samedi 31 octobre 2009

Main Street versus Wall Street


Sheila Blair est une républicaine courageuse. Présidente du F.D.I.C, elle s'est prononcée, le 12 octobre 2009, en faveur de l'aléa moral pour toutes les banques américaines.

Woodrow Wilson se plaisait à dire que l’homme qui nage à contre-courant connaît la force de celui-ci. Mais le vingt-huitième président des Etats-Unis se garda bien de l'expérimenter. Il préféra se ranger derrière la majorité pacifiste que de préparer son pays à la guerre... Aussi vais-je reprendre sa litote à mon compte en déclarant que «seul celui qui nage à contre-courant connaît la force de celui-ci.» J’en sais quelque chose !

Le lundi 15 septembre 2008, quand la banque d’investissement Lehman Brothers dut déclarer sa faillite, sous la contrainte de Henry Paulson, juste avant l’ouverture du marché à Wall Street, j’étais en train de marcher sur le chemin des Appalaches. Je n’appris la nouvelle que cinq jours plus tard lors d’un ravitaillement dans une bourgade de Pennsylvanie. Puis, au hasard de mes haltes, je découvris sommairement l’ampleur des dégâts collatéraux.

Dès mon retour en France, je n’eus de cesse, dans le maelström de la toile, que d’essayer de comprendre pourquoi cette catastrophe s’était produite. Après trois semaines à séparer le bon grain de l’ivraie, je fus en mesure de me forger une opinion qui était diamétralement opposée de celle des perroquets de la pensée unique. Ce n’était pas le marché qui était responsable de la catastrophe mais les autorités de tutelle qui avaient failli à leur mission. Pour paraphraser Carl Menger, il ne faut pas confondre les causes et les conséquences. De son côté, le locataire de l’Elysée retourna sa veste lors de son discours du 25 septembre 2008 à Toulon. « A gauche toute ! » déclara l’amiral qui était davantage préoccupé par sa réélection, à l'horizon 2012, que par l’avenir de la flotte...

Dès le 15 novembre 2008, le jour de la première rencontre du G20 à Washington, je me mis à nager à contre-courant de la pensée unique en écrivant (vous pouvez le vérifier sur le site de Claude Reichman) qu’il fallait restaurer le Glass Steagall Act. Ayant à l’esprit le naufrage du Titanic, la priorité était pour moi, dans un premier temps, de restaurer une cloison étanche entre les banques de dépôt et les banques d’investissement, laquelle avait été enlevée, dans l’euphorie de la bulle internet, par le président Bill Clinton. Les perroquets rouges, roses ou verts avaient, quant à eux, d’autres priorités : la lutte contre les paradis fiscaux, une taxe Tobin prélevée sur toutes les transactions financières à l’échelle mondiale, une taxe carbone pour lutter contre la surchauffe de leurs neurones ou une énième règlementation bancaire comme si ce secteur n’en avait pas assez !

Cette première réunion du G20 à Washington accoucha d’une souris car les participants durent se rendre à l’évidence qu’il fallait attendre l’arrivée du nouveau locataire de la Maison Blanche avant de décider quoique ce soit. Ils auraient pu épargner aux contribuables américains les dépenses inutiles de ce sommet s'ils connaissaient la coutume américaine. En raison d’un archaïsme de celle-ci, la transition est longue entre l’élection présidentielle du premier mardi de novembre et la prise de fonction du 20 janvier. Le « messie noir » se faisait attendre… Mais ses fidèles, qui étaient légion en Europe lors de son élection, déchantèrent lors du second G20 réuni à Londres le 2 avril 2009. Barack Obama devait son élection aux grands banquiers de Wall Street. Prisonnier de ses engagements de campagne, il ne pouvait aussitôt les décevoir. Aussi toute réforme sérieuse du système financier fut-elle soigneusement écartée. Les technocrates des banques centrales s’entendirent pour rafistoler la tuyauterie mais en deçà de ce qui était nécessaire. Flairant qu’il n’y aurait pas d’accord favorable aux thèses marxistes soutenues par les médias français, le locataire de l’Elysée emprunta les bottes trop grandes pour lui du général de Gaulle en voulant pratiquer la politique de la chaise vide.

Dès que les banquiers reprirent leurs mauvaises habitudes, les perroquets poussèrent des cris d'orfraie. Dans le capharnaüm qu'est devenue cette pauvre France, j'écrivis qu’il ne servait à rien de les morigéner. C’était une conséquence logique de l’interventionnisme étatique pratiqué, hélas, par la quasi-totalité des gouvernements occidentaux. Quand le tsunami balaya leurs rivages le lendemain de la chute de Lehman Brothers, tous les Etats européens se portèrent au secours de leurs banques. Critique à l’égard de cette aide unilatérale qui allait à l’encontre de sa philosophie du laissez-faire, la chancelière Angela Merkel dut en rabattre lorsque ses conseilleurs lui apprirent que Hypobank, la seconde banque de son pays, était aussi plombée que Lehman Brothers.

Henry Paulson, l’ancien secrétaire du Trésor américain, avait déclenché ce tsunami en laissant choir Lehman Brothers. Aurait-il agi différemment s’il n’avait été aussi l’ancien président de la banque d’investissement Goldman Sachs qui était la grande rivale de Lehman Brothers ? Malgré ses dénégations quand on le somma de s’expliquer, je compris qu’il n’était pas animé des meilleures intentions et qu’il avait préféré régler ses comptes avec Richard Fuld, le président de Lehman Brothers, que de prendre en considération l’intérêt général qui dictait un sauvetage de son rival.

Quand Richard Fuld fut convoqué devant la commission des finances de la Chambre des Représentants, présidée par le démocrate californien Harry Waxman, il ne comprenait toujours pas pourquoi on l’avait laissé tomber alors que le gouvernement s’était porté au secours de Bears Stearn, de Merrill Lynch et de l’assureur A.I.G. A défaut de compassion pour celui qui avait parié sur une titrisation des toxiques subprimes, je partageais sa perplexité et son désarroi et ne pouvais souffrir la curée dont il était alors victime. Lorsqu'un grand malheur s'abat, un peuple s'empresse de sacrifier un individu pour conjurer le mauvais sort. Deux millénaires de vernis de civilisation n'ont rien changé à nos instincts de primates.

