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This Day in History

Quotation of the Day

mercredi 28 décembre 2011

Waffle Print




L'année 2011 se termine avec la parution de mon livre en anglais "Waffle Print" qui est en vente sur le site  Amazon.com. Vous découvrirez une Amérique contrastée qui ne correspond pas aux stéréotypes de la pensée unique. C'est en traversant un pays à pied que l'on se donne la chance de découvrir des paysages exceptionnels et des gens attachants. Si mon livre atteint ce but, mes durs efforts n'auront pas été vains. "L'espoir est le pain du peuple", disait le poète et prêtre anglican George Herbert à ses paroissiens.










dimanche 26 décembre 2010

Farewell !

 Alors que les journaux s'adonnent au rituel classement de l'année, le "plus grand homme" serait Mark Zuckeberg pour le Time ou Julian Assange pour le Monde,  le plus beau livre que  votre serviteur a pu lire cette année est "Jane Eyre" de Charlotte Brontë, devant les "Mémoires d'Outre Tombe" de François René de Chateaubriand et "The Beautiful and Damned "  de Scott Fitzgerald. Combien d'autres chefs d'œuvre ai-je raté de lire, en anglais ou en français, à cause d'internet ? Et vous combien ?



Dans l’amphithéâtre du lycée Stanislas de Paris s’est déroulée, le jeudi 2 décembre, une joute oratoire opposant deux classes préparatoires aux grandes écoles. Le thème choisi est : «Google nous rend-il idiot ?» Le jury était composé de trois personnes : un représentant de la presse écrite, Fabrice Madouas du journal Valeurs Actuelles, un représentant de l’entreprise, Matthieu Perrier, cadre chez Renault, et un représentant de l’administration, votre serviteur. 

Cette joute oratoire devant un jeune public enflammé m’a replongé, avec délice, dans une atmosphère estudiantine. Cette question ne pouvait se poser pour la génération, née en 1955, à laquelle j’appartiens. Nous n’avions aucun gadget électronique à notre disposition. Nous utilisions la vieille règle logarithmique pour effectuer des calculs. Mais personne ne peut plus esquiver la question aujourd’hui alors que le taux de fréquentation sur internet dépasse le seuil de 75% dans les pays développés. 

Par rapport à d’autres inventions, ce qui surprend est la rapidité de sa propagation dans toutes les couches de la société : à peine quelques milliers d’universitaires américains dans les années soixante-dix, des centaines de millions d’individus quarante ans plus tard...

Au départ, il y avait une volonté  affichée de l’Etat fédéral américain de préserver ses capacités de riposte, en cas d’attaque nucléaire de l'Union Soviétique, à travers un maillage décentré de son réseau de commandement. Ce sera le projet ARPANET (Advanced Research Projects Agency Network) en 1969. Mais le secteur privé prendra rapidement le relais selon l’adage de la pensée classique, avant l’hérésie keynésienne, que l’offre créée sa propre demande, et non pas l’inverse. 

Deux sociétés ont contribué, plus que toute autre, à une circulation aisée du grand public sur la toile qui serait restée une galaxie réservée aux profanes : Netscape, en 1995, avec l’invention du navigateur, et Google, en 2000, avec son moteur de recherche plus efficace que les autres sur le marché. 

Une troisième société, non lucrative, œuvre à la diffusion de la connaissance sur la toile. Il s’agit de la fondation Wikipedia lancée en 2001 par Jimmy Wales et Larry Sanger. Par rapport aux deux autres, elle se distingue par son recrutement hybride et par l’absence de hiérarchie sociale rigide. Des milliers de contributeurs bénévoles écrivent un article qui abonde le fonds de cette gigantesque encyclopédie. Il y avait 20 000 articles au lancement du projet en 2001, le cap d’un million fut franchi au premier trimestre 2006 et il y en aurait 17 millions aujourd’hui. Cette progression géométrique  inquiète certains sur la qualité des informations qui sont mises en ligne.

Pour d’aucuns, la toile n’est plus simplement un instrument de recherche d’une information quelconque, comme la date de naissance de l’actrice Elizabeth Taylor, ou l’achat, par exemple, par votre serviteur, d’un billet d’avion à direction de Key West en Floride, car c’est devenu une fin en soi. On peut y passer ses journées. C’est le piège dans lequel nombre d’internautes sont tombés. La toile est chronophage. Qui peut résister à la tentation d’un buffet à volonté, gratuit et ouvert vingt quatre heures  sur vingt quatre ? 

L’autre écueil d’un usage prolongé de la toile est la baisse de concentration. Comme le démontre une étude menée au Royaume-Uni, les gens décodent plus qu’ils ne lisent sur la toile. Cette nouvelle gymnastique intellectuelle favorise le lobe frontal au détriment des autres zones à l’arrière du cerveau réservées à la réflexion et à l’analyse. Nicholas Carr s’est plaint de son incapacité à lire de gros ouvrages. (1) 

J'ai subi le même sort funeste.  Ma longue marche en solitaire est le seul moment de l’année où je peux encore lire de grands classiques. Couché tôt dans la tente monoplace alors que le froid tombe dès que le soleil quitte l’horizon, je n’ai rien d’autre à faire que de lire après avoir écrit mon journal tenu en anglais. Parfois, la fatigue d’une longue étape a raison de ma volonté de lire plus d’un chapitre. Mais, dans l’ensemble, je lis un livre par semaine alors que j’en suis incapable à mon domicile. Fallait-il que je parte aussi loin que le Maine pour avoir le bonheur de lire cet automne « Jane Eyre», le chef d’œuvre publié en 1847 de Charlotte Brontë ? 

Une société informatique propose aux usagers une déconnection automatique d’internet dès qu’un quota d’heures est atteint. Une décennie auparavant, le problème ne se posait pas ; les premiers contrats d’internet offraient un accès limité à quinze heures par mois. Maintenant, le temps de connexion est illimité pour tous les abonnés. 

On ne peut servir deux maîtres à la fois, dit le proverbe. A l’exception des élus français qui prétendent le contraire à travers le cumul de leurs mandats, nous savons tous que ne pouvons mener à bien deux projets à la fois. Il faut donc choisir...

Après la joute oratoire, le jury s’est retiré dans un couloir pour délibérer. Les deux équipes se valent mais il faut choisir un vainqueur. Le verdict est acclamé par le public. Alors que j’ai consacré plusieurs heures de recherche au sujet traité par les élèves, je propose à l’organisateur des joutes de leur distribuer des articles parus dans le New Yorker. Peine perdue ! En pleine préparation, ils n’ont pas le temps d’approfondir le sujet. Ce n’est pas une thèse de doctorat. Si je me suis trompé de public, ma sélection d’articles intéresse néanmoins Matthieu Perrier qui les emporte chez lui.

Ma réflexion ne s’arrêtera pas ce soir là car je suis en proie à la lassitude depuis quelques temps. Cela fait bientôt trois ans que j’alimente mon blog de chroniques économiques. Le krach de la banque Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, a été un tournant. Trois semaines m’ont permis de me faire une opinion. Contrairement à la majorité qui a fait un procès facile du libéralisme en mélangeant allégrement cause et effet, je me suis rendu compte que le vrai responsable du désastre est l’Etat et ses épigones. Dans ma retraite familiale à Manosque, j’ai entamé, en novembre 2009, la rédaction d’un livre mais, de retour à Paris, le projet a été vite abandonné sous la pression du travail et du blog. Entre temps, des ouvrages sont sortis aux Etats-Unis, comme Meltdown de Thomas Woods, ou même en France dont celui de Pascal Salin  "Revenir au Capitalisme" dont je recommande la lecture parmi les nombreux qui traitent du sujet. 

Un autre projet a mûri, à l’automne, sur le chemin des Appalaches. Il s’agit ni plus ni moins de condenser, dans une forme acceptable pour un public anglophone, le journal que je tiens en anglais. Après avoir atteint une quarantaine de pages dans la langue de Mark Twain, j’ai été victime, comme lors de la précédente tentative, d’une panne de moteur. Mon énergie est dissipée par le blog chronophage. En trois ans, j’ai mis en ligne 232 articles ; ce qui représente une moyenne d’un article tous les 4.7 jours. C’est loin d’un record, que je n’ai jamais envisagé au départ, mais beaucoup en terme de sacrifice de temps libre pour un non-professionnel. Comme vous avez pu le constater, la plupart sont écrits le samedi ou le dimanche. 

Mon dernier livre remonte en 2007. Lors d’une réception donnée, le 9 juin 2009, à mon honneur devant les salariées de la petite maison d’édition, mon éditrice bienveillante mais non désintéressée m’avait mis en garde : « Écrivez pour nous mais pas pour le blog. Quel gâchis ! » Présomptueux, j’ai crû pouvoir mener de front les deux projets. 

Lors de ma dernière marche sur le chemin des Appalaches, un lecteur compatissant m’avertit, par message électronique, que mon blog avait disparu de la toile. J’appris la nouvelle, juste après avoir subi une tempête de neige précoce, le 15 septembre, sur le mont Katahdin qui marque la fin de ce long chemin de plus de 3500 kilomètres. Après la vive déception de savoir ce travail anéanti par un hacker, je fis rapidement mon deuil. Tout malheur doit servir à quelque chose, m’étais-je dit en marchant dans les vastes forêts du Maine entrecoupées de lacs formés lors de la dernière glaciation du continent américain. Ce quelque chose accoucha sous la forme d’un projet de livre qui serait écrit en anglais. Avec la réactivation du blog à mon retour en France (Google, l’hébergeur, l’avait désactivé après des tentatives frauduleuses de connexion) la boîte de Pandore était ouverte à nouveau.

La seule façon de fermer la boîte chronophage est de mettre un terme à l’aventure du blog. L’imminence d’un départ, le 4 janvier 2011, pour une marche en Floride m’en fournit l’occasion. Si d’aventure, j’échappe aux morsures des alligators et à celles de serpents venimeux comme le mocassin ou le corail, ou encore aux étouffements de  pitons birmans qui infesteraient le grand marais des Everglades, que je m’apprête à traverser en solitaire, je devrais entamer, à mon retour, en février, la rédaction du chapitre V du livre en anglais dont le titre est déjà trouvé « Waffle Print. » 

En attendant son éventuelle parution en 2012, je vous souhaite de garder le moral car, d'ici là, la France aura fait faillite, comme d’autres cigales européennes. Il faudra de nouvelles élites pour redresser ce bateau à la dérive qui est littéralement submergé de passagers clandestins. Pour les amateurs d’histoire, l’année 2010 correspond, grosso modo, à l’année 380 de l’empire romain. Il nous resterait encore trente ans à vivre dans un continent qui ne nous appartient déjà plus... En mon absence, je vous invite à relire mon article du 3 janvier 2008 intitulé « Andrinople ou le début de la fin. » Farewell !

