat de l’université de Heidelberg en soutenant une thèse sur le romantisme du XVIII Siècle. Il commença à travailler en tant que journaliste mais il changea de métier et devint, tour à tour, employé de banque et courtier à la bourse de Berlin. Après l’occupation française de la Ruhr en 1923, il entra en contact avec le naissant parti national-socialiste. L’année suivante, il laissa tomber la bourse et entama une brillante carrière dans ce parti en devenant Gauleiter (chef de section) de Berlin. Toute comparaison entre le climat de son époque et le nôtre est à proscrire pour les tenants de la politique de l’autruche.

Dans son édition du 23 décembre 2008, le Barron’s Magazine a publié un entretien mené par Robin Goldwyn Blumenthal avec Kevin Duffy et Bill Lagner qui sont les gérants du hedge fund Bearing Asset Management, basé à Dallas dans le Texas. A l’aide d’un index sur les bulles qu’ils ont développé en 2004, ils ont anticipé les excès du crédit immobilier et gagné beaucoup d’argent en vendant à découvert Fannie Mae et Freddie Mae, les sœurs jumelles fédérales du refinancement hypothécaire. A l’échelle des mastodontes de la profession, leurs actifs qui s’élèvent à soixante millions de dollars sont étriqués. Les ménages américains, qui leur ont fait confiance, ne s’en plaindront pas. Depuis le lancement de leur hedge fund en juin 2002, les deux compères ont engrangé un profit de 18% en moyenne par an.

Il s’avère que ces deux managers sont des adeptes de l’école autrichienne. Pour eux, le pire de la crise financière n’est pas derrière nous comme ils l’ont expliqué au reporter du Barron’s Magazine.

Barron's : Vous avez dit que le fait le plus rédempteur du capitalisme est la faillite. Expliquez-vous s’il vous plait.

Duffy : Tout système a besoin de corriger ses erreurs et de se débarrasser de ses pertes. La nature a l’extinction, l’économie la perte, la faillite, la liquidation. Interférer dans ce processus rallonge la reprise économique. Si vous permettez ces erreurs et ces gaspillages, vous avez, en fin de compte, une faillite massive.

Le capitalisme est attaqué par deux groupes : les utopistes qui souhaitent imposer un système plus compassionnel et les politiques qui veulent avoir les fruits du succès sans supporter la peine des faillites. Ils ont recours à la coercition de l’État pour conserver leurs privilèges, et ce au détriment de tout le monde.

Dans notre pays, nous sommes devenus moins tolérants envers les faillites. Le résultat a été une série d’interventions, comme celles sur les marchés de crédit, en faisant la promotion du droit à la propriété des minorités ethniques et en créant une variété de filets de sécurité pour les investisseurs. Chaque crise conduit à une autre de plus grande ampleur. La solution est toujours d’administrer des doses plus fortes d’intervention. Ainsi le système devient plus instable. Les interventionnistes ne voient jamais venir l’éclatement de la bulle, et ils blâment alors le «capitalisme.»

Barron’s : Qu’auriez-vous fait à la place des autorités alors que la bulle immobilière éclatait et que la Fed et le Trésor déclaraient que ce serait la fin du monde si l’on n’injectait pas 800 milliards de dollars ?

Duffy : Autorisez ceux qui ont spéculé à faire faillite, au lieu d’aider les nantis qui ont des amis bien placés pour les renflouer.

Barron’s : Que pensez-vous de l’argument qu’une crise financière aurait laminé les petites gens ?

Duffy : Le petit gars a été nettoyé. Personne ne demande d’où vient l’argent. Cet argent a servi essentiellement à renflouer Wall Street au détriment de Main Street. Le petit gars sera toujours le dernier dans la file d’attente à la soupe. On lui donnera un croûton, comme dans la prime à la casse des voitures. Mais si vous êtes Goldman Sachs ou si vous avez une ligne rouge directe avec Washington, DC, vous serez le premier dans la file d’attente.

Laggner : A.I.G s’est assuré que ses créditeurs soient remboursés à 100%. Essentiellement, vous avez la socialisation du risque, mais les survivants ont un effet de levier plus élevé qu’avant la crise. Il y a encore des trillions de dollars dans le hors-bilan des banques auquel le FASB (Financial Accounting Standards Board) veut s’adresser en 2010. Les grands planificateurs ont déjà dépensé 3.15 trillions de dollars dans des opérations de sauvetage, et ils ont accordé la garantie à environ 17.5 trillions de dollars, tout en laissant en place les mêmes gens.

Barrons’s : Quoi d’autre auriez-vous fait à leur place ?

Laggner : Nous aurions pu isoler les grandes banques et les placer temporairement sous administration judiciaire. Puis, nous les aurions démantelées (1) – avec simplement 100 milliards de dollars – en créant des milliers de petites banques régionales. Si vous croyez au système de fractionnement des fonds propres des banques (dans lequel les banques prêtent avec un effet de levier), une chose que nous réprouvons, ils auraient pu créer un trillion de dollars de crédits en faveur des petites et moyennes entreprises. C’est choquant qu’il n’en soit pas ainsi.