Restaurer l’aléa moral est la seule solution pour responsabiliser les banquiers. Pour ceux qui ne connaitraient pas ce concept abscons, il s'agit tout simplement de rétablir le bon sens dans la sphère économique. Si vous êtes toujours prêt à protéger les banquiers des conséquences de leurs propres erreurs, votre bienveillance sera prise en compte et ils sauront qu'ils pourront prendre encore plus de risques que la fois précédente. L'histoire ne tardera pas à le prouver.

Mais il y a un préalable à la restauration de l'aléa moral que la chute de Lehman Brothers nous a appris à nos dépends. Il ne faut qu’aucune banque n’atteigne une taille critique supérieure à 10% du PNB d’un pays. Tant que ces mastodontes n’auront pas été démantelés, ils feront toujours courir un risque systémique à l'ensemble du système financier. Il appartient à tout gouvernement de mener cette opération de salubrité publique. Commençons donc en France par dépecer en dix entités distinctes la Société Générale et BNP Paribas avant d'envisager un retour de l'aléa moral. Il faut comprendre que cette opération revient à demander aux inspecteurs des finances de se faire hara kiri. Leur intérêt catégoriel doit s'effacer devant l'intérêt général de la nation. Mais quel homme d'Etat aurait le courage de leur demander ce sacrifice ?

Le statu quo des grands argentiers est en train de s’effriter. Shela Blair est la présidente du F.D.I.C (Federal Deposit Insurance Corporation) Cette républicaine du Midwest a beaucoup de pain sur la planche. Avec des fonds très limités, elle doit endiguer l’inexorable marée des petites banques américaines qui font faillite au rythme maintenant de deux par semaine. C’est le revers du paradigme en vogue à Wall Street (too big to fail) et qui pourrait se décliner ainsi : «too small to be rescued». (Vous êtes malheureusement trop petite pour être sauvée)

Shela Blair veut rompre avec ce cynisme qui est insupportable aux yeux de beaucoup de ses concitoyens qui paient chèrement aujourd’hui les frasques des grands banquiers et qui ont le culot de s’arroger, à nouveau, des bonus indécents. Le 12 octobre à Istanbul, lors d’une réunion du F.M.I, elle a déclaré qu’il fallait restaurer l’aléa moral pour tout le monde ! Les perroquets en France se sont gardés de reprendre sa courageuse annonce mais Alistair Darling, le gouverneur de la banque centrale du Royaume Uni, et ensuite Timothy Geithner, le secrétaire du Trésor américain, viennent de lui emboîter le pas.

Saluons le regain de lucidité des citoyens américains. De plus en plus d'entre eux se rallient à la position de l’école autrichienne et réclament que l’aléa moral soit appliqué à tout le monde. Il aura donc fallu un peu plus d'un an pour que quelques grands décideurs d’Outre-Atlantique ou d’Outre-Manche réalisent, sous la pression d’une opinion publique exaspérée, ce qu’il convient de faire pour prévenir un nouveau tsunami financier.

En revanche, n’attendez pas de Paris ou de Berlin un tel message d’espoir. L’heure est toujours à morigéner les banquiers en leur intimant de se comporter avec un minimum de décence vis-à-vis d’une opinion publique infantilisée. Il est en effet plus facile de faire semblant de taper sur les doigts des banquiers que de remettre en question un modèle étatiste, certes périmé, mais toujours payant sur un plan électoral. Dans le système actuel, les profits sont pour les banquiers et les pertes pour les contribuables. Quand les contribuables européens comprendront-ils que cet arbitrage s’exercera toujours à leur détriment ? C'est tout le problème des peuples qui ont trop longtemps vécu dans un Etat providence et qui ne savent plus où se situent leurs propres intérêts qui sont marginaux par rapport à ceux de la nomenklatura en place.

samedi 24 octobre 2009

Le courage est une vertu trop rare de nos jours



Avec le socialiste Othmar Spann et le comte Degenfeld-Schonburg, Hans Mayer (sur la photo) occupait la chaire d’économie à l’université de Vienne pendant l'entre-deux-guerres mais l'histoire a préféré retenir deux exclus de l'université : Ludwig von Mises et Joseph Schumpeter...

« On ne découvre pas de nouvelles terres sans consentir à perdre de vue le rivage pour une très longue période. » André Gide

Une majorité de Français est consciente que le modèle de l’Etat-providence est à bout de souffle, que les taxes innombrables ne cessent de rogner leur pouvoir d’achat, de freiner la croissance et d’accroître le chômage, que leur retraite (par répartition) sera très médiocre ou inexistante et que l’immigration de peuplement ne saurait être un palliatif à l’effondrement de la pyramide des âges.

Ce constat fait, ils préfèrent le statu quo au saut dans l’inconnu. La classe politique (qui se repaît sur la bête et a donc tout intérêt à pérenniser le statu quo) entretient l’illusion que c’est au reste du monde de s’adapter à notre modèle social.

Cette récession mondiale est une occasion ratée de faire un constat honnête des causes l’ayant provoqué et des solutions pour y remédier. L’antienne du président socialiste Barack Obama, entonnée par les moutons de Panurge, est la suivante : «C’est la dérégulation du secteur financier qui est à l’origine de la crise. Pour faire repartir la croissance, il faut accepter des déficits budgétaires conséquents. Après on verra !»

Que verra-t-on ensuite ? Paul Krugman, le gourou des néo-keynésiens, n’en dit mot. John Maynard Keynes clouait le bec de ses détracteurs en leur lançant «Dans cent ans nous serons tous morts ! » Ce message, irresponsable et immoral, est porteur d’une nouvelle bulle obligataire dont les effets seront autrement dévastateurs pour les générations qui nous succèderont.

