samedi 6 février 2010

La situation financière de la France à l’aube de la révolution


Jacques Necker (1732-1804)


« Un peuple n’a qu’un ennemi dangereux : c’est son gouvernement » disait Saint Just. Émise par un membre célèbre du Comité de Salut Public, cette phrase n’en revêt que plus de valeur.


Comparaison avec le présent

A l’ouverture des états généraux à Versailles, le 5 mai 1789, Louis XVI avait, entre ses mains, le rapport qu’il avait commandité à Necker, le directeur-général des Finances du royaume. Les charges s’élevaient à 531, 444 millions de livres et les recettes à 475, 294 millions de livres. Le solde négatif de 56,150 millions de livres représentait 10% du budget de l’État. Necker prit la parole devant les trois ordres réunis : «Quel pays, messieurs, que celui, où sans impôts et avec de simples objets inaperçus, on peut faire disparaître un déficit qui a fait tant de bruits en Europe…» (1)

A titre de comparaison, les dépenses du budget général de l’année 2009 sont de 278,503 milliards d’euros et les recettes de 227,237 milliards d’euros. Le solde négatif de 52,209 milliards d’euros représente 22% du budget. C’est deux fois plus qu’en 1789 ! Un déficit de 10% par rapport aux recettes (nettement inférieur à la référence actuelle au produit national brut) soulevait l’émoi à cette époque. La pensée de Lord Keynes, qui pourrait se résumer par son slogan pernicieux à l’égard des générations futures, «dans cent ans nous serons tous morts", n’avait pas encore contaminé le vieux continent. L’Europe monarchiste du XVIII siècle était mieux gérée que l'Europe démocratique.

Autre rappel historique, la dette de l’État français était de 520 millions de livre sterling. Cette dette avait été contractée auprès des investisseurs étrangers pour financer notre ruineux effort de guerre en faveur des insurgés américains. Comble d’ironie, elle avait été contractée dans la monnaie de notre pire ennemi. Il faut le faire ! Au taux de change de l’époque, de 25 livres françaises pour une livre sterling, cette dette représentait 13 milliards de livres ou 27 fois les recettes annuelles du royaume… La notion de produit national brut n’existant pas à l’époque, on peut néanmoins établir une comparaison pour éclairer les esprits. La dette actuelle représente environ cinq fois les recettes annuelles ; une situation critique mais pas irrattrapable si l’on a le courage d’expliquer à la nation qu’il n’y a pas d’autre voie que la rigueur. A bon entendeur salut !

La falsification des comptes publics est une vieille habitude

Si la Grèce est le mouton noir de l’Europe [il fallait se poser la question avant et se demander pourquoi le gouvernement socialiste de Jospin soutenait sa candidature] que dire de la France de 1789 ? Jacques Necker fut nommé directeur-général des finances en 1776. Il ne pouvait être contrôleur en raison de sa foi protestante… Pour financer l’effort de guerre contre l’Angleterre, il eut recours à l’emprunt sur les marchés internationaux.

En 1781 alors que la situation financière de la France était critique, il publia «le compte rendu au roi» dans lequel il donna les premières statistiques des recettes et des dépenses de l’État. Haï par la cour, et surtout par la reine Marie Antoinette, il voulait se disculper en prenant le public à partie. C’était une nouveauté. Les comptes publics, qui n’avaient jamais été publiés auparavant, n’intéressaient personne. Mais ses statistiques étaient fausses. Quand la critique dénonça la fraude, Necker rebondit en publiant un deuxième manifeste «Sommaire financier pour le Roi» où il affirma que la France avait mené la guerre sans augmenter les impôts (au prix, qu’il se garda bien de dire à l’opinion publique, d’un accroissement sensible des taux d’intérêt de la dette souveraine) et qu’elle disposait d’une trésorerie de dix millions de livres sterling. (2) C’était archi-faux. La France croulait sous la dette extérieure. Comme le dira, plus tard, le grand expert en propagande Joseph Goebbels, «les grandes masses absorbent mieux les énormes mensonges que les petits.»