(1) Nicholas Carr, the Atlantic, July 2008 : "Is Google making us stupid?" traduit par votre serviteur en début de semaine

lundi 20 décembre 2010

Est-ce que Google nous rend stupide ?


"Ce que l'Internet fait à notre cerveau" par Nicholas Carr, The Atlantic, juillet 2008


"Dave, arrêtez ! Dave, allez-vous arrêter ? Dave ?" Ainsi supplie HAL, le supercalculateur  à l'implacable astronaute Dave Bowman, dans une scène célèbre et étrangement émouvante vers la fin du film de Stanley Kubrick «2001, l’Odyssée de l’Espace.» Bowman, après avoir failli être envoyé à la mort dans l'espace par la machine, est calme. Il débranche froidement les circuits mémoires qui contrôlent l’intelligence artificielle de l’ordinateur. « Dave, mon esprit est en train de disparaître », dit HAL tristement.

Je peux le sentir aussi. Au cours des dernières années, j'ai eu un sentiment désagréable que quelqu'un ou quelque chose, a bricolé avec mon cerveau, a changé les circuits des neurones et la reprogrammation de la mémoire. Mon esprit ne fonctionne plus pareil. Je ne pense plus de la même façon. Autrefois me plonger dans un livre ou un long article était facile. Mon esprit se laissait prendre dans le récit ou dans les longs arguments. Je passais des heures à lire de longues pages. C'est rarement le cas aujourd'hui. Maintenant, ma concentration est souvent à la dérive après deux ou trois pages. Je suis agité, je perds le fil conducteur, je cherche autre chose à faire. Je ne dompte plus mon cerveau capricieux. La lecture profonde, à laquelle j’étais habitué, est devenue une lutte.

Je crois savoir ce qui se passe. Depuis plus d'une décennie, j'ai passé beaucoup de temps à chercher et à surfer sur la toile. Le Web a été une aubaine pour moi en tant qu'auteur. La recherche, que j’effectuais auparavant dans des piles à la maison ou dans des salles de périodiques de bibliothèques, s’effectue maintenant en quelques minutes. Quelques recherches sur Google, quelques clics sur des liens rapides, et j'ai l’information que je souhaite. Même quand je ne travaille pas, je suis en quête de nourriture sur la toile, de messages électroniques, de lire des articles de journaux ou de blogs, de regarder des vidéos ou d’écouter des pod casts, ou simplement de surfer de lien en lien. (Contrairement aux notes, à laquelle ils sont parfois assimilés, les liens hypertexte ne se contentent pas de pointer vers des travaux connexes, ils vous propulsent vers eux.)

Pour moi, comme pour tant d'autres, la toile devient un moyen d'expression universel, la conduite de la plupart des informations qui coulent à travers mes yeux, mes oreilles et mon cerveau. Les avantages d'un accès immédiat à un magasin incroyablement riche d'informations ont été largement décrits et dûment applaudis. "Le rappel de la mémoire parfaite de silicium," écrit Clive Thompson, "est peut être une aubaine pour la pensée." Mais ce bienfait a un prix. Comme l’a fait remarquer, dans les années 1960, le théoricien des médias Marshall McLuhan, les médias ne sont pas seulement des canaux passifs de l'information. Ils fournissent la substance de la pensée mais façonnent aussi le processus de la pensée. Internet érode ma capacité de concentration et de recueillement. Mon esprit s'attend maintenant à prendre les informations de la façon dont le Net les distribue : c’est-à-dire dans un flux de particules en mouvement rapide. Autrefois, j'étais un plongeur dans une mer de mots. Maintenant, je surfe comme un gars sur un Jet Ski.

Je ne suis pas le seul. Quand je parle de mes problèmes de lecture à des amis ou à des connaissances dans le milieu littéraire, la plupart d'entre eux me disent qu'ils ont une expérience similaire. Plus ils utilisent le Web, plus ils doivent se battre pour rester concentrés sur de longs textes. Certains bloggeurs ont commencé à mentionner ce phénomène. Scott Karp, qui tient un blog sur les médias en ligne, a avoué récemment qu'il a cessé de lire des livres. «J'étais un major de littérature au collège et j’étais un dévoreur de livres», écrit-il. «Qu'est-ce qui s'est passé ?» Il spécule la réponse : «Pourquoi fais-je toutes mes lectures sur le web ? Non pas parce que ma façon de lire a changé, même si je trouve cela confortable, mais parce que ma façon de penser a changé. »

Bruce Friedman, qui blogue régulièrement sur l'utilisation des ordinateurs en médecine, a également décrit la façon dont Internet a modifié ses habitudes mentales. «J'ai maintenant presque totalement perdu la capacité de lire et d'absorber un article assez long sur le web ou dans la presse, a-t-il écrit plus tôt cette année. Friedman est un pathologiste qui a longtemps été membre du corps professoral de l'université de médecine du Michigan. Sa pensée, dit-il, a pris un "staccato" ; ce qui reflète la façon dont il analyse rapidement des textes courts à partir de nombreuses sources en ligne. « Je ne peux plus lire Guerre et Paix », a-t-il admis. «J'ai perdu la capacité de le faire. Même un billet de plus de trois ou quatre paragraphes sur la toile est trop difficile à absorber. Je le saute. »

Des anecdotes seules ne prouvent pas grand chose. Nous attendons toujours des examens neurologiques et psychologiques à long terme qui donneraient une image définitive de la façon dont l'utilisation d'Internet affecte notre cognition. Mais une étude, publiée récemment sur les habitudes de recherche en ligne, a été réalisée par des chercheurs de l'University College de Londres. Elle suggère que nous pourrions être au milieu d'un profond changement dans la façon dont nous lisons et nous pensons. Dans le cadre de ce programme qui porte sur une période de cinq ans, les chercheurs ont examiné les historiques des événements de deux sites populaires de recherche sur Internet, l'un géré par la British Library et l’autre par un consortium britannique d'enseignement, qui donne l’accès à des articles de revues, des livres électroniques et d'autres sources d'informations écrites. Ils ont constaté que les personnes utilisant ces sites présentaient une forme d'écrémage, sautant d'une source à l'autre et rarement de retour à toute source qu'ils avaient déjà visité. Elles ne lisent généralement pas plus d'une ou deux pages d'un article ou d’un livre avant qu'elles ne «rebondissent» vers un autre site. Parfois elles enregistrent un long article mais il n'y a aucune preuve qu'elles l’ont lu entièrement. Pour les auteurs du rapport d'études, il est clair que les utilisateurs ne lisent pas en ligne dans le sens traditionnel du terme. En effet, il y a des signes que de nouvelles formes de «lecture» apparaissent. Les utilisateurs «parcourent en diagonale » les titres, les pages de contenu et les résumés pour aller plus vite. Il semble presque qu'elles vont en ligne pour éviter de lire dans le sens traditionnel du terme.

Grâce à l'omniprésence du texte sur Internet, sans parler de la popularité des textes sur les téléphones portables, on peut très bien considérer que nous lisons davantage aujourd'hui que dans les années 1970 ou 1980, lorsque la télévision était notre seul médium. Mais c'est un autre type de lecture, et, derrière elle, gît un autre type de réflexion et peut-être même une nouvelle forme de penser. «Nous ne sommes pas seulement ce que nous lisons,» dit Maryanne Wolf, psychologue du développement à l'Université Tufts et l'auteur de Proust et le Poulpe : l'histoire et la science de lecture du cerveau. «Nous sommes notre façon de lire.» Wolf s’inquiète que le style de lecture promu par le Net, un style qui prône «l'efficacité» et «l’immédiateté», est en train d’affaiblir notre capacité pour le type de lecture profonde qui a émergé, quand une technique antérieure, l'imprimerie, a rendu accessible, à tout un chacun, une prose longue et complexe. Lorsque nous lisons en ligne, dit-elle, nous avons tendance à devenir de «simples décodeurs d’informations.» Notre capacité à interpréter le texte, pour réaliser de riches connexions mentales qui se forment lorsque nous lisons profondément et sans distraction, reste largement ignoré.

La lecture, explique Wolf, n'est pas une habileté instinctive pour les êtres humains. Ce n'est pas gravé dans nos gènes comme l’est le langage. Nous devons enseigner à nos esprits comment traduire des caractères symboliques que nous voyons dans la langue que nous comprenons. Et les médias ou d'autres technologies, que nous utilisons dans l'apprentissage et la pratique de l'art de la lecture, jouent un rôle important dans la formation des circuits neuronaux à l'intérieur de notre cerveau. Les expériences démontrent que les lecteurs d'idéogrammes, comme les Chinois, développent un circuit mental pour la lecture qui est très différent de celui trouvé dans les circuits de ceux d'entre nous dont la langue écrite emploie un alphabet. Les variations s'étendent à travers de nombreuses régions du cerveau, y compris celles qui régissent des fonctions cognitives essentielles comme la mémoire et l'interprétation des stimuli visuels et auditifs. Nous pouvons nous attendre à ce que les circuits tissés par notre utilisation du Net seront différents de ceux tissés par notre lecture de livres et autres ouvrages imprimés.

En 1882, Friedrich Nietzsche acheta une machine à écrire, une Malling-Hansen Writing Ball, pour être précis. Sa vision était défaillante. Garder les yeux fixés sur une page était devenu pour lui épuisant et douloureux. Cela lui provoquait souvent des migraines. Il avait été contraint de réduire son écriture et il craignait de devoir bientôt l'abandonner. La machine à écrire l'a sauvé, au moins pour un temps. Une fois qu'il a maîtrisé la dactylographie, il a pu écrire avec les yeux fermés, en utilisant seulement le bout des doigts. Les mots pouvaient de nouveau couler de son esprit à la page. Mais la machine avait un effet plus subtil sur son travail. Un des amis de Nietzsche, un compositeur, remarqua un changement dans le style de son écriture. Sa prose déjà très concise était encore plus serrée, plus télégraphique. «Il se peut que ce nouvel outil vous fasse découvrir un nouveau langage,» écrivit cet ami dans une lettre, notant que dans son propre travail, ses «pensées» musicales dépendaient souvent de la qualité de l'encre et du papier qu’il utilisait.

Dans «Vivre avec un Ordinateur», paru en juillet 1982, James Fallows disait : «Le processus fonctionne de cette façon. Quand je m'assieds pour écrire une lettre ou pour démarrer le projet d'un article, je tape sur le clavier et les mots apparaissent sur l'écran ...»