Quand des millions d’Américains ont leur propriété saisie ou dévaluée de moitié, qu’ils perdent leur emploi et que les dix-neuf grandes banques de Wall Street, sauvées par l'argent du contribuable, s’apprêtent à verser des milliards de dollars de bonus à leurs salariés, ils s’indignent à juste raison. Dans leur désir de coller à l'humeur de l'opinion, les parlementaires français viennent de promulguer une taxe sur les bénéfices des banques. Au risque de me répéter, la solution n'est pas de morigéner les banquiers irresponsables (à cause justement de l'aide étatique) mais de rétablir l'aléa moral en laissant choir les banques défaillantes.

Quels politiciens nous ont prévenus du désastre que nous encourions ?

Il y en a eu très peu à nager à contre-courant de la pensée unique. Comme le disait le président Woodrow Wilson, l’homme qui nage à contre-courant connaît la force de celui-ci. Mais Woodrow, l’ancien professeur de relations internationales de l’université de Princeton, se garda bien de l’expérimenter. Le donneur de leçons préféra sagement se ranger derrière le pacifisme de la majorité alors qu’il aurait dû, en tant que chef des armées, préparer l’opinion publique à la guerre. Il était tout le contraire d’un Teddy Roosevelt qui mena une inlassable campagne pour tirer son pays de la torpeur dans laquelle l'avait plongé Woodrow. (1)

Pourtant le jury d’Oslo les place sur le même piédestal. Il leur a accordé le prestigieux prix Nobel de la paix : à Théodore, en 1906, pour sa médiation dans la guerre russo-japonaise et à Woodrow, en 1919, pour son rôle à la conférence de la paix de Versailles.

Mais que dire du prix 2009 décerné à l’impétrant Barack Obama qui, lui-même, a reconnu qu’il ne le mérite pas ? La crédibilité du jury d’Oslo est fortement ébranlée par cette attribution. Ce jury se serait-il trompé ? Non. Il reflète parfaitement l’air du temps qui est le règne de l’hypocrisie. Ce temps porte un nom : «le politiquement correct !» C’est une idéologie aussi pernicieuse que le fut, en son temps, le socialisme.

L’histoire sait toujours mieux juger que les jurys

Alors que la lassitude me gagne de reprendre un combat solitaire, j’ai lu, cette semaine, un article de Llewellyn H. Rockwell fils, le président de l’institut Ludgwig von Mises à Auburn en Alabama, qui m’a remonté un peu le moral. Il a évoqué la carrière de deux économistes autrichiens de l’entre-deux guerres : Hans Mayer (1879-1955) et Ludwig von Mises (1881-1973).

Avec le socialiste Othmar Spann et le comte Degenfeld-Schonburg, Mayer occupait la chaire d’économie à l’université de Vienne. Mises devait travailler à la chambre de commerce. On lui avait non seulement dénié le droit d’enseigner à l’université mais aussi de le faire en dehors des murs de celle-ci. Mayer persécutait les étudiants qui participaient aux séminaires organisés par son ennemi juré. Il ne leur accordait tout simplement pas de diplôme.

Les gens extérieurs à l’université s’imaginent que celle-ci est le cadre de riches débats d’idées. Il n’en est rien. Comme Mayer, de trop nombreux universitaires français passent leur temps à régler des comptes. Regardez la polémique suscitée par l’ouvrage de Sylvain Gugenheim «Aristote au Mont Saint Michel» qui a eu l’outrecuidance de dire une évidence mais qui se heurte au politiquement correct, lequel voudrait imposer l’idée fausse, que nous devrions la transmission de cet héritage grec aux Maures, dans le but évident de faire le lit de l’islam dans notre vieille Europe chrétienne.

De même que ces ayatollahs du « politiquement correct », Hans Mayer était plus attaché aux récompenses terrestres, comme la reconnaissance de ses pairs, la jouissance du pouvoir, la réduction de ses heures de cours (à zéro de préférence) que par la poursuite d’un travail solitaire de recherche.

Le trait le plus saillant d’un bon économiste ou d’un bon politicien est d’avoir le courage de dire des choses impopulaires.

Mises consacra sa vie au développement d’une pensée économique originale sans se soucier de l’opinion de ses pairs. Il préféra sacrifier une carrière d’universitaire à laquelle il était tout désigné que de renoncer à sa liberté de parole. Le prix à payer est toujours élevé pour un esprit indépendant. Alexandre Soljenitsyne en est le meilleur exemple.

Réfugié en Suisse en 1934, Mises avertit sa fiancée qui se voulait se marier avec lui : « Je vais parler beaucoup d’argent mais ne pas en gagner autant. » En 1940 alors qu’il venait de publier l'ouvrage Nationalökonomie, ses hôtes le prirent de faire ses valises. Il y avait un peu trop de juifs turbulents dans la paisible confédération helvétique.

Même lorsqu’il émigra en Amérique, Mises demeura un paria dans ce pays jusqu’à la fin de ses jours. La pensée keynésienne était à son apogée. On le considérait comme le « dernier chevalier » du libéralisme (2) ou, avec plus de dérision, le Don Quichotte de la pensée économique… Avec l’aide de Henry Hazlitt, un journaliste du New York Times, il trouva un éditeur courageux. Peu de monde se serait bousculé pour avoir l’exclusivité des droits de tirage d’un petit économiste viennois qui écrivait, de surcroît, en allemand. Mises put enseigner à l’université de New York qui ne le payait pas. Ses cours furent pris en charge par une donation privée. Il s’attira évidemmment les foudres de ses pairs keynésiens. Il n’en avait cure car il ne risquait plus sa vie comme en Autriche.

Mises ne fut jamais récompensé de son vivant. Il mourut, en 1973, un an avant l’attribution du prix Nobel d’économie à Friedrich von Hayek, un autre éminent représentant de l’école autrichienne, mais qui dut le partager avec le socialiste Gunnar Myrdal. Les membres du jury d’Oslo ne s'embarrassent pas de contradictions majeures.