Une demi-réforme n’apporte pas une demi-solution mais complique la donne d’un problème

En raison de la polémique qui s’étala sur la place publique, le roi dut se séparer de Necker. Il fut remplacé, le 3 novembre 1783, par Calonne. En prenant ses fonctions, le nouveau directeur-général des finances découvrit une ardoise de 113 millions de livre sterling. Au début, il finassa en rééchelonnant la dette et se contenta de maintenir la confiance du public : «Tout va très bien madame la marquise !» (Toute comparaison avec la politique du gouvernement actuel est mensongère)

Quand la cavalerie financière arriva à bout de souffle, il fut contraint de prendre des mesures. En octobre 1785, il réduisit la proportion du métal précieux dans les pièces de Louis d’or en circulation.

Après cette dévaluation insidieuse de la monnaie mais qui s’avéra insuffisante, il proposa au roi, le 20 août 1786, la suppression des barrières douanières pour doper la croissance et la suppression des exemptions qui profitaient à la noblesse et au clergé. (C’est le débat actuel avec le plafonnement des niches fiscales) Le roi lui donna le feu vert. Il soumit un plan en cinq points à l’assemblée des nobles : la réduction des dépenses de l’État, l’ouverture du marché intérieur, la vente des domaines de l’église (mais pas de la noblesse), l’égalisation des taxes d’accise sur le sel et le tabac et l’établissement d’une taxe foncière universelle. Son plan fut rejeté par la haute assemblée.

En janvier 1787, il convoqua à nouveau l’assemblée des nobles où il leur fit part de la situation dramatique du trésor. Il lança l’idée d’une «subvention territoriale», un impôt foncier levé sur toutes les propriétés sans distinction de rang, pour remplacer la taxe du vingtième et ses innombrables exemptions. La suppression des privilèges fut d’autant mal ressentie que Calonne continuait à mener un grand train de vie. (Toute allusion avec celui des membres du gouvernement actuel est déplacée) Le chef doit donner l’exemple, dit un proverbe. Aurait-on appris quelque chose en deux siècles?

Devant le refus de la haute assemblée, Louis XVI se sépara de Calonne, le 8 avril 1787, et l’exila en Lorraine pour calmer les esprits. Avec le départ de «Monsieur Déficit» qui satisfit tout le monde, Louis XVI perdit tout contrôle de la situation. Très déprimé, il rappela le pamphlétaire. Necker avait été banni de Paris, par une lettre de cachet, pour ses attaques contre Calonne. La punition infligée était légère ; il avait dû rester à quarante lieues de la capitale. Il passa, à tort, pour le sauveur de la France. On fit appel à un pyromane pour éteindre l’incendie qui couvait.

Quand l’histoire s’accélére...

Une révolte éclata à Grenoble le 7 juin 1788. Des sources disent que les soldats furent appelés pour disperser des parlementaires qui voulaient ouvrir un débat sur la place publique. Des Grenoblois montèrent sur les toits et lancèrent des tuiles à la troupe royale qui dut se retirer. Le commandant de la place, qui jugea la situation alarmante, autorisa la tenue d’un débat mais en dehors de Grenoble. Il se fit à Vizille le 21 juillet. Furent présents 50 prêtres, 165 nobles et 276 représentants du Tiers État. Cette assemblée demanda la convocation d’états généraux avec un vote par tête et non plus par ordre. Les grains de la grande révolution étaient en place.

Le 5 mai 1789, Necker délivra un discours qui dura quatre heures. Le directeur-général des finances assomma les représentants de la nation par des chiffres. Le roi s’endormit au milieu de son discours fleuve. Necker ne répondit pas à la question des représentants de la nation qui n’était pas d’ordre financier mais d’ordre politique : un vote par tête au lieu d’un vote par ordre. Le 11 juillet 1789, Necker fut renvoyé par le roi. Le peuple en colère réclama son retour. Trois jours plus tard, ce fut la prise de la Bastille.

Dans les livres scolaires de ma génération (1955 est celle du président de la République), la crise financière à l’origine de la révolution était occultée. La révolution se résumait à une inégalité du mode de scrutin des trois ordres. Les Français tournent toujours le dos à la finance et à l'économie ; une erreur qui leur a été fatale tout au long de leur histoire chaotique et qui va bientôt se reproduire. Prochain épisode avec les assignats des révolutionnaires.