«Vous avez raison», répond Nietzsche, "notre matériel d'écriture participe à la formation de nos pensées." Sous l'influence de la machine, écrit le spécialiste allemand des médias Friedrich A. Kittler, la prose de Nietzsche a "changé d'arguments aux aphorismes, des pensées à des jeux de mots, de la rhétorique au style télégraphique."

Le cerveau humain est presque infiniment malléable. Les gens pensaient que notre maillage mental, les connexions denses formées parmi 100 milliards ou prou de neurones à l'intérieur de nos crânes, était largement atteint au moment où nous parvenions à l'âge adulte. Mais des chercheurs en neurologie ont découvert que ce n'est pas le cas. James Olds, professeur de neurosciences qui dirige l'Institut Krasnow for Advanced Study de l'université George Mason, dit que même l'esprit adulte "est très plastique." Les cellules nerveuses brisent régulièrement les anciennes connexions et en forment de nouvelles. "Le cerveau", selon Olds, «a la capacité de se reprogrammer à la volée, modifiant la façon dont il fonctionne."

Comme nous utilisons ce que le sociologue Daniel Bell a appelé notre "technologie intellectuelle", les outils qui étendent notre mental plutôt que nos capacités physiques, nous commençons inévitablement à prendre les qualités de ces technologies. L'horloge mécanique, qui est entrée en usage, au XIV siècle, offre un exemple frappant. Dans Techniques et Civilisation, l'historien et critique culturel Lewis Mumford décrit comment l'horloge "a désassocié le temps de l'activité humaine et contribué à propager la croyance en un monde indépendant de séquences mathématiquement mesurables. Le cadre abstrait du temps divisible est devenu le point de référence pour l'action et la pensée.»

Le clic-clac méthodique de l'horloge a façonné l'esprit scientifique et l'homme de science. Mais il a également enlevé quelque chose d’essentiel en nous. Comme l’ancien chercheur en informatique du MIT Joseph Weizenbaum le fit observer dans son livre de 1976 «La Puissance de l’Ordinateur et la Raison Humaine : du Jugement au Calcul», la conception du monde qui a émergé de l'utilisation généralisée des instruments de chronométrage "reste une version appauvrie de l'ancien, parce qu’elle repose sur un rejet des expériences directes qui forment la base et constituent, en effet, la vieille réalité. "En décidant quand manger, travailler, dormir, se lever, nous nous sommes arrêtés d’être à l'écoute de nos sens et avons commencé à obéir à l'horloge.»

Le processus d'adaptation à de nouvelles technologies intellectuelles est reflété dans les métaphores changeantes que nous utilisons pour nous en convaincre. Lorsque l'horloge mécanique est arrivée, les gens ont commencé à penser que leur cerveau fonctionnait de la même manière. " Aujourd'hui, à l'ère des logiciels, nous en sommes arrivés à considérer qu’il fonctionne comme un ordinateur." Mais les changements, nous disent les neurologues, vont beaucoup plus loin que la métaphore. Grâce à la plasticité de notre cerveau, l'adaptation se produit également au niveau biologique.

L'Internet promet d'avoir des effets particulièrement profonds sur la cognition. Dans un article publié en 1936, le mathématicien britannique Alan Turing démontra qu'un ordinateur numérique, qui à l'époque n'existait que comme une machine théorique, pouvait être programmé pour exécuter la fonction de n’importe quel dispositif de traitement de l’information. Et c'est ce que nous voyons aujourd'hui. L'Internet, un système informatique infiniment puissant, subsume la plupart de nos technologies intellectuelles. Il devient notre carte et notre horloge, notre imprimerie et notre machine à écrire, notre calculatrice et notre téléphone, et notre radio et notre télévision.

Quand le Net absorbe un médium, ce médium est recréé à l'image du Net. Il injecte le contenu du médium avec des hyperliens, des annonces clignotantes, et autres colifichets numériques, et il entoure le contenu avec le contenu de tous les autres médias qu'il a absorbés. Un nouveau message électronique, par exemple, peut annoncer son arrivée alors que nous jetons les yeux sur les dernières nouvelles du site d'un journal. Le résultat est de disperser notre attention et d’amoindrir notre concentration.

L'influence du Net ne se termine pas non plus sur les bords d'un écran d'ordinateur. Comme l'esprit des gens se met au diapason d’Internet, les médias traditionnels doivent s'adapter aux nouvelles attentes du public. Les programmes de télévision sont encombrés de textes et d’annonces pop-up qui ralentissent notre lecture. Les magazines et les journaux raccourcissent leurs articles, introduisent dans leurs résumés des capsules, et mettent une foule d’informations fragmentaires qui ouvrent d’autres sites. Lorsque, en mars de cette année, le New York Times a décidé de consacrer la deuxième et la troisième page de chaque édition à un résumé d'articles, son directeur de la conception, Tom Bodkin, a expliqué que les "raccourcis" donneraient aux lecteurs harcelés un rapide «goût» des nouvelles du jour, en leur épargnant la méthode «moins efficace» de tourner les pages et de lire les articles. Les vieux médias n’ont d’autre choix que de jouer avec les règles des nouveaux médias.

Jamais un système de communication n’a joué autant de rôles tant dans notre vie ou exercé une telle influence sur nos pensées, comme le fait Internet aujourd'hui. Pourtant, dans tout ce qui a été écrit sur le Net, il y a peu de considérations concernant la façon dont il remodèle notre pensée. L'éthique intellectuelle du Net reste obscure.

A la même époque où Nietzsche commença à utiliser sa machine à écrire, un jeune homme sérieux du nom de Frederick Winslow Taylor réalisa un chronométrage des taches à l’aciérie de Midvale à Philadelphie. Il commença une série d'expériences visant à améliorer l'efficacité des machinistes de l'usine. Avec l'approbation des propriétaires de Midvale, il recruta un groupe d'ouvriers, les mit au travail sur différentes machines, chronométra et enregistra chacun de leurs mouvements ainsi que les opérations des machines. En décomposant chaque emploi dans une séquence de petits gestes discrets, puis en testant différentes façons de les réaliser, Taylor créa un ensemble d'instructions précises, un «algorithme», pourrions-nous dire aujourd'hui, sur la façon dont chaque travailleur devait fonctionner. Les employés de Midvale grommelèrent à propos de ce régime strict de travail, affirmant qu'il les transformait ni plus ni moins qu’en automates, mais la productivité de l'usine monta en flèche.

Plus de cent ans après l'invention du moteur à vapeur, la révolution industrielle avait enfin trouvé sa philosophie et son philosophe. La chorégraphie serrée industrielle de Taylor, son «système», comme il aimait à l'appeler, fut adoptée par les fabricants de tout le pays et, dans le temps, partout dans le monde. A la recherche de la vitesse, de l’efficacité et du rendement maximal, les propriétaires d'usines ont utilisé des études de temps et de mouvement pour organiser le travail et la configuration des emplois. Le but, comme Taylor l'a défini dans son célèbre traité de 1911, Les Principes du Management Scientifique, a été d'identifier et d'adopter, pour chaque emploi, la «meilleure méthode» de travailler et, partant, «la substitution graduelle de la science comme méthode empirique pour toute l’industrie.» Une fois que son système serait appliqué à tous les actes du travail manuel, Taylor assura à ses disciples, qu’il entraînerait une restructuration non seulement de l'industrie, mais de la société, la création d'une utopie de l'efficacité parfaite. "Dans le passé, l'homme a été le premier,» déclara-t-il, « à l'avenir le système doit être le premier.»

Le système de Taylor est toujours en vogue, il reste l'éthique de la fabrication industrielle. Et maintenant, grâce à la montée en puissance que les ingénieurs informatiques et les programmeurs de logiciel exercent sur notre vie intellectuelle, l'éthique de Taylor commence à gouverner aussi bien le royaume de l'esprit. L'Internet est une machine conçue pour la collecte efficace et automatisée, la transmission et la manipulation de l'information, et ses légions de programmeurs ont l'intention de trouver la "meilleure méthode», l'algorithme parfait, pour effectuer tous les mouvements mentaux de ce que nous appelons pompeusement le «travail de la connaissance».

Le siège social de Google, à Mountain View, en Californie, le Googleplex, est l'église de l'Internet, et la religion pratiquée à l'intérieur de ses murs est le taylorisme. Google, affirme son directeur-général Eric Schmidt, est «une société qui a été fondée autour de la science de mesurer», et elle s'efforce de «systématiser tout ce qu’elle peut.» S'appuyant sur des téraoctets de données comportementales qu'elle recueille grâce à son moteur de recherche et d'autres sites, elle réalise des milliers d'expériences par jour, selon la Harvard Business Review, et elle utilise les résultats pour peaufiner les algorithmes qui contrôlent de plus en plus comment les gens trouvent l'information et extraient sa signification. Ce que Taylor a fait pour le travail manuel, Google le réalise pour le travail de l'esprit.

La société a déclaré que sa mission est «d'organiser l'information mondiale et de la rendre universellement accessible et utile.» Elle cherche à développer «le moteur de recherche parfait», qu'elle définit comme «quelque chose qui comprend exactement ce que vous voulez dire et vous donne en retour exactement ce que vous voulez.» Selon l’opinion de Google, l'information est une sorte de marchandise, une ressource utilitaire qui peut être extraite et traitée avec une efficacité industrielle. «Le plus de pièces d'information auxquelles nous avons accès, le plus vite nous en extrairons l’essence et plus notre pensée sera productive.»

Où cela finira-t-il ? Sergey Brin et Larry Page, les deux jeunes prodiges qui ont fondé Google, tout en poursuivant un doctorat en informatique à Stanford, parlent fréquemment de leur désir de tourner leur moteur de recherche en une intelligence artificielle, une machine comme HAL qui pourrait être reliée directement à notre cerveau. «Le moteur de recherche ultime est quelque chose d'aussi intelligent ou même plus intelligent que les meilleurs cerveaux», a dit Larry Page dans un discours prononcé il y a quelques années. «Pour nous, travailler sur la recherche est un moyen de travailler sur l'intelligence artificielle.» Dans une interview en 2004 à Newsweek, Sergey Brin a dit : «Si vous aviez toute l'information attachée directement à votre cerveau ou à un cerveau artificiel plus malin que le votre, vous agiriez mieux.» L'année dernière, Page a dit à une réunion de scientifiques que Google «essaie vraiment de construire une intelligence artificielle et de la mener à une grande échelle.»