A l'opposé de Mises, Mayer avait une qualité irremplaçable dans le système de sélection qui s'est fort bien acclimaté sous toutes les latitudes. Il était l'étudiant le plus lèche-botte de Friedrich von Wieser. Quand Wieser prit sa retraite, il le fit nommer à sa place. Il évinça ainsi Mises mais un autre étudiant qui portait le nom de Joseph Schumpeter (1883-1950)

Aujourd’hui, les travaux de Mises et de Schumpeter sont universellement reconnus mais qui se souvient encore de ceux de Mayer ? Il en ira de même, un jour, des sbires du «politiquement correct» qui monopolisent les médias.

(1) La présidence impériale par Bernard Martoïa

(2) Mises : the last knight of liberalism par Guido Hülsmann

mercredi 21 octobre 2009

Escaping Babylon only to Escape it Again



Me at the Appalachian Trail logo at the crossing of Maine 27 road



Thank you to the correct translation made by the blog no-gritaron of my article of October 10, entitled:"L'Amérique au pain sec et à l'eau."


Each annual visit to the United States gives me the opportunity to regain freedom. For the Europeans and the French in particular, freedom is very secondary to equality. To each his own priorities.

Crisis obliges them. Americans are living on bread and water. Unlike the French, they do not spend their time moaning and blaming others. The dominant feeling seems to be: "We have lived too long beyond our means. We speculated immoderately. This is the price you pay. We have to just do it learn our lesson. That's it!” They behave like adults, not getting spoiled and irresponsible as is too often the case in France.

There are two Americas that should not be confused with one another: the liberal and atheistic coasts and big cities, that European tourists identify with, and the other - that of the conservative and religious rural counties. The authentic latter is the one I feel deeply connected to. The first is that of a consumer Babylon that doesn’t hold much interest to me except for the museum collections. Apart from the obligatory passage through Logan Airport in Boston during my last trip, I rather hasten to flee to the Republican hinterland.

On this year's itinerary I only considered two states: New Hampshire and Maine. Unlike other tourists, I don’t rush through. This gives me time to discover a country and also meet people at the mercy of my stops in my town for supplies.

The circuit of a typical French holiday is to swallow 4000 kilometers of tarmac in a fortnight. He wants to see the Grand Canyon, the national parks, Yosemite or Death Valley in California, and of course Las Vegas and San Francisco. That kind of tourism is well suited to these ephemeral times, "Une impression chasse vite la précédente." But what can it remain of your memories after that kind of roller-coaster ride?

Each time a French person asks my opinion on this or that American tour, I warn its too big for my appetite for discovery. The distances are not the same as in Europe. The advice is ignored. I never managed to convince a tourist to narrow his itinerary. My philosophy of travel is not compatible with modernity. Snobbish, the French tourists feel compelled to visit natural sites and well known cities, then they hasten to return. I do not know Boston, but I know Massachusetts I walked it twice: from North to South in 2001, and from south to north in 2007.

For a month I was lucky not hear a word of French. What a pleasure to escape the endless summary judgments against Americans that they do not know!

As I move slowly, and even more this year because of the extremely difficult terrain of New Hampshire which is like a giant staircase (my hourly average fell sometimes a mile), I have ample opportunity to observe the day and note in the evening, my impressions by the light of a headlamp in my tent. I want this book in English to render the best evidence of my experience.

The economic crisis in America is more profound than suggested by Ben Bernanke, who said that his country had resumed growth in September, but I have not seen a single crane! "Le secteur du bâtiment est sinistré". (The construction sector is acutely damaged). The only active work site I saw was the renovation of a small section of Route 27 in Maine, which connects Auburn to the Canadian border. In contrast, I counted twenty-four cranes at the construction of a new terminal at Frankfurt, Germany for the European consortium EADS’ giant A-380,

The revival of Keynesian theory by Obama government has benefited Wall Street and the nineteen major U.S. banks deemed "too big to fail" as the interventionist saying goes. I felt in the rural population, an implacable hatred against unwarranted rescue of the wealthy on Wall Street. On the other hand, the French are cattle that politicians can say anything to. Arthur Schopenhauer once said: "Hatred comes from the heart, contempt of the brain, and these feelings are beyond our control." The 2010 Congressional elections will prove to be exciting.

mardi 20 octobre 2009

Delaware Gap


Delaware Gap, 25 September 2008

When I wake up at 6 o’clock, despite a rather short night sleep, a smell of anchovies prevails against tobacco inside my bedroom… The thirty inches wide pizza’s box is hanging above the TV. Can I eat another slice for breakfast? I blame myself for having ordered an oversized pizza last night but I can’t eat it anymore. The prospect of chewing a cold pizza triggers instant queasiness. I depart with an empty stomach from the ratty motel…

It is chilly outside. A northern wind is blowing at well named Wind Gap. Today is my last stage on Blue Ridge Mountain and also in Pennsylvania. Delaware Gap, at the border of New Jersey, is sixteen miles away. Pennsylvania has been up to its infamous reputation. My shoes are worn out. There are two gaping holes on outer and inner side of Lowa boots. The threading is the weakness of my favorite shoes made in Switzerland. There is absolutely no chance to wear them till Hanover. I need to replace them as soon as possible. Is there a chance to find a pair at the Outdoor shop in Delaware Gap? I am clueless.

The steep ascent to the crest warms up my sore muscles. On the trail I don’t have time and energy to stretch. When I reach the ridge, I set up the cruise control at two miles an hour. The trail is uneventful for a couple of hours under the canopy till my stomach starts gurgling. It’s time to fill the tank again. I open the knapsack where lay a turkey sandwich wrapped in silver foil. My mouth is too small to swallow it widthwise. I nibble on each side onion rings and tomatoes which are oozing out with mayonnaise sauce. The task requires my full attention. It takes me a quarter of an hour to gulp it. Replete after such heavy meal, I resume my course.

Wolf Rocks is an overlook which provides some excitement for the lone hiker. I gaze from the 2600 feet high’s outcropping. With a relentless breeze which clears the sky, the visibility reaches eighty miles today. Poconos loom to the North-West and Pinnacle, the sanctuary of raptors, to the South-West. There are the only discernable peaks amid blue ranges emerging on the horizon.