(1) Edmund Burke : Reflections on the Revolution in France

(2) Adcock, Analysing the French Revolution, Cambridge University Press, 2007

jeudi 4 février 2010

Nous allons crever de l’esprit des lumières


Edmund Burke (1729-1797)


« Rien n’est plus triste que la mort d’une illusion. »
Arthur Koestler

Si le chancelier de l’Échiquier Frederic North (1732-1792) et les parlementaires anglais avaient suivi son conseil, les Américains ne se seraient pas révoltés et le Royaume Uni n’aurait pas perdu sa plus précieuse colonie. Si l’Assemblée constituante l’avait écouté, la Terreur, la guerre totale et Napoléon auraient été épargnées au peuple français.

Quel était l’esprit lumineux à prédire ces catastrophes et qui ne fut point écouté de ses contemporains ? Il s’agit d’Edmund Burke. Cet Irlandais de naissance devint député du parti Whig à la Chambre des Communes du Royaume-Uni. Il était un conservateur avant que ce terme n’apparaisse dans le vocabulaire politique. Il croyait à la tolérance religieuse mais supportait l’église officielle anglicane.

Ami de l’économiste Adam Smith, Burke défendait la liberté commerciale (le libre-échange ou le «mondialisme» pour reprendre la dialectique des socialistes). Il déniait que le roi pût lever des taxes sans le consentement de ses sujets.

Il croyait aussi que la civilisation dépendait de la perpétuation d’une aristocratie terrienne avec sa propre représentation politique. Il était un opposant farouche de la démocratie et du suffrage universel. A propos de l’Ancien Régime (1), il disait qu’il s’agissait d’un «despotisme plus d’apparence que fondé sur la réalité d’une situation» ; d’où l’expression de «bon» roi attribué à Louis XVI. Mais la bonté ne suffit pas pour rester roi et garder sa tête… Louis XVI avait non seulement le défaut d’être faible mais aussi d’être irresponsable. Le 10 août 1792, il ordonna à sa vaillante garde suisse de déposer les armes et de se retirer dans sa caserne. Le carnage sera à l’échelle de la haine de la populace. Napoléon Bonaparte, qui fut le témoin du massacre, n’oublia pas la leçon. Le 5 octobre 1795, avec l’aide de Joachim Murat, capitaine d’artillerie, qui lui dépêcha seize canons, il fit tirer sur les partisans royalistes massés dans la rue Saint Roch.

Pour aggraver son cas, Burke déniait que la liberté pût être achevée par la révolution ou l’aventure intellectuelle de «l’esprit des lumières» cher à nos indécrottables Jacobins. Pour lui, la liberté était le produit de la tradition et de l’histoire, et ses avancées très lentes devaient être gravées dans le marbre par les institutions.

George Walker Bush, le quarante-troisième président des États-Unis, est célèbre pour sa marotte « I know better » (vous ne comprenez rien mais moi je sais !) Il s’est embarqué gaiement dans l’aventure irakienne pour établir une démocratie ex nihilo. Rappelez-vous de son arrivée triomphale, le 3 mai 2003, en tenue de pilote de chasse, à bord du porte-avions Abraham Lincoln pour sabler la fin des hostilités en Irak. On connaît la suite ! A la différence d’un Théodore Roosevelt qui avalait un livre par jour en moyenne, même pendant sa présidence, (2) George Walker Bush, qui préférait se coucher tôt pour s’adonner à son jogging matinal, n’a pas lu Burke ; pas plus que son successeur à la Maison Blanche qui persiste dans l’erreur en renforçant la présence militaire de l’OTAN en Afghanistan. On pourrait faire le même reproche à Tony Blair qui n’a pas l’excuse, comme les deux autres, de pouvoir ignorer la leçon d’un de ses grands concitoyens.

Comment ces chefs de gouvernement ou d’État ont pu croire qu’ils pouvaient fonder la démocratie dans un pays tribal et moyenâgeux ? On a vu le résultat pitoyable avec les élections à répétition et organisées, à grands frais, avec l’argent du contribuable qui n’a pas son mot à dire. Quand on est gouverné par des gens incultes et qui, de surcroît, sont mal conseillés, il faut s’attendre au pire. Je préfèrerais me tromper en prédisant le chaos avec le retrait de nos troupes en Irak ou en Afghanistan.

