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samedi 18 décembre 2010

l'homme de l'année 2010 de Time Magazine


L'homme de l'année 2010 de Time Magazine n'est pas Julian Assange, le patron de Wikileaks, mais Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook qui est devenu le réseau  planétaire de rencontres. C'est un choix moins polémique qu'en 2009 avec Ben Bernanke, le patron de la Fed, mais qui n'en est pas moins inquiétant avec la consécration du narcissisme parmi les valeurs hautement appréciées de ce magazine progressiste, faut-il le rappeler.  

Parmi les personnalités choisies depuis l'instauration de cette coutume en 1927 avec l'aviateur Charles Lindbergh, on retrouve deux Français : aussi surprenant que cela puisse paraître de nos jours avec Pierre Laval en 1931, et Charles de Gaulle en 1958. Mais Time Magazine ne peut être suspecté ni de francophilie, ni de chauvinisme, ni même de vouloir défendre absolument les valeurs de notre société judéo-chrétienne ou de notre démocratie parlementaire,  puisqu'il a consacré, en 1938, Adolf Hitler, sans doute pour  l'annexion des Sudètes et sa magistrale habileté lors de la conférence de Munich, et l'année suivante pour faire bonne mesure, le camarade Joseph Staline surnommé affectueusement "Uncle Joe" par le président Franklin Delano Roosevelt, et, enfin en 1979 le magnanime Ayatollah Khomeini. Quant à notre hyper médiatique président de la république française qui  peste, sans doute, de n'avoir pas été encore consacré, il devra se contenter d'un article dans ce même numéro dont voici la traduction intégrale par votre serviteur.


Un paradoxe français

par Bruce Crumley, Time Magazine, édition du 18 décembre 2010


Le président Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir comme un homme d’action au franc-parler. Mais les électeurs français sont de plus en plus intrigués par sa politique à bascule et sa confusion idéologique.

Sur une récente couverture du magazine hebdomadaire français Le Point était en vedette le président Nicolas Sarkozy, déboussolé par une pluie battante, avec le titre suivant "Qu’est-ce qui lui arrive ?"  L'image et la question posée captent la transformation d'un dirigeant qui ne peut mal faire à un homme dont chaque mouvement semble inciter à l'opposition ou à la controverse, même parmi ses alliés.

Beaucoup de malheurs du président français existent parce que les électeurs sont confus au sujet de ce qu'il représente. Ses décisions semblent se contredire les unes les autres, se plaignent-ils, et ses politiques sont souvent idéologiquement schizophrènes. "Pendant les deux premières années de sa présidence, Sarkozy a convaincu l'opinion publique française que tout ce qu'il avait à faire était d’annoncer la réforme pour qu'elle soit aussi bonne que faite et que sa parole et les résultats escomptés étaient la même chose", explique Denis Muzet, président de Médiascopie, un institut d’opinion publique à Paris. "Depuis le mois de janvier, cependant, les gens ont commencé à se plaindre que non seulement il s’agit d’une gesticulation, avec un résultat vraiment minime, mais que les réformes elles-mêmes se contrecarrent, et qu’elles ont un contenu illisible et souvent nuisible dans ce qu'elles accomplissent. Ils ne voient aucune cohérence idéologique dans les réformes de Sarkozy ou de son leadership. "

Ce qui signifie que la question la plus saillante pourrait être ainsi formulée : «Mais qui est vraiment Nicolas Sarkozy ?» La réponse dépend du moment où vous l'étudiez. Est-il l'homme, élu en mai 2007, qui prônait d’abaisser les impôts, d’éradiquer les 35 heures de travail hebdomadaire, de révoquer les régimes spéciaux de retraite pour les travailleurs des transports publics, et qui haranguait les employés en leur disant de «travailler plus pour gagner plus"? Ou est-il le chef de file qui, dans l'année écoulée, a rudoyé les banquiers cupides, a pesté contre la résistance des États-Unis et du Royaume-Uni au projet français d’une stricte réglementation de la finance mondiale, et a prêché l'évangile de la "moralisation du capitalisme" ? Est-il l'homme, le fils d'un immigré hongrois, qui, nouvellement élu, a contesté le principe d'égalité en plaidant pour la discrimination positive à l'américaine ? Ou est-il le chef qui pense à sa réélection, en courtisant ouvertement les électeurs de l'extrême-droite du Front national avec la répression des clandestins et avec un débat conflictuel sur l’identité nationale ?