On my way down from Wolf Rocks I come across the path of wild turkeys. They don’t let me approach them. They scurry in the brush before I open the case of my camera.

A little later, I bump into four girls. I say hello to them. They have spent the night at nearby Kirkridge Shelter.
-Oh yes, I remember it. I was there in the fall of 2003.
- But what are you doing here again? asks me an amused girl with plate braids.
- At that time I was going Sobo, like you, but I changed my mind and, now, I am going Nobo.
-Have you done the entire trail? Inquire a stout girl with freckles.
-Not yet.
-Are you the last ones going South?
-Nope. They are many others hikers behind us, adds the third girl wearing a scarf.
She is the tallest and, apparently, the leader of the team because, with a nod to others, she gives the signal of departure. The three others bade me good bye.

Before Kirkridge Shelter the trail crosses a road at Fox Gap. I recognize the area where I was five years ago. In fact, few places remain stocked in my memory. It needs a special event to do the trick; in this instance, an empty slope which is unusual alongside the Appalachian Trail. I don’t pick up the side trail going to the shelter. I want to arrive as early as possible at Delaware Gap. As the trail becomes less rocky, my pace increases accordingly. As the trail crosses a pipeline trench under repair, I follow the temporary rerouting of the trail.

The trail climbs to the highest point of the stage at Mount Minsi with its 1460 feet. I come across several day hikers at the top. The North slope offers a variety of foliage unseen since Georgia. It is luxuriant again with azaleas and magnolia trees. The gap is also a geological boundary. Here rocks have been ironed out by glaciers. Their surface is striated. On the other side of the gap is the first lake left by retreating ice shelf. I stop at Lookout Rock, which is a cliff above Delaware River. The rumbling of cars and trains is picking up. Several beautiful streams cross the trail. Water scarcity is over.

I show up on Main Street at 2 pm. I stop at Edge of the Woods Outfitters. An idle young lady is eager to help me. A glance to boots on exhibit dashes my hope. Politely, I ask her if she has any Lowa boots.
-No, we don’t have that brand. We sell Vasque, Salomon and La Sportiva. Don’t you want to try one?
-No thank you, I stick with Lowa. I presume I have to go to New York City. Do you think I can catch up a bus and be back tonight?
-Oh yes, you can!
-Thank you for the tip! May be I’ll buy you some staff tomorrow morning.
-We open at 10am.
-Good bye!

I rush to Martz Trailways bus station. People are waiting outside the building. The bus is not yet there. I buy a round-trip to New York City and ask the schedule to the female agent. “Your bus is coming in two minutes”, said the middle aged woman. I just have time to undo the telescopic hiking poles when the bus stops. I am thirsty. “How long are you staying here? I ask to the senior driver. “I don’t stop. Climb up in the bus, please.” I am thirsty and also stinky. I sit at the last row, close to the toilet, to not disturb people.The travel to New York lasts an hour and an half. Will I have time to go to Paragon and catch up the returning bus at 6 pm? We enter Manhattan by the Holland Tunnel. Port Authority bus terminal is close to the tunnel.

New skyscrapers are emerging in the neighborhood. I don’t have time to gaze. I rush to the Subway station. I am disconcerted by my sudden immersion in the crowd. I wear short pans, T-shirt and busted shoes. I am an alien amid well dressed people. Paragon shop is nearby Union Square. I go right away to the second floor. Is my old friend Richard still working here? I inquire to a young salesman. “No, Richard is off today. What can I do for you Sir? Give me the same pair of Lowa, size 10, please!” While he checks the stockpile, I unlace my boots. When he comes back with a box containing the new shoes, he is surprised by my worn out ones.
-How can you have done that damage to your shoes?
-Just by hiking the trail, I said helplessly. Well, in fact, I have hiked a thousand miles with them.
-Oh I see! said the befuddled young salesman who laces a shoe for me.
I put the new ones.
-How much do I owe you?
-Don’t you want to walk a little bit? No I am fine.
-Should I throw the old ones away?
-Yes, please!
I buy also a new pair of socks. There are still 450 miles to go to Hanover.

I check my watch. It’s 5pm. I have plenty of time to go back to Port Authority. I buy a drink on Union Square. It is summer time in big Apple. Old souvenirs come back to the surface while I empty a bottle of Gatorade. Without urge, I catch up the bus. It is entirely filled by commuters. I am amazed that people come so far away to work in the city. I had no idea of their life while living in mid-town. It is my first experience. The bus driver summons people to turn off their cell phones before wishing us a good trip. Some people read a newspaper, other talk together. Most of them know each other in the bus. They talk of what they are going to do back home. Their time is precious.

At dusk I arrive at Delaware Gap. I go back to the counter to see if the female agent is still there. “I am back” I said her triumphantly. “Oh, you’ve made it. It is unbelievable.” “Not so”, I answer in a demure tone. I just know Paragon, the kind of shoes I want and also the subway to get there.” I bade her farewell.

I turn left on Broad Street. I am just following the little map inside the guidebook. I have turned on the flash light. It is complete dark now. I am surprised by the lack of light in front of Pocono Inn. As I approach the dark building, I am puzzled. What’s going on here? The answer comes with a flyer on the entrance. “For safety reason, Pocono Inn has been definitively closed after four flooding.” What to do now? Will I spend my night in the woods after a successful round trip to New York? The prospect defuses momentarily my high spirit. I check the map. My only chance is to get a room at the luxurious Deer Head Inn at the entrance of the town. It is another mile up Main Street. I trudge. I have enough of adventure for today.

Clients in the huge dining room are listening three jazzmen. I inquire to the bartender.
-We have a room at $87, is it ok with you? he asks me with a pity tone.
-It’s fine for me. Till what hour do you serve dinner?
-Oh, you have plenty of time. Don’t worry! Here is the key. Your room is located on the third floor. Turn outside on the terrace and enter the building by the back door.

My room is splendidly decorated with old furniture dating back to nineteen century. The bathroom is magnificent but I don’t have much time to enjoy it further. After a quick shower, I am back to the dining room where a new band succeeds the other one. I am placed two tables behind the band. I order tomatoes with mozzarella and pan seared salmon. While the jazz band is giving us good old songs, I sip a glass of Chardonnay.