Plutôt que de songer à gagner la guerre, les Occidentaux devraient s’interroger sur les modalités d’une retraite. Sur l’ordre d’un Leonid Brejnev, vraiment mal inspiré, l’Afghanistan fut envahi par les troupes soviétiques le 24 décembre 1979. Mais les Soviétiques réalisèrent, le 15 février 1989, une bonne retraite après une guerre d’usure de dix ans. En revanche, les Américains s’enfuirent comme des rats avec la prise de Saïgon, le 30 avril 1975, par les troupes communistes du général Nguyen Van Toan qui les bombardaient copieusement.

Au lieu d’exporter la guerre, nos dirigeants devraient s’intéresser à la défense de leur pays envahi par les barbares. C’est le scénario de la Rome décadente. «Faut-il interdire la lapidation des femmes ou des mécréants ?» Voilà ce que l’on débattra, demain, face à un islam conquérant. Au lieu de protéger nos frontières gravement menacées par une véritable invasion en provenance du Tiers Monde, nous voulons assurer une paix impossible dans des pays qui ont toutes les raisons de nous mépriser et de nous rejeter. Non seulement l’esprit des lumières n’est pas exportable mais nous allons en crever ! Après tout, c’est le sort que l’on mérite en pratiquant la politique de l’autruche réinventée sous le vocable de political correctness.

(1) Edmund Burke : Reflexions on the Revolution in France

(2) Theodore Roosevelt, tome deux, de Santiago de Cuba à la Maison Blanche par Bernard Martoïa

mardi 2 février 2010

Great Falls


Great Falls, 6 October 2008

Voices and laughs wake me up in the middle of the night. Hikers came to the shelter after I was asleep. Fortunately, I am two hundred yards away from them. I pee under a shining moon near my tent. Full moon is near.

I wake up for good at 6 am. I set up the alarm clock, as I want to arrive early in Salisbury. It is still dark when I get out of the tent. As my lower back aches a lot, I return in the tent to stretch on the mattress. Due to the small space inside the tent, I focus on the cobra posture. I tilt backward my head with my arms stretched, while keeping my pelvis to the floor. It triggers a sharp pain in the lumber region. I should stretch every day to avoid it. On the trail, it is difficult to do it. A high mileage, since Harpers Ferry, takes its toll to the body.

At 7.30, I leave the lovely stealth camp near Pine Swamp. I find four hikers, three boys and a girl, inside the lean-to. The girl has her head tilting outward the floor of the shelter. She opens her eyes as I come along. The boys are snoring heavily for a good reason. The fire pit is filled of beer cans; an empty wine bottle with tidbits of cake lay near a scruffy head. They had a good time! As I roll my eyes, the girl cracks a smile. She looks fine. She did not drink as much as her friends did. One woops, will he vomit? I leave them to their hangover.

After a warm up period, the pain to the lower back subsides. I grind miles on a plateau veering northeast. A growing roar is coming to the left. Lack of view in the woods is compensated by old souvenir. I remember a racetrack in a valley. As the trail nears a cliff, I look down. I recognize the racetrack. A dozen of cars are moving on the racetrack. Lime Rock Park was opened on 20 April 1957. A crowd of six thousand people, including late commentator Walter Conkrite and fashion designer John Weitz, watched the first race. Ted Sprigg won it, driving an Alfa Romeo Guilietta. Today, drivers are amateurs, who are monitored by a professional staff. I take a snapshot of the racetrack.

At the top of Sharon Mountain, the trail plunges to Housatonic River. At Belter’s campsite, pine trees succeed to oak trees. A flyer warns hikers that the bridge above Housatonic River is under repair. The roundabout way is four miles long. For our own safety, it is advised to walk on the left side of the road. I put away the ski poles. It is a strange feeling to walk with empty hands. I put them on the shoulder straps to alleviate the backache. The pain resumed in the steep downhill. The road goes by the entrance of Lime Rock Park, then turn right, in front a lovely church, to a secondary road on the right bank of the river. In the garden of some houses, people rake up. Leaves are falling as rain drops in the swirling wind alongside the river.

After a couple of hours on the roundabout, I catch up the trail at a blue iron bridge going to Falls Village, located on the left bank. A driver, coming from the other side of the bridge, opens his window to yell at me, “Hey guy, watch out the sky!” I need not his taunting warning. Rain will catch up with me before I reach Salisbury.