Parce qu’il n’y a pas eu de réforme, il semble que nous allons devoir encore dépenser plus d’argent. Nous sommes entraînés dans une spirale où la dette va exploser. Pendant ce temps, le coût des fonds en faveur des petites et moyennes entreprises ne cesse de croître, alors que le coût de l’argent prêté aux grandes banques est pratiquement nul, et qu’elles en profitent pour spéculer comme jamais, alors que leur rôle serait d’irriguer cet argent vers la vraie économie.

Barron’s : Quel genre de réforme financière aimeriez-vous voir ?

Laggner : Nous ne croyons pas au concept de banque centrale. L’idée que les banques peuvent spéculer avec l’argent gratuit imprimé par la Fed, qui ultimement est celui du contribuable, et que lorsqu’ils perdent cet argent, la Fed leur vienne en aide et refile l’ardoise au contribuable, ce modèle est foutu et doit être remplacé.

Barron’s : Comment refaçonneriez-vous le système ?

Duffy : pour aller au fond des choses, nous devons revoir le fractionnement des fonds propres des banques, qui est la cause de l’instabilité. Nous avons essentiellement socialisé en garantissant les dépôts et prévenu la répétition des bank run (la course pour retirer ses fonds à la banque soupçonnée de faire faillite), qui imposait une discipline dans un système instable. Au moins, il y avait une forme de contrôle à l’égard de ceux qui prenaient des risques inconsidérés. Tant que nous ne réglerons pas ce problème de fond, nous aurons encore des crises, des interventions plus grandes et des bulles encore plus dévastatrices. C’est inhérent au système de banque centrale.

Barron’s : Où en sommes-nous dans le processus de deleveraging ? (diminution de l’effet de levier)

Laggner : Nous avions une bulle du crédit, grâce au hors-bilan des banques qui représentait quatre à cinq fois le PNB du pays. En raison de l’action du gouvernement, nous avons transféré cette bulle du crédit dans une bulle qui est celle de la dette souveraine.

La question est de savoir comment le gouvernement va financer toute cette dette. Comme l’économie réelle se contracte et que la sphère politico-financière gonfle, la stratégie d’une dévaluation coordonnée du dollar va échouer.

Duffy : Le risque immédiat est l’économie. Nous avons eu une fausse reprise. L’optimisme des marchés est revenu au niveau extrême enregistré en 2007. Nous avons établi une stratégie double : longue sur l’or physique et courte sur l’index Standard & Poor’s 500. Au zénith de 1980, le ratio de l’once d’or par rapport au S&P était de six. Au nadir de 2000, il était tombé à 0.2. Aujourd’hui, il est égal à un. Nous pouvons aller vers un ratio de deux, trois ou quatre.

Avis aux ménages français en mal de placement !
L’once d’or vaut 1097 $ et l’index S& P a terminé l’année 2009 à 1115 points, ce qui donne un ratio de 0.98. Selon l’hypothèse de Duffy, l’once d’or pourrait donc doubler, tripler ou quadrupler.

Barron’s : Voyez-vous le S&P 500 retester le nadir de l’année 2009 ?

Duffy : C’est difficile de savoir. Cela dépend de combien de monnaie sera imprimée. En valeur réelle, pouvons-nous diviser par deux la valeur de l’index ? Nous le pensons. L’index est faussé à cause des bricolages des bilans des banques et des maisons de courtage. Si les banques étaient marked to market (valeur adossée au marché et non pas à l’expiration de l’instrument financier sous-jacent), le bénéfice de l’index S&P pourrait tomber à 45$. Le sentiment bullish rivalise avec celui du pic du marché en 2007. Nous aimons le VXX, l’indice de volatilité. Il a baissé de 67% en 2009. Il indique une grande complaisance à l’égard des perspectives de reprise économique.

Barron’s : Quels sont vos autres thèmes ?

Laggner : Nous vendons massivement à découvert les bons du Trésor américain et japonais. Le déficit budgétaire de la Grèce approche 15% du PNB. Si vous prenez en considération que le sénat américain vient de voter une augmentation du plafond du déficit budgétaire, de 12.1 trillions à 12.4 trillions de dollars, nous sommes pratiquement à un déficit de 13% pour cette année fiscale. Fondamentalement, nous sommes tombés au niveau de la Grèce, où le yield sur les bons du trésor à dix ans a augmenté de 170 points (un point est égal à un centième de pourcentage). Les bons du trésor américains sont en baisse de 20% cette année ; ainsi nous assistons à une défiance des créanciers, et les taux à long terme vont sensiblement augmenter.

La Fed a contrôlé le long terme en monétisant Treasuries and mortgage-backed securities (actions adossées aux emprunts hypothécaires et à ceux du Trésor). S’ils réalisent que la valeur de ces actifs s’effondre, ils vont en racheter massivement, ce qui provoquera, à son tour, une chute du dollar et une hausse de l’or. L’or ne reflète pas simplement la crainte inflationniste mais l’instabilité dans le monde liée aux politiques keynésiennes adoptées par les gouvernements.

Barron’s : l’Union Européenne a dit qu’elle ne renflouerait pas la Grèce.