My neighbor gives me his Wall Street Journal. As the collapse of the market alters my mood, I quickly give him back his newspaper. We chat for a while. Before leaving the dining room, he tends me his visit card from Wisconsin. “If you are in trouble to find a new pair of shoes while hiking in my vicinity, give me a call, please!”

jeudi 15 octobre 2009

Charles le Téméraire




Jean-Charles Goude, photo prise le 22 septembre 2009 par votre serviteur



Le lac Mooselookmeguntic est agité par un vent frais automnal. Devant le petit port de plaisance, abandonné des vacanciers, se tient droit un homme seul. Avec un chandail bleu marine à col roulé et les mains dans les poches d’un Lewis de coupe classique, Jean-Charles Goude contemple impavide cette vaste étendue d’eau à cheval sur deux comtés du Maine. Le capitaine est serein malgré la tempête qui s’est abattue, l’automne dernier, sur son pays d’adoption.

Charles, c’est ainsi qu’il préfère être appelé en Amérique où l’usage d’un diminutif est courant, est breton de naissance. Avec sa mère qui se remaria avec un ressortissant canadien, il gagna, en 1960, le Canada après avoir passé le baccalauréat. Il entama des études supérieures. Après avoir empoché un diplôme de Master of Business Administration, il commença à travailler dans le négoce agroalimentaire. Marié très jeune, il divorça quelques années plus tard de sa première épouse. « Je travaillais déjà beaucoup à cette époque et j’étais trop jeune pour mener une vie de couple», me raconte-t-il en me faisant visiter cette magnifique contrée du Maine.

Confronté aux affres du divorce, il dut abandonner à son épouse la maison qu’il n’avait pas encore remboursée. Endetté jusqu’au cou et confronté à une crise précoce de vocation, il réfléchit à son avenir professionnel. « Ma première épouse était antiquaire et j’avais la passion de l’art, pourquoi ne pas me lancer à mon tour dans ce métier?» déclame-t-il avec l’assurance des gens à qui rien ne fait peur. « C’est ainsi que je suis parti en 1972 à Austin dans le Texas. J’ai commencé à zéro ce nouveau métier dans un garage. » Mais rapidement, Charles sut faire prospérer son entreprise. Il se retrouva à la tête d’une société employant jusqu’à une vingtaine d’ouvriers hautement qualifiés dans la restauration de pièces d’art. «Toutes les pièces que l’on achète demandent une restauration.» En une décennie, il se hissa parmi les cinq plus grands antiquaires des Etats-Unis !

Il se créa une clientèle internationale dans des circonstances rocambolesques. «Un jour, ma seconde épouse m’appelle du bureau pour me dire qu’un couple élégant mexicain veut payer avec une valise remplie de dollars. Que dois-je faire ?» lui demanda son épouse affolée. «Compte les billets et apporte les à la banque!» et d’ajouter, «Je n’ai fait aucune publicité en direction de l’autre côté du Rio Grande. Les clients sont venus à moi par le bouche à oreille» et de préciser, «il existe une classe aristocratique au Mexique, de souche européenne, qui est très cultivée et éprise d’arts. Je ne savais pas qu’elle allait devenir ma meilleure clientèle», dit-il avec étonnement.

Malgré une vie bien remplie, Charles a conservé un enthousiasme et une simplicité qui font de lui une personnalité attachante. « Mon meilleur ami était James Moriarty. » L’intéressé, qui s’est éteint le 12 mars dernier, n’était pas le personnage fictif inventé Conan Doyle et que Sherlock Holmes avait surnommé « le Napoléon du crime. » Non, l’ami de Charles était son opposé. Il mena une carrière consulaire avant de devenir, à son tour, antiquaire. Son fils lui a emboité le pas. Il est l’actuel ambassadeur des Etats-Unis en poste au Bengladesh. « Nous nous téléphonions toutes les semaines où que nous fûmes l’un ou l’autre à travers le monde. Il est mort six mois après avoir arrêté de travailler en tant que consultant », me confesse avec tristesse Charles qui est hanté par la même angoisse existentielle. Pour ces deux êtres exceptionnels, il n’y a pas d’alternative en dehors d’une vie intense de travail.

Charles ne manque pas d’allant à 67 ans. Il est né en 1942. Après vingt ans de carrière passionnante dans le marché de l’art, il décida de tout plaquer. « Ce fut très facile. Je téléphonai un jour à Christie (la célèbre maison new-yorkaise de ventes aux enchères) Elle dépêcha, dans la semaine, six camions qui emportèrent toute ma collection ! Je plaçai cet argent à une banque de New York. Puis mon épouse et moi partimes sur un voilier faire le tour du monde. Notre croisière dura sept ans. Puis, un jour, mon banquier me téléphona pour me dire que j’avais presque tout perdu le capital que je lui avais confié. » Assommé par la nouvelle, Charles refusa de parler à quiconque pendant un an. «Ce fut très dur à digérer. Que faire ?» Dit-il avec une sincérité désarmante. «J’aurais pu demander à mes banquiers de me prêter de l’argent pour recommencer mon ancien métier d’antiquaire mais j’étais trop vieux pour cela. Il faut compter une dizaine d’années avant de reconstituer une collection intéressante. Que faire alors pour assurer mes vieux jours ? »

C’est ainsi que le 4 juillet 2004, jour de la fête nationale américaine, Charles arriva à Rangeley dans le Maine. Il venait tout juste de racheter le Rangeley Inn. Cet hôtel d’une quarantaine de chambres, bien placé sur Main Street, comprend, en outre, un motel, d’une douzaine de chambres, lequel donne sur un étang. Le premier hôtel ouvrit, en 1877, au public. Il fut détruit dans un incendie au début du vingtième siècle. En 1908, un second établissement le remplaça. (1) Malgré une ambiance surannée de la Belle Epoque qui lui assure une clientèle fidèle en provenance de Boston ou même de New York (il faut compter huit heures de route), Charles ne se laissa pas aller à la rêverie sous les lambris dorés. Il se mit d’emblée au travail. A soixante-deux ans, il pelleta le vieux stock de charbon qui était entreposé depuis des décennies à la cave. «J’allais deux fois par jour à la décharge pendant deux mois» me conte-t-il.

