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Quotation of the Day

samedi 13 mars 2010

L’Europe se trompe toujours de combat


"Le seul homme qui évolue est celui qui est pourvu d'un cerveau." Oliver Noyes Wescott

La remise en cause des Credit Default Swaps (CDS) par la Grèce est l’histoire de l’arroseur arrosé. Après avoir abusé des currency swaps en retour d’une avance sur recettes par le diable Goldman Sachs (1), et qui lui ont permis de masquer ses déficits abyssaux à ses partenaires, la cigale grecque se dit, à présent, victime de requins qui spéculent sa faillite à travers les CDS.

Cette triste histoire en serait restée là si elle n’avait été relayée, le 9 mars 2009, par quelques démagogues européens qui réclament, à leur tour, une régulation accrue ou carrément l'éradication de ces produits dérivés sur les dettes souveraines. Quand la température ne convient pas aux socialistes, ils veulent casser le thermomètre. (2)

Si prompt à reprendre les communiqués de ses confrères quand ils abondent dans son sens, le journal Le Monde s’est gardé de faire part à ses lecteurs d’un organisme allemand de régulation financière. Budensanstalt für Finanzdienstlastungsaufsicht, peut être plus connue pour certains sous son acronyme BaFin, a mis en ligne sur son site (3) le communiqué suivant : «Die Bundesanstalt für Finanzdienstleistungsaufsicht (BaFin) hat – entgegen anders lautender Berichterstattung - bislang keine Anhaltspunkte dafür gefunden, dass in jüngster Zeit verstärkt Kreditderivate, sogenannte Credit Default Swaps (CDS), zur Spekulation gegen griechische Staatsanleihen genutzt worden sind.» Traduction en français : Contrairement aux autres communiqués bruyants, le Bafin n’a pas trouvé le moindre indice que les dénommés CDS ont accru, récemment, la spéculation contre les obligations de l’État grec.

Ce communiqué n’hésite pas à contredire la chancelière sur un point capital. C’est la preuve de la bonne santé de la démocratie allemande, et que l’on ferait bien de prendre en exemple en France en créant de véritables contre-pouvoirs à l’omnipotence d’un chef de l’État erratique.

Parmi les idées qui circulent à Luxembourg ou à Bruxelles, on notera la volonté d’exclure de ce marché les «naked CDS». Il s’agit d’un contrat dans lequel l’acheteur n’a pas d’exposition au sous-jacent. En clair, pour assainir ce marché d’assurance de la dette souveraine, il faudrait exclure les spéculateurs qui ne détiennent pas de la dette.

Pour fixer les idées, le marché américain des CDS représente 145 trillions de dollars alors que la dette de ce pays est d’environ dix trillions de dollars. Le volume de ce marché représente quatorze fois la dette des États-Unis. Faute de statistiques à l’échelle de l’Europe, on peut extrapoler que le marché des CDS représenterait au moins dix fois la dette globale des quinze États membres de l’euro. Un ordre de grandeur de 100 trillions de dollars paraît réaliste. Je souhaite beaucoup de courage à nos vaillants eurocrates pour séparer le bon grain de l’ivraie (naked CDS) dans cet océan de dettes.

Autre reproche souvent entendu depuis le 15 septembre 2008, c’est l’absence d’un marché centralisé pour pallier les insuffisances d’un marché gré à gré. Ce travail de titan est en cours de réalisation sur le continent américain par Depository Trust & Clearing Corporation. Créée en 1999, cette holding regroupe les activités de deux agences : Deposit Trust Company (DTC) et National Securities Clearing Corporation (NSCC)

De leur côté, les Européens sont complètement nus. Leur idée de se couvrir avec un fonds monétaire européen n’est pas la bonne. C’est toujours le vieux réflexe socialiste d’une mutualisation des risques alors qu’il faudrait mettre en place une maison de compensation qui réconcilierait, une fois par mois, tous les ordres sur le marché des CDS. Après onze ans de labeur, les Américains ne sont parvenus qu’à une réconciliation hebdomadaire. La route est longue pour parvenir à l’idéal d’une compensation quotidienne.

Cette affaire démontre, une fois de plus, le retard considérable des Européens. Il est plus facile pour nos démagogues de s’en prendre aux paradis fiscaux et aux hedge funds qui spéculent sur la dette souveraine ou sur la monnaie unique. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois !

(1) Archive du 19 février 2010 : les Américains se vengent de notre pingrerie !

(2) Archive du 5 mars 2010 : la chasse aux sorcières est ouverte

(3) http://www.bafin.de/

3 commentaires:

daredevil2007 a dit…

Bonjour M. Martoïa,

J'aimerais beaucoup avoir votre avis sur les analyses faites dans ce texte qui, me semble-t-il, correspondent à certaines que vous-même avez écrites.

http://blog.turgot.org/index.php?post/Connolly

Merci par avance et au plaisir de vous lire encore souvent

Bernard Martoïa a dit…

De cette bonne analyse que vous m'avez demandé de commenter, voici ce que j'en retiens.

Au lieu de couper l'oxygène du patient (euro) plongé dans le coma, on préfère le maintenir dans une vie végétative. Les politiciens doivent trop leur carrière à l'Union européenne pour renoncer à leur chimère. Cela se fera au prix d'un effondrement généralisé des cigales.

Pour que l'euro sorte du coma, il faudrait que les cigales se transforment en fourmis et acceptent le remède de la déflation pour restaurer leur compétitivité. Je n'y crois pas.

daredevil2007 a dit…

Merci pour votre réponse tout à fait limpide qui confirme ce que je pensais malgré la faiblesse de mes connaissances économiques - que j'essaie toutefois grâce à la lecture de vos textes et de ceux de diverses autres personnes compétentes d'améliorer.

Au plaisir de vous lire

mes livres publiés

  • octobre 2002 Les Déserts du Monde ouvrage collectif sous la direction d'Eve Sivadjian chez Solar et Géo
  • octobre 2003 Les Montagnes du Monde ouvrage collectif sous la direction d'Eve Sivadjian chez Solar et Géo
  • février 2007 Tome I Theodore Roosevelt : l'ascension d'un homme courageux aux éditions Le Manuscrit
  • juin 2008 Tome II Theodore Roosevelt : de Santiago de Cuba à la Maison Blanche aux éditions Le Manuscrit
  • juillet 2008 Tome III Theodore Roosevelt : la présidence impériale aux éditions Le Manuscrit
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