Une telle ambition est naturelle, même admirable pour une paire de mathématiciens talentueux qui dispose d’une grande masse d’argent et d’une armée d'informaticiens à son service. Une entreprise fondamentalement scientifique. «Google est motivée par un désir d'utiliser la technologie», dit Eric Schmidt, «pour résoudre les problèmes qui n'ont jamais été résolus auparavant, et l'intelligence artificielle est le problème le plus difficile à résoudre. Pourquoi Brin et Page ne voudraient-ils pas être ceux qui parviendront à casser le code ?»

Pourtant, leur hypothèse facile, que nous nous porterions mieux si nos cerveaux étaient reliés, voire remplacés par une intelligence artificielle, est troublante. Cela suggère une croyance que l'intelligence est le résultat d'un processus mécanique, d’une série d'étapes distinctes qui peuvent être isolées, mesurées et optimisées. Dans le monde de Google, le monde dans lequel nous entrons lorsque nous sommes en ligne, il y a peu de place pour le flou de la contemplation. L'ambiguïté n'est pas une ouverture pour un aperçu, mais un bug qui doit être fixé. Le cerveau humain n'est qu'un ordinateur obsolète qui a besoin d'un processeur plus rapide et d’un disque dur plus gros …

L'idée, que nos esprits doivent fonctionner comme des machines de traitement à haute vitesse des données, n'est pas seulement intégrée dans le fonctionnement d'Internet. C’est aussi le modèle du réseau. Plus vite nous surfons sur la toile, plus de liens nous cliquons et plus de pages nous lisons, et plus de possibilités s’offrent à Google et à d'autres entreprises de recueillir des informations sur nous afin de nous abreuver de publicités. La plupart des entreprises en ligne ont un intérêt financier dans la collecte des miettes de données que nous laissons derrière nous en voltigeant de lien en lien. Plus de miettes veut dire plus de profits. La dernière chose, que veulent ces entreprises, est d'encourager la lecture tranquille ou lente, la concentration de la pensée. C'est dans leur intérêt économique de nous distraire.

Peut-être que je suis juste un anxieux. Tout comme il y a une tendance à glorifier le progrès technologique, il y a une contre-tendance à s'attendre au pire à propos de tout nouveau outil. Dans le Phèdre de Platon, Socrate déplore le développement de l'écriture. Il craint que, comme les gens sont venus à compter sur la parole écrite comme substitut à la connaissance qu'ils emmagasinent dans leurs têtes, ils cessent, selon les mots de l'un des personnages du dialogue, d’exercer leur mémoire et deviennent oublieux. Et parce qu'ils seraient en mesure de recevoir une quantité d'informations sans instruction appropriée, ils seraient mieux informés quand ils sont, pour la plupart, tout à fait ignorants. Ils seraient remplis de l'orgueil de la sagesse plutôt que de la vraie sagesse. Socrate n'avait pas tort - les nouvelles technologies ont souvent l’effet pervers qu'il redoutait - mais il avait une courte vue. Il ne pouvait prévoir les nombreuses façons dont l'écriture et la lecture permettraient de diffuser l'information, de propager de nouvelles idées et d'élargir la connaissance de l'homme (si ce n'est la sagesse).

L'arrivée de la presse de Gutenberg, au XV siècle, déclencha une série de grincements de dents. L'humaniste italien Hieronimo Squarciafico craignit que la disponibilité des livres conduirait à la paresse intellectuelle, rendrait les hommes "moins studieux» et affaiblirait leur esprit. D'autres soutinrent que les livres imprimés à un prix avantageux et les feuillets porteraient atteinte à l'autorité religieuse, rabaisseraient le travail des chercheurs et des scribes, et propagerait la sédition et la débauche. Comme le professeur de l’université de New York Clay Shirky l’a noté, «La plupart des arguments contre l'imprimerie était correcte, même prémonitoire.» Mais, encore une fois, les prophètes de malheur ont été incapables d'imaginer la myriade de bénédictions que le monde imprimé délivrerait.

Donc, oui, vous devriez être sceptique de mon scepticisme. Peut-être que ceux qui rejettent les critiques d'Internet comme des Luddites ou des nostalgiques auront raison, et que de notre esprit hyperactif qui emmagasine un tas de nouvelles, sortira un âge d'or de la découverte intellectuelle et de la sagesse universelle. Là encore, le Net n'est pas l'alphabet, et même s’il peut remplacer la presse à imprimer, il produit quelque chose de complètement différent. Le type de lecture profonde, qu'une suite de pages imprimées favorise, est précieux non seulement pour les connaissances que nous acquérons des mots de l'auteur mais pour les vibrations intellectuelles que ces mots propagent dans notre esprit. Dans les espaces tranquilles ouverts à une lecture soutenue et sans distraction, ou par tout autre acte de contemplation, nous faisons nos propres associations, tirons notre propres interférences et analogies et favorisons nos propres idées. La lecture profonde, comme le fait valoir Maryanne Wolf, est indissociable de la pensée profonde.

Si nous perdons ces espaces silencieux, nous allons sacrifier quelque chose d'important non seulement en nous-mêmes, mais dans notre culture. Dans un essai récent, le dramaturge Richard Foreman décrit de façon éloquente ce qui est en jeu :

"Je viens d'une tradition de la culture occidentale, dont l'idéal (mon idéal) était une personne articulée avec une complexe et dense éducation dont la structure ressemblait à une cathédrale ; un homme ou une femme qui portait en son intérieur un héritage unique de tout le patrimoine de l'Ouest. Mais maintenant je vois en chacun de nous (moi y compris) le remplacement de la densité interne et complexe avec un nouveau type d'auto-évolution sous la pression de la surcharge d'information et de la technologie de l’immédiateté."

«Comme nous sommes vidés de notre répertoire interne d’un héritage culturel dense», a conclu Foreman, «nous risquons de nous transformer en galettes larges et minces, quand nous communiquons avec ce vaste réseau d'information accessible par le simple toucher d'un bouton.»

Je suis hanté par cette scène du film 2001. Ce qui le rend si poignant et si étrange, c’est la réponse émotionnelle de l'ordinateur pour le démontage de son cerveau : son désespoir comme un circuit après l'autre s'éteint, son appel enfantin à l'astronaute : «Je peux le sentir. Je peux le sentir. J'ai peur », et son retour final à ce qui ne peut être appelé qu’un état d'innocence. L’effusion de sentiments de HAL contraste avec l'absence d'émotion qui caractérise les personnages humains du film, qui vaquent à leurs affaires avec une efficacité presque robotique. Leurs pensées et leurs actions semblent écrites, comme s'ils suivaient les étapes d'un algorithme. Dans le monde de 2001, les gens sont devenus tellement des machines que le personnage le plus humain se révèle être une machine. C'est l'essence de la sombre prophétie de Kubrick : comme nous n'apprenons à compter que sur les ordinateurs pour la compréhension du monde, c'est notre propre intelligence qui s’aplatit en intelligence artificielle.

samedi 18 décembre 2010

l'homme de l'année 2010 de Time Magazine


L'homme de l'année 2010 de Time Magazine n'est pas Julian Assange, le patron de Wikileaks, mais Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook qui est devenu le réseau  planétaire de rencontres. C'est un choix moins polémique qu'en 2009 avec Ben Bernanke, le patron de la Fed, mais qui n'en est pas moins inquiétant avec la consécration du narcissisme parmi les valeurs hautement appréciées de ce magazine progressiste, faut-il le rappeler.  

Parmi les personnalités choisies depuis l'instauration de cette coutume en 1927 avec l'aviateur Charles Lindbergh, on retrouve deux Français : aussi surprenant que cela puisse paraître de nos jours avec Pierre Laval en 1931, et Charles de Gaulle en 1958. Mais Time Magazine ne peut être suspecté ni de francophilie, ni de chauvinisme, ni même de vouloir défendre absolument les valeurs de notre société judéo-chrétienne ou de notre démocratie parlementaire,  puisqu'il a consacré, en 1938, Adolf Hitler, sans doute pour  l'annexion des Sudètes et sa magistrale habileté lors de la conférence de Munich, et l'année suivante pour faire bonne mesure, le camarade Joseph Staline surnommé affectueusement "Uncle Joe" par le président Franklin Delano Roosevelt, et, enfin en 1979 le magnanime Ayatollah Khomeini. Quant à notre hyper médiatique président de la république française qui  peste, sans doute, de n'avoir pas été encore consacré, il devra se contenter d'un article dans ce même numéro dont voici la traduction intégrale par votre serviteur.


Un paradoxe français

par Bruce Crumley, Time Magazine, édition du 18 décembre 2010


Le président Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir comme un homme d’action au franc-parler. Mais les électeurs français sont de plus en plus intrigués par sa politique à bascule et sa confusion idéologique.

Sur une récente couverture du magazine hebdomadaire français Le Point était en vedette le président Nicolas Sarkozy, déboussolé par une pluie battante, avec le titre suivant "Qu’est-ce qui lui arrive ?"  L'image et la question posée captent la transformation d'un dirigeant qui ne peut mal faire à un homme dont chaque mouvement semble inciter à l'opposition ou à la controverse, même parmi ses alliés.

Beaucoup de malheurs du président français existent parce que les électeurs sont confus au sujet de ce qu'il représente. Ses décisions semblent se contredire les unes les autres, se plaignent-ils, et ses politiques sont souvent idéologiquement schizophrènes. "Pendant les deux premières années de sa présidence, Sarkozy a convaincu l'opinion publique française que tout ce qu'il avait à faire était d’annoncer la réforme pour qu'elle soit aussi bonne que faite et que sa parole et les résultats escomptés étaient la même chose", explique Denis Muzet, président de Médiascopie, un institut d’opinion publique à Paris. "Depuis le mois de janvier, cependant, les gens ont commencé à se plaindre que non seulement il s’agit d’une gesticulation, avec un résultat vraiment minime, mais que les réformes elles-mêmes se contrecarrent, et qu’elles ont un contenu illisible et souvent nuisible dans ce qu'elles accomplissent. Ils ne voient aucune cohérence idéologique dans les réformes de Sarkozy ou de son leadership. "

Ce qui signifie que la question la plus saillante pourrait être ainsi formulée : «Mais qui est vraiment Nicolas Sarkozy ?» La réponse dépend du moment où vous l'étudiez. Est-il l'homme, élu en mai 2007, qui prônait d’abaisser les impôts, d’éradiquer les 35 heures de travail hebdomadaire, de révoquer les régimes spéciaux de retraite pour les travailleurs des transports publics, et qui haranguait les employés en leur disant de «travailler plus pour gagner plus"? Ou est-il le chef de file qui, dans l'année écoulée, a rudoyé les banquiers cupides, a pesté contre la résistance des États-Unis et du Royaume-Uni au projet français d’une stricte réglementation de la finance mondiale, et a prêché l'évangile de la "moralisation du capitalisme" ? Est-il l'homme, le fils d'un immigré hongrois, qui, nouvellement élu, a contesté le principe d'égalité en plaidant pour la discrimination positive à l'américaine ? Ou est-il le chef qui pense à sa réélection, en courtisant ouvertement les électeurs de l'extrême-droite du Front national avec la répression des clandestins et avec un débat conflictuel sur l’identité nationale ?