At Great Falls, I hurry up to take pictures. The stream flows over a low inclined ledge, before dropping a sixty feet wall above a beautiful natural pool. I take a snapshot from the bottom near the pool. After I climb back the steep slope, I come across two men having lunch at the balcony. I go over the gate to take a closer snapshot of the falls.

The top of the falls has been altered by a concrete dam diverting the stream to a gallery toward a power station. Falls Village was famous for its iron discovered by Ames’s Brothers. Thanks to a high grade of iron, cannons were made here during the Civil War...

As soon as I leave Great Falls, rain starts. I am lucky to be in the middle of the woods, when it turns to heavy rain. I stop to protect my backpack with a rain cover. Mount Prospect, with its 1475 feet, is the highest point of that easy stage. At Rand’s view, I am blessed by a sudden clearing of the sky. Mountains in the background look daunting in the midst of prairie.

Half a mile further, another good surprise is waiting for me. A giant limestone thumb of twelve feet high is erected. It is an exceptional geological formation. The soil around the thumb is sandy and totally cleared of leaves. It increases its magic stand. In Neolithic period (4000 to 3000 BC) people in Europe erected dolmen to honor their dead. Has the giant’s thumb been erected by Indians? Who knows?

One third of a mile further, I am welcomed by rays of sun at Billy’s View. What Billy saw at his time is now the city of Salisbury. A white church’s tower looms above Main Street. I am glad to have a roof tonight.

samedi 30 janvier 2010

A l’ère de la propagande soft


Edward Bernays (1891-1995) est le père de la propagande "soft"



« La tache d’un vrai intellectuel consiste à analyser les illusions pour en découvrir les causes. »

Arthur Miller

Le vote du Sénat pour un second mandat de Ben Bernanke à la tête de la Federal Reserve Bank a rassuré Wall Street. Il intervient à point nommé pour l’intéressé mais aussi pour le président des États-Unis. Un vote négatif du Sénat aurait été un désaveu cinglant infligé à Obama qui souhaitait le reconduire alors que l’intéressé appartient au parti républicain. L’incertitude du vote démontre qu’il existe une forte opposition à l’égard de la politique menée par le locataire de la Maison Blanche.

Le tohu-bohu de cette élection à haut risque pour le président intervient onze jours après la cuisante défaite de la candidate démocrate à l’élection du poste vacant de sénateur du Massachusetts après le décès de Ted Kennedy. Ce n’était pas une surprise pour nos lecteurs. Dans deux articles «L’Amérique au pain sec et à l’eau» du 10 octobre 2009 et «Charles le Téméraire» du 15 octobre 2009 (1), que j’avais écris à mon retour d’Amérique, la rage des citoyens américains à l’encontre des banquiers de Wall Street sauvés par l’argent du contribuable n’allait pas retomber de sitôt. Les Américains ne sont pas des veaux à qui l’on peut tout faire avaler. Puissent les Français défier, en 2012, cette funeste phrase attribuée au général de Gaulle ? Je concluais par : «Les élections de 2010 au Congrès s’annoncent passionnantes…» L’élection partielle au Massachusetts a confirmé la justesse de mon analyse.

La citadelle du parti démocrate tenait depuis l’élection du 3 janvier 1953 d’un certain John Fitzgerald Kennedy qui tint ce poste jusqu’au 22 décembre 1960, quand il fut élu le trente-cinquième président des États-Unis. Lui succéda un intérimaire, Benjamin Smith, jusqu’à l’élection générale du 7 novembre 1962. Il dût se retirer au profit du plus jeune frère du président. Ted Kennedy se cramponna pendant quarante-sept ans à son siège jusqu’à sa mort prononcée le 25 août 2009.

Si cette vieille citadelle du parti démocrate est tombée aussi facilement, que va-t-il se passer dans les autres bastions du parti démocrate et, a fortiori, dans les « swing States » (États girouettes) lors de l’élection générale du 2 novembre 2010 ? Je vous laisse deviner. Le conservatisme a encore de beaux jours en Amérique.