Bien sûr, tous les hommes politiques se contredisent. Il est presque impossible de rester cohérent et idéologiquement pur sous le regard attentif des médias, surtout à une époque où des déclarations contradictoires sont mises en exergue par un simple clic sur YouTube. Mais la chute de Sarkozy est remarquable parce que son succès politique a été construit autour de sa réputation de franc-parler et de quelqu'un qui agit au lieu de causer. Maintenant, de nombreux électeurs, et même certains de ses anciens alliés, s'interrogent sur le président qu'ils croyaient connaître. "C'est classique de la part de Sarkozy de prétendre que les principes sont adaptables et que la volonté de prendre position sur n’importe quel sujet renforce ses intérêts politiques. C’est la preuve de son pragmatisme et de son ouverture à tous les points de vue", explique un ancien conseiller conservateur, qui a parlé de lui à condition de conserver l’anonymat. "Zéro conviction et fidélité, à l'exception de lui-même..."

Prenez les affaires internationales. Pendant la première année de sa présidence, la relation glaciale de Sarkozy avec la chancelière allemande Markel Angela l'a conduit à déclasser la relation franco-allemande, qui a toujours été au cœur de la politique française en Europe, et à cultiver des liens étroits avec le Royaume-Uni. Mais en avril, avant le G-20 de Londres, le président français s’est rapproché de Merkel sur la question d’une réglementation internationale plus stricte des marchés financiers, et il a depuis encouragé une relation plus étroite avec Berlin. La semaine dernière, Sarkozy a lancé une pique à l’encontre de l’ex Chancelier de l’Échiquier Alistair Darling en se vantant que la nomination d'un officiel français chargé de superviser la régulation des marchés financiers au sein de l’Union Européenne est à la fois une "victoire du modèle européen qui n'a rien à voir avec les excès du capitalisme financier", et une chance de "sévir contre la City financière de Londres". Darling a répliqué : "Cette menace est vouée à l'échec et c’est une recette pour entretenir la confusion des esprits."

L’idolâtrie première de Sarkozy envers le président américain Barack Hussein Obama a également cédé la place à une amère déception à l’égard de la méthode consensuelle et lente de réformer aux États-Unis. Sarkozy a été vexé qu’Obama refuse l'affection qu’il a affichée publiquement envers lui. Il y a aussi la question embarrassante des droits de l'homme. Avant d'être élu, Sarkozy a promis de placer les droits de l'homme au sommet de sa liste d'exigences dans les relations diplomatiques. Mais il a rapidement étreint des dirigeants comme le Libyen Mouammar Kadhafi ou le Syrien Bachar Al-Assad, entamé une tournée africaine des dictateurs, et félicité Vladimir Poutine après la victoire de son parti aux élections législatives de décembre 2007 entachées par des accusations de corruption. "N’est-ce pas une étrange conception des affaires internationales lorsque vous critiquez quelqu'un pour sa victoire électorale, et le lendemain, lui demandez de vous aider à résoudre la crise avec l'Iran, le Darfour, et à réduire les tensions dans le monde," a rétorqué Sarkozy à ses détracteurs lors d'une conférence de presse en janvier 2008. "Considérez-vous normal que j'insulte M. Poutine en disant que sa victoire est illégitime, et ensuite que je lui demande de résoudre les problèmes du monde ?"

