samedi 5 décembre 2009

L’esprit munichois



de gauche à droite : Chamberlain, Daladier, Hitler, Mussolini et Ciano


"Quand de grands changements se produisent dans l'histoire et que de grands principes sont en jeu, c'est une règle que la majorité se fourvoie toujours." Eugene V. Debs

Avec une destruction de 11 000 emplois en novembre, le taux de chômage, qui était de 10.2% le mois précédent, est redescendu à 10%. C’est pourtant la chose incroyable que vient d’annoncer le Bureau du Travail. Comment une destruction d’emplois, aussi minime soit-elle à l’échelle de la nation américaine, peut conduire à une régression du chômage ? Avec 15.4 millions de chômeurs officiellement déclarés, une décrue de 0.2 % du chômage équivaut à 30 800 personnes. On en déduit qu’avec 11 000 emplois perdus le mois dernier, l’économie américaine a réussi la prouesse de remettre 30 800 personnes au travail. En poursuivant cette logique absurde, chaque emploi détruit équivaut donc à la création de trois nouveaux emplois. Tel est le miracle accompli par l’ange noir de la Maison Blanche.

Dean Baker, du Center for Economic and Policy Research, a donné une explication du phénomène. La destruction d’emplois en octobre aurait été exagérée et les statisticiens l’ont corrigé le mois suivant. Cela ne saurait restaurer la confiance de l’opinion publique.

Les statistiques du marché de l’emploi sont trop sensibles pour être confiées à une agence gouvernementale. L’ancien Premier Ministre de la France avait fait de l’emploi son cheval de bataille pour gagner l’élection présidentielle. Les statisticiens de l’INSEE furent soumis à une rude pression de sa part pour parvenir à de bons chiffres. Officiellement, le taux de chômage est de 10% outre-Atlantique. Mais il existe beaucoup d’instituts de recherche indépendants dans ce pays pour donner une autre version moins glorieuse. Ainsi Alan Abelson, l’éditorialiste du Barron’s Magazine, fait état de 17.2% de chômeurs, si l’on veut bien inclure les gens radiés des statistiques de l’agence gouvernementale. Il y aurait 26 millions de chômeurs et non pas quinze recensés par le Bureau du Travail. On se rapproche inexorablement de la Grande Dépression avec son cortège de 25% de chômeurs de la population active. A l’époque, il n’y avait pas autant de fonctionnaires qu’à présent pour «affiner» les statistiques dans le sens voulu par le gouvernement. Mais comment voulez-vous qu’il en soit autrement lorsque les élus ne s’intéressent qu’à leur réélection ?

Le tripatouillage pour parvenir au résultat escompté

Tout est question de paramètres, que l’on inclut ou non, pour parvenir au résultat souhaité. C’est ce que nous ont appris les messages électroniques échangés par des scientifiques à la recherche de l’improbable réchauffement climatique lié à l’activité humaine. Lorsqu’on est payé pour obtenir une preuve, aussi ténue soit-elle, on ne peut pas décevoir son commanditaire en disant qu’il n’y a aucun lien entre la cause (CO2) et l’effet (réchauffement de l’atmosphère).

De même qu’après l’explosion de l’usine d’azotes fertilisants à Toulouse, survenue dix jours après les attentats de New York et de Washington, le gouvernement français de l’époque avait écarté, d’emblée, l’hypothèse très vraisemblable d’un attentat commis par un musulman de l’usine qui avait eu la bonne idée d’enfiler sept caleçons. Un fonctionnaire policier en charge de l’enquête avait eu cette phrase savoureuse : « A Paris ils veulent un accident, ce sera donc un accident ! » (1) On ne saurait être plus complaisant avec le pouvoir, même si cela va à l’encontre de la recherche de la vérité ou d’un respect minimum à l’égard des victimes et de leurs familles durement éprouvées par cette tragédie.

« Paris vaut bien une messe » avait déclaré Henri IV pour accéder au trône de France. « Les victimes de Toulouse valent bien la paix civile en France », peut-on conclure des déclarations précipitées d’un gouvernement affolé à l’idée que la piste islamique soit envisagée par des enquêteurs. Dans cette triste affaire, le gouvernement n’a fait que reculer le curseur d’un inévitable choc de civilisation. (2)

Le 30 septembre 1938, Daladier, Chamberlain, Mussolini et Hitler signèrent à Munich un pacte qui entérinait l’annexion des Sudètes par le Troisième Reich. En rentrant à Paris, Daladier fut, à sa grande surprise, acclamé par une foule en liesse. La paix avait été sauvée. A Alexis Leger, son ministre des Affaires Etrangères, il ne put se contenir de dire : « Ah les cons ! »

Chamberlain reçut le même accueil triomphal en Angleterre mais Churchill déclara, pour sa part, « L'Angleterre avait le choix entre le déshonneur et la guerre. Elle a choisi le déshonneur, et elle aura la guerre. » Les réactions officielles après le référendum en Suisse du 29 novembre 2009 sont une cruelle illustration de ce qui nous attend demain.

(1) Marc Mennessier « AZF un silence d’Etat » aux éditions du Seuil

(2) Samuel Huntington : "the clash of civilizations" aux éditions Simon & Schuster