Bien sûr, tous les hommes politiques se contredisent. Il est presque impossible de rester cohérent et idéologiquement pur sous le regard attentif des médias, surtout à une époque où des déclarations contradictoires sont mises en exergue par un simple clic sur YouTube. Mais la chute de Sarkozy est remarquable parce que son succès politique a été construit autour de sa réputation de franc-parler et de quelqu'un qui agit au lieu de causer. Maintenant, de nombreux électeurs, et même certains de ses anciens alliés, s'interrogent sur le président qu'ils croyaient connaître. "C'est classique de la part de Sarkozy de prétendre que les principes sont adaptables et que la volonté de prendre position sur n’importe quel sujet renforce ses intérêts politiques. C’est la preuve de son pragmatisme et de son ouverture à tous les points de vue", explique un ancien conseiller conservateur, qui a parlé de lui à condition de conserver l’anonymat. "Zéro conviction et fidélité, à l'exception de lui-même..."

Prenez les affaires internationales. Pendant la première année de sa présidence, la relation glaciale de Sarkozy avec la chancelière allemande Markel Angela l'a conduit à déclasser la relation franco-allemande, qui a toujours été au cœur de la politique française en Europe, et à cultiver des liens étroits avec le Royaume-Uni. Mais en avril, avant le G-20 de Londres, le président français s’est rapproché de Merkel sur la question d’une réglementation internationale plus stricte des marchés financiers, et il a depuis encouragé une relation plus étroite avec Berlin. La semaine dernière, Sarkozy a lancé une pique à l’encontre de l’ex Chancelier de l’Échiquier Alistair Darling en se vantant que la nomination d'un officiel français chargé de superviser la régulation des marchés financiers au sein de l’Union Européenne est à la fois une "victoire du modèle européen qui n'a rien à voir avec les excès du capitalisme financier", et une chance de "sévir contre la City financière de Londres". Darling a répliqué : "Cette menace est vouée à l'échec et c’est une recette pour entretenir la confusion des esprits."

L’idolâtrie première de Sarkozy envers le président américain Barack Hussein Obama a également cédé la place à une amère déception à l’égard de la méthode consensuelle et lente de réformer aux États-Unis. Sarkozy a été vexé qu’Obama refuse l'affection qu’il a affichée publiquement envers lui. Il y a aussi la question embarrassante des droits de l'homme. Avant d'être élu, Sarkozy a promis de placer les droits de l'homme au sommet de sa liste d'exigences dans les relations diplomatiques. Mais il a rapidement étreint des dirigeants comme le Libyen Mouammar Kadhafi ou le Syrien Bachar Al-Assad, entamé une tournée africaine des dictateurs, et félicité Vladimir Poutine après la victoire de son parti aux élections législatives de décembre 2007 entachées par des accusations de corruption. "N’est-ce pas une étrange conception des affaires internationales lorsque vous critiquez quelqu'un pour sa victoire électorale, et le lendemain, lui demandez de vous aider à résoudre la crise avec l'Iran, le Darfour, et à réduire les tensions dans le monde," a rétorqué Sarkozy à ses détracteurs lors d'une conférence de presse en janvier 2008. "Considérez-vous normal que j'insulte M. Poutine en disant que sa victoire est illégitime, et ensuite que je lui demande de résoudre les problèmes du monde ?"

Bien sûr que non. Mais moins d'un an auparavant, Sarkozy est arrivé au pouvoir en faisant valoir que les principes priment. L'irrépressible "hyper-président" a depuis longtemps dit qu'il jugeait les personnes (et attend d'être jugé) exclusivement sur leurs mérites et leurs résultats. Mais, en octobre, il a appuyé la candidature de son inexpérimenté fils Jean, âgé de 23 ans, à la présidence de l'organisme public responsable de la gestion du quartier financier de La Défense qui gère plusieurs milliards d’euros. Pour aggraver les choses, alors même que les accusations de népotisme devenaient plus fortes, Sarkozy père a vanté sa réforme du lycée : «Désormais, ce qui est nécessaire pour réussir en France n'est pas d’être bien né, mais de faire des études et de travailler dur." "Le scandale de Jean Sarkozy est un exemple de la façon dont beaucoup d'actions de Sarkozy déplaisent au public, mais surtout aliènent sa base d'électeurs conservateurs qui ne considèrent plus qu'il défend leurs valeurs ou leurs intérêts politiques", explique Jean-Marc Lech, co-président du groupe de sondage Ipsos, qui a mis la côte de popularité du président à seulement 39%, alors qu’elle était à 60% quand il fut élu. "Sa plus grande chute est au sein de l’électorat conservateur qui ne se reconnaît pas dans les activités qu’il mène et qui se plaint que ce n’est pas le genre de politique pour qui il a voté."

Les inconditionnels de Sarkozy notent qu'il est seulement à la moitié de son mandat de cinq ans, souvent une période difficile pour un président. Les choses peuvent embellir quand auront lieu les élections en 2012. Ou peut-être pas. Le parti socialiste demeure dysfonctionnel et divisé, il est vrai, mais les récents sondages suggèrent que le socialiste Dominique Strauss-Kahn, qui dirige actuellement le Fonds Monétaire International à Washington, battrait Sarkozy si le vote avait lieu aujourd'hui.

Certains conservateurs craignent assez la défaite pour prendre les devants. Au début de novembre, l'ancien Premier ministre conservateur Jean-Pierre Raffarin a mené une révolte à la chambre haute du parlement de la France en refusant de soutenir le projet chéri de Nicolas Sarkozy de supprimer la taxe professionnelle. Si Raffarin est d'accord sur le principe d’une réduction des impôts, il a été rejoint par deux autres anciens dirigeants conservateurs et la plupart des 36 000 maires de France en ridiculisant l'idée d'éliminer l'une des principales sources de revenus des collectivités locales avant d’envisager une réforme plus générale de leurs missions. Sarkozy risque une insurrection similaire sur un projet de loi de réforme de la justice qui permettrait d'éliminer la position du juge d'instruction indépendant et confierait le pouvoir entre les mains de procureurs de la République nommés sur décision politique.

Aucune des deux mesures, se plaignent progressistes et conservateurs, faisait partie de la plate-forme électorale de Nicolas Sarkozy. Toutes deux ont été mal pensées et menées à la hâte. Le problème de Sarkozy est que lorsqu’il a promis la «rupture» avec le passé lors de sa campagne électorale, il a construit des attentes qui vont bien plus loin qu’une simple évolution du langage et des méthodes de gouverner. À bien des égards, Sarkozy reflète les contradictions des Français eux-mêmes : exiger à la fois la concurrence et une protection des emplois, la modernité et le maintien de la tradition, et des résultats rapides sans douleur. Mais ce sont ces mêmes hypocrisies des électeurs qui ont voté pour Sarkozy, qui conduisent aujourd’hui à dénigrer sa manière inconsistante de gouverner. Le président devra convaincre les électeurs qu'il est toujours l'homme à faire le travail rapidement, ou il pourrait y avoir un nouveau titre après les prochaines élections : «Qu'est-il arrivé à Nicolas Sarkozy ?"

dimanche 12 décembre 2010

Rien de nouveau sous le soleil !



Voici ce que dit le Maître, fils de David, roi à Jérusalem : vanité des vanités, oui tout est dérisoire. Quel avantage l’homme retire-t-il de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? Une génération s’en va, une autre vient, et la terre est toujours là. Le soleil se lève, le soleil se couche et il se hâte vers l’endroit d’où il devra de nouveau se lever. […] L’oreille n’est jamais remplie de ce qu’elle entend. Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera : il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Si l’on dit : « Tenez ! Voilà quelque chose de nouveau », en fait, cela a déjà existé dans les temps qui nous ont précédés depuis longtemps. Seulement, on ne se souvient plus de ce qui s’est passé autrefois, et il en sera de même pour ce qui se produira dans l’avenir : ceux qui viendront après nous n’en auront aucun souvenir.
L’Ecclésiaste, Ancien Testament

Un an après le fiasco du sommet de Copenhague où furent divulgués des messages électroniques dubitatifs de chercheurs, de l’université d’East Anglia au Royaume-Uni, qui ne trouvaient aucune corrélation entre le réchauffement climatique de la planète et l’activité industrielle, la secte verte s’est donné rendez-vous à Cancun au Mexique.

C’est un meilleur choix que la capitale danoise pour causer, ad nauseam, du réchauffement climatique. Située à la pointe de la péninsule du Yucatan, Cancun bénéficie d’un climat tropical qui ferait rêver les banlieusards parisiens, pris dans une tempête de neige, qui ont dû abandonner leur véhicule, en rase campagne, et rentrer piteusement, à pied, à leur domicile, en maudissant les incapables qui nous gouvernent…

On ne sait si cette réunion sous les auspices des Nations Unies tiendra toutes ses promesses. Il se murmure que la délégation japonaise ne veut signer aucun accord. Venant de la part de la marraine qui a donné son nom au traité de Kyoto qui est le Graal de la secte verte, on mesure le chemin parcouru depuis 1997.

Comme disait le président Abraham Lincoln, on peut tromper certains tout le temps, on peut tromper tout le monde un certain temps, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps ! C’est ce qui s’est finalement produit après treize ans d’une propagande ahurissante. Les citoyens ont constaté, à leurs dépens, qu’on leur a menti. Ils grelottent, ils sont exaspérés par les taxes ubuesques imposées par la secte verte qui font disparaître les emplois dans nos usines au profit de celles du Tiers Monde (la nature n’a-t-elle pas horreur du vide ?) et ils le font savoir clairement à leurs dirigeants politiques.

Ce cher George Bush que toute l’élite française vomissait et prenait pour un imbécile, avait donc raison. Crime impardonnable pour une élite arrogante ! Le journal Le Monde qui a été l’étendard de la secte verte en France, n’a pas encore fait son mea culpa. Il se contente d’adopter un profil bas. Le sommet de Cancun n’est plus à la une de son torchon. Son titre est moins serein que d’habitude "Accord de Cancun : une timide avancée qui restaure la confiance dans le multilatéralisme."