L’ère des spin doctors

La crédibilité d’un intellectuel repose sur la justesse de ses mots, celle d’un politique sur ses actes. Cette dichotomie est battue en brèche à cause d’une nouvelle forme de propagande portant le nom de spin doctor. Pour bien comprendre de quoi il s’agit, spin veut dire pirouette en anglais. C’est aussi un verbe intransitif : tournoyer ou tourner. Doctors fait référence à des gens qui professent la pirouette à des politiques pour manipuler l’opinion publique. En raison de l’association entre spin et conférence de presse, la pièce dans laquelle se joue cette action, porte le nom de spin room. Excusez-moi pour ce jargon importé d’Outre Atlantique qui n’a pas d’équivalent dans notre langue.

Edward Louis Bernays (1891-1995) est le père de cette nouvelle forme de propagande. Ce juif américain d’origine autrichienne s’inspira des travaux de Gustave Lebon et de Wilfred Trotter sur la psychologie des foules, et également de la psychanalyse inventée par son oncle Sigmund Freud. Son père, Ely Bernays, était le frère de Martha, la femme de Freud. En tant que juif ayant été témoin du rôle critique de la propagande du parti national-socialiste, il craignait que la même animosité irrationnelle à l’égard de son peuple puisse se développer dans n’importe quelle autre démocratie, à commencer par l’Amérique, son pays d’adoption. Selon un témoignage recueilli par la BBC auprès de sa fille Ann, Bernays pensait qu’il ne fallait pas se fier au jugement démocratique du peuple. Il craignait que le public américain puisse voter facilement pour le mauvais candidat ou pour la mauvaise cause. Le peuple avait besoin d’être guidé. C’est pourquoi son père croyait à un despotisme éclairé des masses...

La technique inventée par Bernays utilise cinq moyens.

1) La présentation sélective de faits et de citations soutenant une position.

2) Le non-démenti démenti. C’est très subtil. Popularisé après le scandale du Watergate, c’est un propos qui semble direct et sans ambigüité à la première écoute, mais qui se révèle à l’analyse, comme n’étant pas du tout un démenti, mais comme une sorte de vérité non avouable. Les mots utilisés sont vrais mais ils servent à délivrer une fausse impression auprès du public.

3) Parler en laissant suggérer des vérités non fondées. C’est un doux euphémisme de la technique du gros mensonge inventée par le docteur Joseph Goebbels.

4) Le recours à l’euphémisme pour masquer un agenda.

5) Enterrer les mauvaises nouvelles en insérant toujours une bonne en même temps, dans l’espoir que les médias les oublieront. Une autre tactique est de faire diversion en ouvrant un débat sur un terrain nouveau.

Obama maîtrise parfaitement ces outils de propagande inventés par Bernays ; c’est pourquoi il a été élu président. Il est plus ambitieux qu’on ne le croit. John Favreau, sa plume, a dit à Ken Auletta, le reporter du New Yorker (2) : «Le président est en mission, non pas de changer juste de politique à Washington, mais de changer de culture à Washington, et les médias aussi.» Ce n’est plus comme autrefois un affrontement entre le président et la presse. Abraham Lincoln écartait les critiques de la presse, en les traitant de «bruit» ou de «gaz» générés par l’ignorance et l’infatuation des éditorialistes.

L'avènement d'internet

Un troisième acteur s’est imposé ; plus personne ne contrôle une histoire longtemps. Avec internet, le cycle des nouvelles est beaucoup plus court. Une image chasse rapidement une autre. Après que John Fitzgerald Kennedy s’exprima au sujet de la crise des missiles à Cuba, en octobre 1962, les médias retournèrent immédiatement à leur programmation. Maintenant, le discours du président est disséqué dans l’heure qui suit. Le président n’a plus le monopole de la parole, qu’il avait au début de la télévision. La technologie n’a pas simplement mis en péril les journaux mais aussi la présidence impériale inventée par Théodore Roosevelt. (3)

Obama ne veut pas être distancé. Il utilise massivement la toile à travers Twitter, Facebook et YouTube, des outils qui n’existaient pas encore pendant la campagne présidentielle de 2004. Dan Pfeiffer, le directeur de la communication de la Maison Blanche, a spéculé que les représentants de la presse seront bientôt obsolètes à la Maison Blanche.