Laggner : Peut-être sommes-nous à un tournant où les sauvetages ont été si extrêmes que les gens de la Fed et de la B.C.E se disent que l’on ne peut plus continuer ainsi, sans voir le risque d’une évaporation des monnaies en l’espace d’une nuit. Mais nous n’avons pas encore vu les gouvernements tailler dans les dépenses publiques, que ce soit ici ou en Europe.

Barron’s : Concernant les grandes banques, quel dénouement envisagez-vous ?

Laggner : Il y a un désendettement des ménages, mais pratiquement pas du côté des spéculateurs professionnels. Le Crédit Suisse autorise ses clients de hedge-fund à retourner à des leviers du pic de 2007. En supposant que les régulateurs obligent les banques à intégrer leur hors-bilan, les analystes de Barclays estiment que cela va ramener près de 500 milliards de dollars dans leurs bilans en 2010. Cela va forcer les banques à augmenter leur capital.

Le FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation) a pris le contrôle de Corus Bank et Guarant Bank et liquidé leurs actifs douteux. Leur valeur représente entre 33 et 37% du dollar. Tant que les régulateurs n’auront pas forcé les banques à réaliser ces pertes, c’est comme si la sphère financière restait en lévitation. Un grand nombre de CMBS (commercial mortgage backed securities) ne trouvent plus de preneur. La même chose vaut avec l’immobilier résidentiel, que l’on modifie ou non un prêt. Les banques sont capables de dire que ces prêts sont performants, même s’ils ne le sont pas. Le Japon avait essayé la même chose et cela ne fit que retarder l’assainissement. Nous empruntons la voie japonaise.

Barron’s : Cela ne peut être bon pour les banques

Duffy : Nous avons une position à découvert sur la sphère politico-financière, et plus particulièrement sur la firme Goldman Sachs. Elle a deux faces : une très secrète et profitable activité de trading et un business plus terre à terre. Notre suspicion est que leur sauce secrète (2) est d’avoir accès à des amis haut placés, et que ce modèle va s’effondrer quand il volera trop près du soleil ou qu’une réaction violente du public aboutira à une enquête. Leur trading représente 67% de leur bénéfice net pour cette année, un niveau jamais atteint. Goldman Sachs, par son agressivité dans la prise de risque, est vulnérable au prochain retournement du marché.

Barron’s : En parlant de réaction violente, nous avons maintenant des dirigeants de Goldman Sachs portant des armes à feu pour se protéger de la rage populiste. A quel niveau faut-il parvenir pour qu’une société demande un changement de gouvernement ?

Laggner : Un client m’a envoyé un e-mail, l’autre jour, dans lequel les manifestants du tea-party recueillent une approbation plus grande que les Démocrates et les Républicains. Alors que l’arrogance des banquiers et des gens de la Fed continue de croître, 2010 et les élections de mi-mandat s’annoncent très excitantes.

Duffy : 70% des gens sont opposés au sauvetage des grandes banques. Avec ces interventions massives, le gouvernement a été capable de stabiliser le système politico-financier. Les gens sont ulcérés. L’indice de confiance des consommateurs n’a pas rebondi comme celui des investisseurs. Si la sphère politico-financière demande un autre sauvetage, alors il faut s’attendre à une réaction violente du public.

Pour que la récession s’achève un jour, il faudrait que la leçon soit enfin retenue. Mais les élites qui n’ont pas vu arriver l’éclatement de la bulle (elles sont nombreuses) demeurent optimistes sur la reprise de la croissance en 2010. Nous n’avons pas changé de comportement ; la récession ne se terminera pas tant que nous ne l’aurons pas fait. FIN

Pour conclure dans le même registre, la citation de Talleyrand, s’exclamant, en septembre 1815, au retour des émigrés en France à la Restauration « ils n’ont rien appris, ni rien oublié », demeure d’une surprenante actualité à l’égard des élites européennes arrogantes qui se moquent éperdument de la volonté contraire de leurs peuples avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

Puisque le peuple n’est ni consulté, ni suivi quand il s’exprime par la voix du référendum, il ne reste plus qu’à organiser un tea-party à travers l’Europe selon l’exemple donné par les colons américains, le 16 décembre 1773, quand ils se soulevèrent contre l’occupant anglais.

(1) Archives : samedi 14 novembre 2009, Démanteler les méga banques : l’idée progresse !
(2) Archives : samedi 18 juillet 2009, la théorie de la conspiration est revisitée

mes livres publiés

  • octobre 2002 Les Déserts du Monde ouvrage collectif sous la direction d'Eve Sivadjian chez Solar et Géo
  • octobre 2003 Les Montagnes du Monde ouvrage collectif sous la direction d'Eve Sivadjian chez Solar et Géo
  • février 2007 Tome I Theodore Roosevelt : l'ascension d'un homme courageux aux éditions Le Manuscrit
  • juin 2008 Tome II Theodore Roosevelt : de Santiago de Cuba à la Maison Blanche aux éditions Le Manuscrit
  • juillet 2008 Tome III Theodore Roosevelt : la présidence impériale aux éditions Le Manuscrit
  • décembre 2011 Waffle Print Amazon.com