Même réaction négative du gouvernement français, pris en flagrant délit d’incompétence en ce mercredi 8 décembre, et qui a osé rejeter la responsabilité du désastre sur l’agence de météorologie ; un commode bouc-émissaire mais qui ne passe plus auprès des Français qui sont exaspérés d’être dirigés par des incapables. Pour une fois, la sémillante Ségolène Royal avait raison de demander que le chef du gouvernement présente ses excuses auprès des automobilistes exaspérés. On ne poussera pas plus loin le compliment car la châtelaine du Poitou ne se débarrasse pas de ses tics dans sa phraséologie. Elle se déclare toujours en faveur d’une croissance « verte » dont plus personne ne veut à l’étranger.

En ce dimanche 12 décembre se tient le second tour de l’élection municipale à Corbeil-Essonnes où la tempête de neige a sévi cette semaine. Il se dit que l’écart est très serré entre la coalition rose-verte et la fausse droite. Si cette élection municipale se tenait lors d’une canicule, comme ce fut le cas lors de l’élection parlementaire de Rambouillet des dimanches 4 et 11 juillet, à laquelle votre humble serviteur était concerné, nous serions très inquiets du résultat. Prions le Seigneur, lors de la messe dominicale, pour que les brebis égarées de Corbeil-Essonnes retrouvent le chemin de la raison lorsqu’elles iront déposer leur bulletin dans l’urne. Amen.

samedi 4 décembre 2010

vrais et faux secrets d’une semaine folle

Julian Assange, le patron de l'agence Wikileaks

Depuis la publication, lundi 29 novembre, de la correspondance diplomatique américaine orchestrée par les journaux progressistes de la planète qui jouent contre les intérêts du camp occidental (New York Times en Amérique, El Pais en Espagne, Der Spiegel en Allemagne, The Guardian au Royaume-Uni et Le Monde en France), Bernanke Helicopter s’est vu ravir la vedette par Julian Assange, le patron de l’agence Wikileaks.

Alors qu’il avait opposé jusque là une fin de non-recevoir à la requête insistante de Ron Paul, le député républicain du Texas, de publier la liste discrétionnaire des récipiendaires des interventions de la Fed, Bernanke l’a balancé subitement, le mercredi 1er décembre, à la presse. Ne voyez pas dans cette soudaine volte-face de l’énigmatique barbu une corrélation avec le scandale qui éclabousse le Département d’Etat. Plutôt que subir l’humiliation infligée à cette pauvre Hillary qui doit se répandre en plates excuses à toutes les personnalités froissées par les commentaires de la correspondance diplomatique américaine, Ben a préféré prendre les devants en jouant étrangement la transparence qui ne sied point à son personnage. 

Ce que Ron Paul n’a pu obtenir en vingt-cinq ans de loyaux services à la Chambre des Représentants, Julien Assange vient de l’avoir sans rien demander. Il est vrai, qu’après son scoop qui a laissé pantois l’Establishment, il a laissé entendre qu’il s’apprêtait à publier des informations fracassantes sur les banques américaines. La morale de cette triste « révélation », qui n’en est pas une selon Guy Sorman (1) c’est qu’il ne sert à rien de faire honnêtement son travail de député comme Ron Paul ou de journaliste, comme votre serviteur, en vous expliquant inlassablement que l’on ne sortira de la spirale de l’endettement que par un abaissement simultané des impôts et des dépenses. Comportez-vous plutôt comme un gangster à la mode Assange ou en Robin des bois comme l’ancien footballeur Eric Cantona, en retirant votre argent de la banque, en ce mardi 7 décembre qui est la date anniversaire de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor !

On vient d’avoir une preuve supplémentaire de l’efficacité de la méthode avec la déclaration empressée de la marquise de Bercy. Elle a rappelé, avec condescendance, à l’ancien buteur de l’Olympique de Marseille qu’il ne devait pas s’aventurer en dehors de la surface de réparation... Le même argument pourrait être retourné contre l’inénarrable marquise de Bercy qui a déclaré, dans la même semaine, que la zone euro n’est pas menacée. Rien ne sert de répéter que le problème numéro un de la France est son endettement à  l'autiste qui gère si mal nos finances publiques.

Pour en revenir au sujet principal, la liste des récipiendaires de la Fed nous a laissé pantois. Comme les secrets de Polichinelle du Département d’Etat (Hugo est un dingue, Nicolas un agité, Vladimir se prend pour Batman), nous savions que les hélicoptères de la Fed avaient versé des tombereaux de billets fraîchement imprimés pour éteindre le gigantesque incendie qui a ravagé Wall Street le  lundi 15 septembre 2008. Mais ce que l’on ne savait pas encore, c’était la fréquence des rotations des hélicoptères pour éteindre les braises.

On apprend ainsi que la banque Goldman Sachs a été secourue pas moins de quatre-vingt quatre fois par la Fed pour un petit prêt « overnight » ! C’est dire à quel point les fonds propres des banques jugées « too big to fail » sont lamentablement bas en dépit des résultats officiels des « stress test » de Timothy Geithner, l’actuel Secrétaire du Trésor, qui nous a tancé d’en faire autant avec le succès que l’on connaît en Irlande.

Celle qui est considérée par d’aucuns comme le diable de la finance en raison de son double-jeu (Goldman Sachs jouait la baisse de la note de la Grèce en même temps qu’elle lui prêtait de l’argent) est surclassée par sa consœur Morgan Stanley qui a sollicité, à 212 reprises, un prêt « overnight ». Normalement, les 19 primary dealers se refinancent entre elles ou, au pire des cas, par le guichet du taux de réescompte de la Fed. Comme l’écrit avec humour Alan Abelson (2) dans le Barron's, on se rend compte que la Fed n’est pas suspecte de chauvinisme. Elle a prêté 37 milliards de dollars à la banque suisse UBS, 10 milliards à la banque anglaise Barclays et 11.6 milliards à la banque allemande Commerzbank. Ces sommes rondelettes ont été remboursées entre temps.

Quel enseignement peut-on tirer des « révélations » de la semaine ? 

Qu’internet est un puissant outil qui a un sacré inconvénient. Afin d’éviter qu’un caporal de l’armée américaine, qui s’ennuie fermement dans un camion de transmission, commette une autre bêtise irréparable, il conviendrait de compartimenter les réseaux diplomatiques, militaires, policiers et autres, comme dans n’importe quel sous-marin. Les politiciens ne s’intéressent pas aux lois de la physique découverte par Archimède. Ils s’intéressent davantage au carrelage de la piscine des grands hôtels et aux créatures de rêve qui s’y baignent. Autre recommandation de bon sens avec le retour au vieux papier pour préserver les vrais secrets d’Etat et non pas les appréciations portées par des diplomates sur des dirigeants que tout le monde connaît. On n’a pas attendu le « câble » de l’ambassadeur américain pour découvrir le caractère de notre président de la République. Les téléspectateurs se souviennent de sa « sortie » au salon de l’agriculture. 

Quant aux opérations discrétionnaires héliportées de la Fed, la seule façon d’y remédier est de supprimer cette institution créée, en 1913, par le progressiste Woodrow Wilson. Pourra-t-on éviter de « célébrer » son centenaire ? Telle est l’angoissante question pour les lecteurs avisés qui savent son rôle prépondérant dans la formation et l’éclatement des bulles. Les autres, gavés par la propagande keynésienne, croient que c’est l’ultra-libéralisme qui est la cause de la crise économique. S’il existe un autre secret à percer, auprès de l'opinion publique française, c’est bien celui-ci de la dette de l'État qui pend au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès. Les détenteurs d'assurance-vie l'apprendront à leurs dépends...

Concluons sur une note optimiste. Vous avez pu constater cette semaine qu’il n’y a pas de réchauffement climatique lié à l’activité humaine. EDF a dû faire appel à toutes ses centrales thermiques pour éviter une rupture de son réseau de distribution. Il sera amusant de lire l’explication fournie par la secte verte au journal Le Monde. Si le froid tue quelques vagabonds victimes de la politique sociale du logement, il ne tuera pas ceux qui se sont ridiculisés en épousant la thèse farfelue de la secte verte. C’est dommage que les innocents soient condamnés à la place des vrais responsables du désastre. Mais les rares fidèles qui vont encore à la messe le dimanche, savent que la justice ne fait pas partie de ce monde. Les autres, qui se sont détournés de Dieu ou ne l’ont jamais rencontré de leur vie, n’ont à la bouche que le mot de « justice sociale » qui sonne étrangement creux auprès des victimes de ce grand gâchis provoqué par une idéologie totalitaire. 

(1) "Wikileaks : des révélations qui ne révèlent rien !" par Guy Sorman

(2) Barron's du 4 décembre 2010 : "Volcker versus the Schills"

mardi 30 novembre 2010

la panique gagne l'Europe

  défilé de la Wehrmacht, le 14 juin 1940, devant l'Arc de Triomphe



"La race humaine est composée de lâches et je ne me contente pas de marcher dans le défilé,  je porte la bannière."
Mark Twain 


Le 16 juin 1940, deux jours après la parade de la Wehrmacht sur les Champs Élysées, la Chambre des Communes proposa l’union des gouvernements du Royaume-Uni et de la France pour « continuer la défense commune de la justice et de la liberté. » Le 30 novembre 2010, on entend sonner le même tocsin sur le marché obligataire européen alors que la situation est désespérée.

le marché ne croit plus les pusillanimes dirigeants européens

Alors que la contagion de défaut de paiement gagne le vieux continent, le site de Market Watch (1) vient de mettre en ligne un papier qui résume les attentes de Wall Street pour sauver la zone euro.
« If bond yields continue to rise sharply, we may see a much faster move toward a de facto fiscal union with a central debt management office and single European government bond, possibly under the auspices of the European Financial Stability Facility, initially.”
Traduction : Si le rendement sur les bons européens continue de grimper fortement, nous pourrions assister à une union fiscale de facto avec un office central de management de la dette et un seul type d’émission de la dette, probablement sous les auspices du Fonds Européen de stabilité financière, dans un premier temps.

Le marché ne croit plus les pusillanimes dirigeants européens. Il réclame tout simplement le même sacrifice qu’offrit, trop tard, la Chambre des Communes pour venir en aide à la France. Il n’y avait que dix divisions anglaises sur le sol français, le 10 mai 1940, lors de l’attaque foudroyante, à revers dans les Ardennes, de la Wehrmacht. C’est la même chose qui est train de se produire sous nos yeux. L’ennemi d’hier est aujourd’hui le soutien indispensable à la monnaie unique, mais il n’a pas dépêché assez de divisions pour stopper l’attaque massive des requins.