« Ma priorité, lors du premier hiver, fut de restaurer les chambres du personnel qui étaient délabrées » ajoute-t-il. «On ne peut pas trouver du personnel sur place. J’ai dû faire appel à de la main d’œuvre étrangère.» Les deux jolies femmes de ménage que j’ai rencontré sont mongoles. Elles ne s’expriment pas très bien en anglais mais elles compensent ce handicap par une gentillesse et un sourire ineffable. «L’une est diététicienne et l’autre architecte», me précise Charles. «Elles gagnent dix fois plus d’argent que dans leur pays en faisant ce métier de bonne» et, d’ajouter, « elles ne reviendront malheureusement pas l’an prochain. Le service américain de l’immigration n’accorde qu’un séjour de travail de six mois. Il n’est pas renouvelable ». La politique d’immigration du gouvernement américain est adaptée strictement aux besoins de l’économie.

Malgré son emploi du temps chargé (Charles travaille en moyenne soixante-quinze heures par semaine) il me consacre une part précieuse de son temps à me faire visiter son établissement. «En raison de la récession, j’ai été contraint de fermer provisoirement les chambres du Inn» me dit-il en montant avec une aisance stupéfiante, pour son âge, les marches du grand escalier. Victime d’une fracture de fatigue au talon, je le suis avec difficulté… «Les rares clients que nous avons en ce moment sont logés, comme toi, dans le motel» me dit-il. Charles a vite instauré entre nous le tutoiement. Il ouvre une chambre au premier étage. Elle est spacieuse et lumineuse. Son mobilier élégant date du siècle dernier. La décoration est entièrement son œuvre. Aucune chambre n’est semblable. A chacune d’entre elles il apporte sa touche d’artiste. Puis il me conduit au dernier étage sous les combles. C’est là que se trouve son atelier. De nombreuses œuvres d’arts achetées aux enchères attendent que le maître soigne leurs plaies.

Comment ce sexagénaire parvient-il à tout faire seul ? «Je ne dors que cinq heures par nuit en moyenne et cela me laisse le temps de lire» dit-il avec amusement. «Si j’avais fait appel à un contractor (entrepreneur)la rénovation de l’hôtel aurait été achevée depuis longtemps mais je ne serais sans doute plus propriétaire des murs. Avec la récession qui s’est abattue, mon taux d’occupation de chambres est tombé à 10% cette année. Je n’ai jamais vu une pareille récession en Amérique», ajoute-t-il catastrophé. «Pour te donner une idée, je ramasse environ 80% des touristes qui passent en ville. Je me demande comment les autres établissements n’ont pas encore fermé.»

Il est facile d’estimer le taux d’occupation d’un motel par le nombre de voitures garées devant chaque chambre. Certains parkings sont entièrement vides en ce début d’automne qui est pourtant le pic du feuillage dans le Maine. A la mi-octobre, toutes les feuilles seront tombées et les derniers touristes disparaitront de cette froide contrée. Pendant deux mois, Rangeley sera une ville morte. Elle ressuscitera aux vacances de Noël lorsque les touristes viendront skier à la station voisine de Saddleback Mountain.

Alors que nous marchons en direction de l’étang qui jouxte son établissement, Charles reçoit un appel téléphonique. C'est un cuisinier à qui il doit annoncer qu’il est licencié. Je m’écarte. Au bout de deux minutes de conversation menées sans alacrité, Charles revient à moi. «J’avais trois cuisiniers mais je ne peux plus en garder que deux» me confie-t-il. «Il en est de même pour le reste du personnel. J’avais vingt-deux employés l’an dernier. Je n’en ai plus que la moitié aujourd’hui. Je fais des économies partout pour tenir le coup.»

- Mais Charles où va donc l’argent du plan de sauvetage du gouvernement fédéral ?
A ma question, son regard se durcit. C’est un sujet qui lui rappelle un trop mauvais souvenir pour le prendre à la légère.
- Le gouvernement fédéral n’aurait jamais dû venir en aide aux banquiers. Nous sommes au pain sec et à l’eau dans le Maine pendant que ces nantis de Wall Street vont encaisser des bonus indécents en fin d’année !

Malheureusement, lorsqu’on ouvre trop fort le robinet, ce sont les gens qui sont placés le plus près de celui-ci qui recueillent les gouttes perdues. C’est la conséquence de la politique keynésienne menée par la Fed et le Trésor américain. Les Français sont convaincus que c’est le laissez-faire qui est responsable du déclenchement de la récession alors que c’est l’excès d’interventionnisme qui en est la cause. (2)

-J’aurais aimé rénover un vieil hôtel parisien, me confie Charles qui a une bouffée de nostalgie.

Je ne lui dis pas que l’ancienne ministre de la Culture, Christine Albanel, avait trouvé séduisante l’idée, sans doute soufflée par les énarques de son cabinet, de taxer les hôtels de luxe pour financer son projet de rénovation du patrimoine que l’Etat s’avère incapable d’entretenir. Les énarques omnipotents ne savent que taxer et redistribuer la richesse.

- Ne regrette rien Charles ! Tu ne pourrais jamais devenir millionnaire en France mais tu pourras le redevenir, un jour, dans ce pays de la liberté.