Comme Sarkozy, Obama mise tout sur son image auprès du public. Leur rivalité médiatique les oppose davantage que leur fond idéologique. C’est à celui qui ravira à l’autre la scène d’un jour ou d’une heure... N’attendez pas d’eux de débat sérieux sur un dossier, sauf que l’un est le chef de la plus grande puissance militaire de la planète, et l’autre d’une puissance moyenne en voie de décomposition. La multiplication des G bidule sert le plus faible.

Malgré l’adoration dont il a bénéficié lors de son élection présidentielle, Obama a toujours été distant avec la presse. David Mendell, un ancien reporter du Chicago Tribune, qui a suivi Obama depuis ses débuts en politique, a écrit qu’il n’était ni proche, ni populaire avec les journalistes. «Ce que le public a encore à découvrir, est son côté secret : sa nature impérieuse, mercuriale, suffisante et irritée

Comme l’image est l’arme de l’actuel président, aucune fausse note n’est tolérée. Il n’y a pas de clan non plus pour éclairer les choix difficiles du président. Les fuites sont faibles et orchestrées. George Stephanopoulos, l’ancien conseiller de presse de Bill Clinton, dit : « Vous pouvez parler à quatre ou cinq hauts conseillers de la même histoire. Ils vous répondront (ce qui n’était pas le cas avec l’ancienne présidence) Ils sont très cordiaux. Il peut y avoir une légère différence de ton entre eux, mais le message est toujours le même. »

La Maison Blanche fait de son mieux pour manipuler les journalistes. Il y avait quarante-six attachés de communication sous Clinton, cinquante-deux sous Bush et soixante-neuf sous Obama. Leur chef est Robert Gibbs qui a accès à toutes les réunions de la Maison Blanche, y compris celles portant sur des sujets très sensibles de défense.

L’omniprésence d’Obama sur tous les plateaux de télévision répond à une stratégie délibérée d’ubiquité élaborée par les spin doctors. Mais cela a un prix qu’a exprimé le journaliste George Will du Washington Post : « L’omniprésence d’Obama a transformé sa voix en musique de fond d’un grand magasin, toujours présente, mais pas vraiment écoutée. »

Avec la conviction que le pouvoir de persuasion d’Obama reste intact, la Maison Blanche ne s’est pas limitée à un seul dossier. Elle s’est lancée simultanément dans plusieurs directions : la réforme de la sécurité sociale, l’Afghanistan, le réchauffement climatique, la paix en Palestine, les sanctions contre l’Iran, un nouveau traité de contrôle des armements avec la Russie et le plan de revitaliser l’emploi délivré lors de son premier discours sur l’Union. Michael Curry doute des capacités de la Maison Blanche : « Je ne pense pas qu’il soit possible de traiter tant de dossiers en même temps. »

La méthode Coué

Aucune branche de l’exécutif n’est plus active que celle de la communication. Dès 5h du matin, les attachés de presse répondent aux questions des journalistes. A 7h est diffusé le premier rapport officiel à la presse. La Maison Blanche diffuse aussi des alertes à ses 1.7 millions de fidèles sur Twitter. Le discours radiophonique hebdomadaire du président est disponible sur la toile, tout comme les vidéoconférences de la première dame sur la réforme de la sécurité sociale. L’administration donne l’impression d’être toujours en campagne électorale.

Peter Baker, du New York Times, avoue son impuissance face au rouleau-compresseur de la Maison Blanche : «Nous sommes collectivement, comme des gamins de huit ans courant après le ballon. Au lieu de trouver une voie originale, nous sommes trop avides de courir après l’histoire qui fait la une, qui est trop souvent une histoire simpliste. Trop souvent aussi nous passons à côté de l’essentiel.» Comme beaucoup de journalistes, il ne pense pas que cet état d’esprit va changer, peu importe combien de discours Obama délivrera.

L’objectif des spin doctors de décerveler l’opinion publique touche d’abord ses exécutants. Français, zappez de chaîne dès que vous voyez apparaître le président ou l’un de ses conseillers !

(1) archives des 10 et 15 octobre 2009

(2) The New Yorker, January 25 2009, Annals of Communications : Non Stop News by Ken Auletta

3) la présidence impériale de Théodore Roosevelt par Bernard Martoïa

jeudi 28 janvier 2010

Pine Swamp lean-to



Pine Swamp lean to, 5 october 2008

At 2 am, I wake up sweating heavily. It is again my fault. When will I restrain myself to one glass of wine at diner? In order to help my liver, I drink fresh squeezed blackberry juice that I have bought at Davis IGA in Kent.