Comme je l’ai écrit lors de la création du fonds européen de stabilité financière (2), cette cage en fer, devisée par les hautains Européens qui n’ont que mépris pour le marché, n’arrêtera pas les requins. Le barreau de la Grèce vient de tomber au fond de la mer Égée avec le rééchelonnement de sa dette en 2020. Ce pays n'honorera pas sa dette. Il ne l’a jamais fait par le passé, comme nous l’a appris l’excellent livre de Reinhart et de Rogoff (3), que nos dirigeants incapables n’ont pas lu. Un autre barreau est tombé au fond de la mer d’Irlande avec le sauvetage coûteux de ce pays.

Les requins s’engouffreront dans la brèche avec la disparition prochaine du barreau espagnol. Ce sera la curée des petits poissons qui se croyaient à l’abri dans leur cage-providence. Un adage de Wall Street dit qu’un marché bearish ne fait pas de prisonniers. Les bons soldats mourront comme les autres. Des poissons français paniquent. Ils se délestent de leur portefeuille boursier et achètent à n’importe quel prix un appartement miteux à Paris. Le prix moyen du mètre carré dans la capitale dépasse 7000 €. Cette bulle immobilière crèvera comme toutes les autres. Mieux vaut rester liquide qu’acheter n’importe quoi ! La peur est mauvaise conseillère.

Le plan B pour l’Europe

Même si l’Allemagne acceptait le sacrifice suprême réclamé par Wall Street, cela ne serait pas suffisant pour sauver l’Euro. Au risque de me répéter (4), le salut de la zone euro, comme celle de tout État pris dans la spirale de la dette, est de renouer avec une croissance de 5% par an. Les docteurs Knock de Paris et de Berlin exigent une saignée en contrepartie d’une aide financière versée aux PIGS. C’est exactement le contraire de ce qu’il convient de faire. Sans une baisse massive d’impôts et de charges sociales, il n’y aura pas de retour d’une croissance forte à même de générer des recettes fiscales pour enrayer la spirale de la dette. C’est le message adressé de Prague, où il est en tournée, par Nouriel Roubini. Celui que la presse américaine surnomme doctor Doom, est l’un des rares économistes à avoir prédit, dès 2005, l’éclatement de la bulle immobilière dans son pays d’adoption. D’origine turque, doctor Doom enseigne l’économie à l’université gauchiste de New York. (NYU)

Le pot de terre et le pot de fer

Le rapport de forces n’est pas en faveur d’une politique de l’offre. Les Keynésiens, qui sont omnipotents à Washington et à Bruxelles, préfèrent la courbe de Phillips à celle de Laffer. Ils croient qu’un peu d’inflation (5%) ferait baisser le chômage et redonnerait des marges de manœuvre en matière budgétaire. Ils ne veulent pas entendre parler de la courbe de Laffer qui montre que le rendement de l’impôt augmente avec la baisse du taux d’imposition.

Depuis l’élection funeste de Woodrow Wilson, en 1912, aux Etats-Unis, le camp occidental est devenu progressiste. C’est sous sa présidence que la Fed et la progressivité de l’impôt sur le revenu ont été créées. Malheureusement, le Tiers Monde pratique, depuis 1989, avec l’effondrement du camp communiste, une politique opposée. On sait comment se termine la fable du pot de terre et du pot de fer.

(1) Market Watch : « Contagion crisis intensifies ; Spain yield soars”

(2) Archive du 27 juillet 2010 : la cage en fer, devisée par les Européens, n’arrêtera pas les requins

(3) « Cette fois c’est différent : huit siècle de folie financière » par Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff

(4) archive du 23 novembre 2010 : le plan B pour l'Europe

vendredi 26 novembre 2010

L’amputation de la Fed est pour bientôt !


Paul Ryan est un courageux et obstiné député américain qui milite, depuis 1999, en faveur de l'abrogation du Humphrey-Hawkins Act


"la cohérence requiert que vous soyez aussi ignorant aujourd'hui que vous l'étiez l'an dernier"

Bernard Berenson


Même si le rapport de forces a basculé au Congrès américain, il est impensable que la Fed soit abolie demain. Même si cela est fortement désirable pour les tenants de l’école autrichienne, on n’efface pas d’un trait de plume un siècle d’erreurs monumentales… (Le Federal Reserve System a été instauré en 1913) Mais toute amputation du pouvoir exorbitant, que détient actuellement Bernanke Helicopter sur l’économie mondiale, est bienvenue. 

C’est avec joie que nous venons d’apprendre qu’une poignée d’élus de la nation américaine voudraient supprimer le Humphrey-Hawkins Act de 1978. De quoi s’agit-il pour les profanes ? Introduite sous la présidence de Jimmy Carter, cette loi visait à accroître sensiblement le mandat de la Fed. Jusqu’alors, son objectif, comme celui de toute banque centrale, était la stabilité des prix. Mais sous l’influence pernicieuse des Keynésiens, la loi Humphrey-Hawkins, du nom de ses deux artisans au Congrès (Humphrey était à la manœuvre au sénat et Hawkins à la Chambre des Représentants), réussit à imposer un autre mandat à la Fed : la croissance et le plein-emploi.

La courbe funeste de Phillips

Se basant sur la période allant de 1913 à 1948 au Royaume-Uni, l’économiste néo-zélandais William Phillips publia, en 1958, une courbe montrant une corrélation entre inflation et plein-emploi. Son papier rencontra un grand succès auprès de ses pairs keynésiens. Il est vrai que le Royaume Uni fut contraint de mener une politique déflationniste pour restaurer le Gold Standard après la Première Guerre mondiale. Mais peut-on extrapoler l’expérience britannique qui fut menée dans les circonstances difficiles de l’époque ? Pourquoi Philips ne s’est-il pas intéressé à la république de Weimar qui connaissait à la fois l’hyperinflation et un chômage de masse ? Ce seul exemple met en pièce sa théorie. 

Qu’importe ! Malgré tous les préjugés que l’on peut nourrir d’une étude qui fut menée sur un seul pays et sur une période difficile ne pouvant être extrapolée, la courbe de Phillips rencontra un succès planétaire. La cause était entendue : «un peu d’inflation (4 ou 5%) était bon pour le plein-emploi." Pour les progressistes qui ne s’embarrassent pas des lois d’airain du marché, la Banque Centrale devait poursuivre deux objectifs absolument contradictoires : la stabilité des prix et le plein-emploi. 

La loi Humphrey-Hawkins avait un objectif encore plus ambitieux que celui qu’elle fixa, avec l’amendement 2A, au statut de la Fed. Elle visait ni plus ni moins que la quadrature du cercle pour le gouvernement américain. Celui-ci devait obtenir le plein emploi, la croissance, la stabilité des prix et l’équilibre budgétaire. Dans leur délire, les artisans de la loi avaient fixé des objectifs intermédiaires et finals : réduire le chômage à 3% en 1983 et l’inflation à 0% en 1988. Si le secteur privé n’atteignait pas ces chiffres, le gouvernement était autorisé à créer un « réservoir d’emplois publics ». 

 Soyez certain que tout ce qui est mauvais en Amérique sera vite adopté en France

Nul doute que le premier gouvernement de Pierre Mauroy fût inspiré grandement de ses fariboles keynésiennes circulant Outre-Atlantique. Malgré l’échec patent du plan de relance en 1981, la courbe de Phillips est toujours enseignée à l’ENA, à Sciences-Po de Paris et autres bastions keynésiens. Influencé par les énarques de l'Elysée, le président Sarkozy ne s’est pas gêné pour critiquer, à maintes reprises, l’inflexibilité de la Banque Centrale Européenne : « Faites un peu d’inflation pour redonner de l’oxygène à notre économie asphyxiée par un euro trop fort ! » Le président de la République ne connaît pas le statut de la B.C.E. Contrairement à celui de la Fed, la B.C.E n’a qu’un seul objectif : la stabilité des prix dans la zone euro.

Le réveil tardif des Américains

Comme Ron Paul qui milite depuis vingt-cinq ans en faveur de l’abrogation de la Fed (1), il existe un élu aussi courageux que lui à la Chambre des Représentants. Il s’agit de Paul Ryan. Cet élu du Wisconsin se battait seul, depuis 1999, en faveur de l’abrogation de la loi Humphrey-Hawkins. Il vient de recevoir l’appui de deux représentants, Mike Pence de l’Indiana et Tom Price de la Géorgie, et du sénateur Bob Corker du Tennessee. Le Wall Street Journal monte au créneau à son tour en demandant la fin de la dualité des mandats de la Fed. (2) 

C’est une attaque en règle contre le troisième plan de relance de Bernanke surnommé QE2 dans la presse. Malgré les hélicoptères de la Fed qui volent, nuit et jour, pour arroser les «green shoots» plantés par Barrack Hussein Obama au printemps 2009, le chômage reste élevé dans le pays. Les Keynésiens n’ont toujours pas compris que la croissance est tirée par l’épargne et non par la dette.

Comme l’écrit Mark Calabria dans le Cato Institute, la Fed ne peut servir deux maîtres à la fois (3) Il est grand temps de restaurer la cohérence de l’action de la Fed en la confinant à son rôle de maintenir la stabilité des prix dans sa zone monétaire. C’est ce que se contente de faire la B.C.E malgré les inlassables critiques des politiques français qui ne comprendront jamais rien à l’économie.

(1) Archive du 20 novembre 2009 : « la Fed sera bientôt sous la tutelle du congrès »

(2) Wall Street Journal du 20 novembre 2010 : « The Fed’s bipolar mandate : time to repeal the Humphrey-Hawkins Act of 1978”

(3) Cato Institute : “Fed can’t serve two masters” by Mark Calabria

mardi 23 novembre 2010

Le plan B pour sauver l’Europe

 


 








le plan A de Michel Aglietta et de Lionel Jospin pour sceller le déclin de l'Europe




"J'ose dire que les civilisations commencent dans la religion et le stoïcisme et qu'elles se terminent dans le scepticisme, l'abandon de la foi et la poursuite des plaisirs individuels. Une civilisation naît stoïque et meurt épicurienne."

Will Durant


Le plan d’aide de 90 milliards d’euros à l’Irlande, qui a été laborieusement mis en place, dimanche dernier, n’a pas rassuré les marchés. Les bourses européennes et la monnaie unique ont perdu 2% dès la séance de lundi. 