Daniel H Burnham disait : «Ne faites pas de petits plans, ils n’ont pas la magie de remuer le sang des hommes… Faites de grands projets, visez haut et travaillez dur pour y parvenir.» Un Américain peut toujours en rêver mais pas un Français soumis à une fiscalité écrasante. C’est pourquoi les Français talentueux et ambitieux sont partis sous d’autres cieux plus cléments. La France remporte chaque année la palme d’enfer fiscal de la planète qui est décernée par le magazine Forbes ; un événement soigneusement occulté par nos médias. «On se distingue comme on peut», rétorqueront quelques Français lucides mais incapables de faire entendre leur voix dans le concert de gémissements proférés par les partageux qui ne seront jamais satisfaits ! L’inégalité est consubstantielle à notre univers. Il faut la prendre comme une chance et non pas pour une calamité. Ce sont des gens téméraires, comme Charles, qui pourraient créer des richesses et redresser la France mais certainement pas avec des énarques que nous y parviendrons un jour…

Plus en phase avec l’opinion publique qu’avec les mesures draconiennes pour redresser notre nation (la réduction du rôle de l’Etat à son pré carré régalien), le Président de la République a nommé deux anciens inspecteurs des finances et Premiers Ministres pour concocter un emprunt national. Ce serait un miracle que le Titanic ne coule pas avec l’arrivée à bord de ces deux capitaines !


(1) pour une histoire complète du Rangeley Inn, reportez-vous à son excellent site sur internet : http://www.rangeleyinn.com

(2) Je vais probablement consacrer un livre à ce sujet important et toujours mal compris de mes compatriotes qui, pour leur excuse, n’ont qu’une vision uniformément marxiste entretenue par la gent journalistique.

samedi 10 octobre 2009

L’Amérique au pain sec et à l’eau



Lac Flagstaff, 29 septembre 2009, et c'est déjà le pic du feuillage dans le Maine.


Chaque visite annuelle aux États-Unis me donne l’occasion de renouer avec la liberté. Pour les Européens et pour les Français en particulier, la liberté est très secondaire par rapport à l’égalité. A chacun son échelle de valeurs…

Crise oblige, les Américains se sont mis au pain sec et à l’eau. Contrairement aux Français, ils ne passent pas leur temps à gémir et à rejeter la faute sur les autres. Le sentiment dominant est celui-ci : « Nous avons vécu pendant trop longtemps au-dessus de nos moyens. Nous avons spéculé immodérément. La sanction tombe aujourd’hui. Il faut l’assumer et en tirer les leçons pour l’avenir. C’est tout ! » Ils raisonnent et se comportent en adultes et non pas en enfants gâtés et irresponsables comme c’est trop souvent le cas en France.

Il existe deux Amériques qu’il ne faut pas confondre : celle progressiste et athée des côtes et des grandes villes, à laquelle les touristes européens s’identifient, et l’autre, des comtés ruraux, conservatrice et religieuse. C’est cette dernière authentique à laquelle je suis profondément attaché. La première n’est qu’une Babylone consumériste qui ne présente pas un grand intérêt, si ce n’est la richesse des collections de ses musées. Hormis le passage obligé par l’aéroport de service, celui de Logan à Boston lors de mon dernier voyage, je m’empresse de fuir dans l’arrière pays républicain.

Au programme de cette année, j’avais seulement envisagé deux États : le New Hampshire et le Maine. A la différence des autres touristes, je ne me déplace qu’à pied. Cela me donne le temps de découvrir un pays et aussi de rencontrer des gens au gré de mes haltes dans un bourg pour me ravitailler.

Le circuit type d’un vacancier français est d’avaler 4000 kilomètres de macadam en quinze jours. Il veut tout voir : le Grand Canyon du Colorado, les parcs nationaux du Yosemite ou de la Vallée de la Mort en Californie, et bien entendu Las Vegas et San Francisco. Ce genre de tourisme convient bien à l’air du temps placé sous le signe de l’éphémère. Une impression chasse vite la précédente. Que peut-il rester encré dans leur mémoire après un tel kaléidoscope ?

A chaque fois qu’un Français me demande mon opinion sur tel ou tel circuit américain, je le mets en garde sur son trop grand appétit de découverte. Les distances ne sont pas les mêmes qu’en Europe. Sans succès d’ailleurs. Je n’ai jamais réussi à convaincre un touriste de réduire son projet de voyage. Ma philosophie du voyage ne s’accorde pas avec la modernité. Snobisme oblige, les touristes français se sentent obligés de visiter sites naturels et villes renommées, qu’ils s’empresseront de décliner à leur retour. Je ne connais pas Boston mais je connais bien le Massachusetts que j’ai parcouru à pied à deux reprises, du Nord au Sud en 2001, et du Sud au Nord en 2007.

Pendant un mois, j’ai eu la chance de ne pas entendre prononcer un mot de français. Quel plaisir d’échapper aux sempiternels jugements sommaires exprimés par mes compatriotes à l’égard des Américains qu’ils ne connaissent pas !

Comme je me déplace lentement, et plus encore cette année en raison du profil extrêmement difficile du New Hampshire qui ressemble à un escalier géant (ma moyenne horaire est tombée parfois à un mile) j’ai tout le loisir d’observer en journée et de noter, en soirée, mes impressions sur mon carnet à la lumière de la lampe frontale sous la tente. Je tiens ce carnet en anglais pour mieux restituer les témoignages que je recueille.

La crise économique en Amérique est plus profonde que ne laisse entendre Ben Bernanke qui a déclaré que son pays a renoué avec la croissance en septembre. Je n’ai pas vu une seule grue ! Le secteur du bâtiment est sinistré. Le seul chantier, que j'ai pu voir, est la rénovation d’un petit tronçon de la route 27, dans le Maine, qui relie Auburn à la frontière canadienne. En revanche, j’ai compté vingt-quatre grues qui participent à la construction du nouveau terminal de Francfort, en Allemagne, et qui va accueillir, en 2011, l’avion géant A-380 du consortium européen E.A.D.S.

La relance keynésienne de l’administration Obama n’a profité qu’à Wall Street et aux dix-neuf grandes banques américaines, jugées « too big to fail » selon l’adage des interventionnistes. J’ai senti, dans la population rurale, une haine implacable à l’égard du sauvetage injustifié des nantis de Wall Street. Les Français sont des veaux à qui les politiciens peuvent raconter n’importe quoi mais pas les Américains. Arthur Schopenhauer disait : « la haine vient du cœur, le mépris du cerveau, et ces deux sentiments échappent à notre contrôle. » Les élections de 2010 au Congrès s’annoncent passionnantes.