Bien sûr que non. Mais moins d'un an auparavant, Sarkozy est arrivé au pouvoir en faisant valoir que les principes priment. L'irrépressible "hyper-président" a depuis longtemps dit qu'il jugeait les personnes (et attend d'être jugé) exclusivement sur leurs mérites et leurs résultats. Mais, en octobre, il a appuyé la candidature de son inexpérimenté fils Jean, âgé de 23 ans, à la présidence de l'organisme public responsable de la gestion du quartier financier de La Défense qui gère plusieurs milliards d’euros. Pour aggraver les choses, alors même que les accusations de népotisme devenaient plus fortes, Sarkozy père a vanté sa réforme du lycée : «Désormais, ce qui est nécessaire pour réussir en France n'est pas d’être bien né, mais de faire des études et de travailler dur." "Le scandale de Jean Sarkozy est un exemple de la façon dont beaucoup d'actions de Sarkozy déplaisent au public, mais surtout aliènent sa base d'électeurs conservateurs qui ne considèrent plus qu'il défend leurs valeurs ou leurs intérêts politiques", explique Jean-Marc Lech, co-président du groupe de sondage Ipsos, qui a mis la côte de popularité du président à seulement 39%, alors qu’elle était à 60% quand il fut élu. "Sa plus grande chute est au sein de l’électorat conservateur qui ne se reconnaît pas dans les activités qu’il mène et qui se plaint que ce n’est pas le genre de politique pour qui il a voté."

Les inconditionnels de Sarkozy notent qu'il est seulement à la moitié de son mandat de cinq ans, souvent une période difficile pour un président. Les choses peuvent embellir quand auront lieu les élections en 2012. Ou peut-être pas. Le parti socialiste demeure dysfonctionnel et divisé, il est vrai, mais les récents sondages suggèrent que le socialiste Dominique Strauss-Kahn, qui dirige actuellement le Fonds Monétaire International à Washington, battrait Sarkozy si le vote avait lieu aujourd'hui.

Certains conservateurs craignent assez la défaite pour prendre les devants. Au début de novembre, l'ancien Premier ministre conservateur Jean-Pierre Raffarin a mené une révolte à la chambre haute du parlement de la France en refusant de soutenir le projet chéri de Nicolas Sarkozy de supprimer la taxe professionnelle. Si Raffarin est d'accord sur le principe d’une réduction des impôts, il a été rejoint par deux autres anciens dirigeants conservateurs et la plupart des 36 000 maires de France en ridiculisant l'idée d'éliminer l'une des principales sources de revenus des collectivités locales avant d’envisager une réforme plus générale de leurs missions. Sarkozy risque une insurrection similaire sur un projet de loi de réforme de la justice qui permettrait d'éliminer la position du juge d'instruction indépendant et confierait le pouvoir entre les mains de procureurs de la République nommés sur décision politique.

Aucune des deux mesures, se plaignent progressistes et conservateurs, faisait partie de la plate-forme électorale de Nicolas Sarkozy. Toutes deux ont été mal pensées et menées à la hâte. Le problème de Sarkozy est que lorsqu’il a promis la «rupture» avec le passé lors de sa campagne électorale, il a construit des attentes qui vont bien plus loin qu’une simple évolution du langage et des méthodes de gouverner. À bien des égards, Sarkozy reflète les contradictions des Français eux-mêmes : exiger à la fois la concurrence et une protection des emplois, la modernité et le maintien de la tradition, et des résultats rapides sans douleur. Mais ce sont ces mêmes hypocrisies des électeurs qui ont voté pour Sarkozy, qui conduisent aujourd’hui à dénigrer sa manière inconsistante de gouverner. Le président devra convaincre les électeurs qu'il est toujours l'homme à faire le travail rapidement, ou il pourrait y avoir un nouveau titre après les prochaines élections : «Qu'est-il arrivé à Nicolas Sarkozy ?"

mes livres publiés

  • octobre 2002 Les Déserts du Monde ouvrage collectif sous la direction d'Eve Sivadjian chez Solar et Géo
  • octobre 2003 Les Montagnes du Monde ouvrage collectif sous la direction d'Eve Sivadjian chez Solar et Géo
  • février 2007 Tome I Theodore Roosevelt : l'ascension d'un homme courageux aux éditions Le Manuscrit
  • juin 2008 Tome II Theodore Roosevelt : de Santiago de Cuba à la Maison Blanche aux éditions Le Manuscrit
  • juillet 2008 Tome III Theodore Roosevelt : la présidence impériale aux éditions Le Manuscrit
  • décembre 2011 Waffle Print Amazon.com