Après la curée en mer d’Irlande, les requins nagent, tranquillement, en direction des côtes du Portugal car il n’y a pas de raison que le carnage s’arrête en si bon chemin. Viendra, dans l’ordre suivant, le tour de l’Espagne, de l’Italie et de la France. Faisons le pari que l’Euro aura vécu avant le tour de l’Italie. L’Allemagne, bonne fille de l’Europe, ne pourra jamais avaler la dette de l’Espagne. Il arrive, un moment, où la meilleure volonté est vaincue. Elle sera contrainte de reprendre sa monnaie pour éviter de sombrer avec les cigales qui l’ont tiré vers le bas. Ce n’est plus qu’une question de mois…Ainsi se terminera dans les larmes, les rancœurs et la haine, l’utopie imposée par des dirigeants européens « historiques » à leurs peuples bernés. 

La fin de l’Euro est une nécessité pour restaurer, par une dévaluation massive, la compétitivité des cigales qui sont incapables de remettre en ordre leur maison. Mais cela ne suffira pas. 

Dans l’édition du 23 novembre 2010, Le Monde accorde une page entière au plan A, concocté par le tandem constitué par l’économiste Michel Aglietta et l’ex-Premier Ministre Lionel Jospin, pour enrayer la chute de l’Europe. Comme à l’accoutumé, on retrouve les recettes éculées des socialistes : plus d’impôt pour les riches à travers une progressivité accrue de l’impôt sur le revenu (pas d’estimation chiffrée, ces deux penseurs manquent de courage), plus de redistribution, et, cerise sur le gâteau, une taxe carbone pour faire plaisir à leurs encombrants amis verts. Elle serait redistribuée à trois récipiendaires : les ménages à revenu modeste (l’impôt sur le revenu ne suffit plus à assouvir l’appétit de la coalition rouge-verte), «diminuer les cotisations sociales pour inciter au choix de technologies riches en emplois» (pas de mode d’emploi pour cette future usine à gaz), et le reste serait versé au budget européen pour «financer des investissements dans les innovations environnementales".

Si les socialistes et les keynésiens sont responsables du déclin de l’Europe, ils n’ont pas, pour autant, renoncé à leur saignée meurtrière. La Grèce ne s’en remettra pas. Elle ne pourra jamais rembourser le prêt de 110 milliards d’euros qui lui a été accordé le 2 mai 2010.

Le plan B pour sauver l’Europe

Paris et Berlin sont d’accord sur une chose : obliger Dublin à rehausser sa taxe sur les entreprises, qui n’est que de 12.5%, pour la porter au taux prohibitif de 33% qui est le leur. S’il devait y avoir une harmonisation en Europe contre laquelle tout libéral est par nature opposé (la concurrence fiscale est salutaire pour tout le monde) ce serait par le bas et non point par le haut. 

Au lieu de saigner le tigre celtique, la France et l’Allemagne feraient mieux de s’aligner sur la Bulgarie et la Macédoine qui ont le plus bas taux de taxe sur les entreprises en Europe avec 10% seulement. Elles feraient bien aussi de suivre l’exemple de la Bulgarie (encore elle) et de la Macédoine qui ont adopté une flat tax de 10% pour l’impôt sur le revenu des ménages. En revanche, la concurrence en matière de TVA a été tuée par l’harmonisation imposée par les eurocrates de Bruxelles. Elle oscille entre 15% à Chypre (le meilleur de la classe) et 25% en Suède et au Danemark. Il reste un petit paradis fiscal qui échappe au dictat de Bruxelles : la Suisse avec sa TVA à 7.6%. Mais les Helvètes ont eu la prudence de ne pas entrer dans l’Union européenne !

L’Europe n’a plus les moyens de s’offrir un Etat-providence dispendieux dans la dure compétition mondiale. Elle s’est trompée lourdement sur le sens de l’histoire. Elle n’a vu dans la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, que la libération de ses frères de l’Europe de l’Est. Elle n’a pas compris que le vide créé par la fin de l’opposition stérile entre capitalisme et communisme, offrait une fantastique opportunité de développement aux nations du Tiers Monde. 

La seule chance de survie de l'Europe est de baisser drastiquement ses prélèvements obligataires à 33% de son PNB. Atteinte par le vieillissement de sa population, elle n’a d’autre choix que de passer rapidement au système de retraite par capitalisation pour éviter, qu’un jour, des hordes de vieux se battent entre eux pour faire les poubelles. Ce sera le triste spectacle offert au reste du monde. 

Des téléspectateurs compatissants se demanderont comment un continent qui était la première puissance du monde en 1914, soit tombé au niveau qui était le leur jusqu’en 1989. Ils trouveront la réponse dans les archives du défunt journal Le Monde. (2) Pour ma part, le papier de ce journal m’est utile pour protéger le carrelage de la cuisine quand je sers la pâtée à ma chienne Orphée qui en laisse tomber, un peu, à côté de l’assiette. 

(1) Archive du 20 novembre 2010 « la saignée du tigre celtique »

(2) Le Monde du 23 novembre 2010 « Austérité : l’Europe à contresens » par Michel Aglietta et Lionel Jospin

samedi 20 novembre 2010

La saignée du tigre celtique


"J'ai appris, de longue date, qu'il ne faut  pas se battre avec un cochon. Vous vous salissez et, de surcroît, le cochon aime ça."

Cyrus Ching



Les requins, qui nageaient, au printemps, en mer d’Égée, ont migré, à l’automne, en mer d’Irlande. L’étau se resserre sur la zone euro. A quand la disparition de la monnaie unique ? Même ses plus grands défenseurs s’inquiètent, à présent, de sa pérennité. Il n’y a que l’impayable marquise de Bercy pour prétendre que la zone euro n'est pas en danger.

Le vendredi 23 juillet, à 18h, soit après la fermeture des marchés européens (une sage précaution car on ne sait jamais leur réaction) le comité bancaire européen publiait, triomphalement, le résultat du « stress test » des 91 banques européennes jugées « too big to fail » dans le jargon de Wall Street. Sur les 91 concernées, seulement 8 avaient raté le test en question. C’était nettement meilleur que le test des banques américaines où sur les 19 concernées, 10 avaient piteusement échoué. On leur avait même fixé le montant des provisions qu’elles devaient faire, sans tarder, pour rester solvable. Rien de tel en Europe ! Parmi les huit recalées en Europe, figuraient Hypo Bank en Allemagne, ATebank en Grèce, Banca Civica, Diada, Unnim, Espiga et Cajasur en Espagne. (1) Curieusement, aucune banque irlandaise n’avait raté ce test de solvabilité.

Ne soyons pas médisant à l’égard du tigre celtique car la même chose pourrait arriver, un jour, en France avec la faillite d’un de nos mastodontes financiers. La publication des résultats trimestriels des banques françaises est une mascarade. Mais si nous devons être sévères, c’est à l’égard des autorités de tutelle qui ne font jamais leur boulot. Nous avions fait remarquer que le test était bidon et qu’il ne servait qu’à donner le change à Timothy Geithner, le Secrétaire du Trésor américain, qui nous avait tancés après avoir mené le sien Outre-Atlantique, un an plutôt, le 7 mai 2009 pour être précis. Il s’était écoulé sept mois entre le krach financier du 15 septembre 2008, provoqué par la faillite de Lehman Brothers, et la publication de l’audit des banques américaines. Les indolents Européens attendirent près de deux ans pour mener à bien ce test afin que pareille catastrophe fût évitée. « Nous ne sommes pas dans le pétrin comme les Yankees à cause de leur cupidité» se disaient nos élites pour se rassurer à moitié…

Inlassablement dans mes chroniques, j’ai rappelé qu’avant de restaurer l’indispensable aléa moral pour responsabiliser les acteurs économiques, il fallait d’abord dépecer les mastodontes bancaires afin qu’ils ne constituent plus un risque systémique à la planète. Les engagements d’une banque ne devraient jamais dépasser le seuil de 10% du PIB d’un pays. Dans la curée des requins qui a lieu, en mer d’Irlande, ce sont encore les Yankees qui ont expressément demandé aux apathiques Européens d’agir rapidement afin de circonscrire le risque de contagion.

S’il y avait une seule raison à la création du G20 (un raout à la gloire de nos élites qui prétendent  prendre le taureau par les cornes) c’était bien de s’entendre sur la nécessité de démanteler les mastodontes financiers qui font courir un risque systémique à la planète. Peine perdue ! Chacun y était allé de son petit couplet pour dénoncer le libéralisme alors que l’origine de la faillite de Lehman Brothers a été provoquée par une politique de non-discrimination des minorités dans l’accession à la propriété individuelle, par la tritisation des emprunts refinancés par deux entités paraétatiques (Fannie Mae et Freddie Mac) et par la bulle provoquée par l’abaissement pendant trop longtemps du taux directeur de la Fed. Il ne faut pas confondre les causes et les conséquences, disait Carl Menger, le fondateur de l’école autrichienne. C’est ce que font nos pompiers pyromanes pour se dédouaner de leur crime.

Le « sauvetage » de l’Irlande est l’occasion rêvée des continentaux, qui sont très attachés à la notion d’Etat-Providence et aux fariboles de Keynes, pour saigner à blanc ce petit pays coupable de s’être lancé, en 1985, dans une politique ultra libérale. Ils vont l’obliger à rehausser l’impôt sur les sociétés de 12.5% qui est à l’origine de son décollage économique. Pensez que ce petit pays draine, à lui seul, la moitié des capitaux internationaux qui sont investis dans la zone euro.

On pardonnera aux Grecs d’avoir falsifié leurs comptes, aux Espagnols leur folie immobilière, aux Italiens leurs manigances, aux Français leur arrogance de donner des leçons alors qu’ils sont incultes sur un plan économique, mais jamais aux Irlandais d’avoir trahi l’orthodoxie socialiste.

(1) Archive du 27 juillet 2010 : la cage en fer, devisée par les Européens, n’arrêtera pas les requins

mes livres publiés

  • octobre 2002 Les Déserts du Monde ouvrage collectif sous la direction d'Eve Sivadjian chez Solar et Géo
  • octobre 2003 Les Montagnes du Monde ouvrage collectif sous la direction d'Eve Sivadjian chez Solar et Géo
  • février 2007 Tome I Theodore Roosevelt : l'ascension d'un homme courageux aux éditions Le Manuscrit
  • juin 2008 Tome II Theodore Roosevelt : de Santiago de Cuba à la Maison Blanche aux éditions Le Manuscrit
  • juillet 2008 Tome III Theodore Roosevelt : la présidence impériale aux éditions Le Manuscrit
  • décembre 2011 Waffle Print Amazon.com