At daylight comes a drizzle. Should I leave camp without a delicious breakfast in town? With such alternative, the answer is doubtless negative. The mile to town helps me to clear my headache. There is nobody on Main Street. Yesterday it was filled with weekenders wearing sunglasses.

Caralee’s restaurant is opened. The two servers are idle; they are reading local newspapers. The crowd will come later for Sunday brunch. I eat two eggs with bacon, link and sausage. Included coffee and two large glasses of orange juice, the check is fifteen dollars. It is a bargain after an expensive diner at Fife and Drums. With drizzle turning to light rain, I return hurriedly to my campsite. The two extra miles in Kent cost me a late departure at 9 am.

My day starts with a steep climb toward Glacier Rock, which does not offer an extended view toward Housatonic valley. The trail follows a rim for a while, and then goes down to Choggam brook where it crosses a paved road. It resumes a mild climb toward Caleb’s Peak. These first miles are uneventful.

From Caleb’s Peak, the trail plunges toward Saint John’s Ledges. I remove the cruise control. The ledges are named after Timothy Saint John who owned the land in the nineteen century. It consists of two separate walls exposed eastward to Housatonic River. The upper wall has two difficult climbing routes. I marvel at a beautiful dihedral. Climbing has filled my life during more than twenty years. The lower inclined slab offers a good start for beginners. Pitons are assuring a safe climb. I take a snapshot of the wall. A rainy Sunday is the assurance that I will not meet any climbers today.

A light rain has not deterred day hikers. I meet several of them alongside the tamed river. Anglers are also present on the bank or in the stream with waders. The trail is now a pleasant walk. After a couple of miles on easy ground, I start feeling a pain in my lower back. I stop to stretch my backbones for no avail. Why am I suffering as I have reached an easy section of the trail?

As I wonder why, two southbound hikers are coming. They are middle-aged guys. We engage quickly a talk. They have started late, on August 8, at Katahdin in Maine, said the oldest one wearing a shaggy white beard. I figure out they won’t end the trail this year. They give me the advice to camp at Swamp Pine lean-to. I agree. I was there on 18 October 2001. It was my last night on the trail before I got out at Cornwall Bridge, where a bus drove me back to New York City. As its name suggest, it is near a swamp with beavers. I saw two of them at the dam they had built.

The prospect of going back to a lovely campsite alleviates my pain. I check my watch. It is 2 pm. The swamp is eight miles away. I need to hike fast if I want to be there before darkness. I increase my pace accordingly to the next hurdle at Silver Hill. From there the trail drops to beautiful Guinea Brook, and then resumes its roller-coaster toward Bread Loaf Mountain where I encountered wild turkeys in 2000.

Midway through the climb toward Cesar Brook campsite, I catch up with a mother and her two muddy teenage boys. They are carrying their own staff. The careful mother orders them to move away. I thank her with a big smile. I barely slow down to the next hill. Then the trail drops to Carse Brook. A swamp is inundated by late rays of sunshine. I cross a paved road before resuming my last climb of the day. My calves are tightening as I maintain a fast pace. I check again my watch. It is 4.30 pm. I do not sweat anymore, when a cold wind chase away the last clouds.

Fifty minutes later, I reach Pine Swamp side-trail. There is nobody at the lean-to. I hurry up to wash myself at the outlet of the swamp. The dam is gone. Where are the beavers I met seven years ago? I do not know the life expectancy of such animal, but I suspect they are dead. I chase away mosquitoes whose life is much shorter. I am lucky to be here in October. Life would be miserable by a hot summer day. Camping in late season is the best option for seasoned hikers.

samedi 23 janvier 2010

L’apprenti sorcier de la Maison Blanche



Harry Truman (1884-1972) figure à la onzième place du classement des quarante-deux présidents des Etats-Unis, derrière Dwight Eisenhower mais devant Andrew Jackson


Ce nom composé, que beaucoup de personnes utilisent sans connaître son origine, est tiré de l’œuvre Der Zauberlehrling de Johann Wolfgang von Goethe (1739-1842). Un magicien confie à son élève l’entretien de son atelier pendant son absence. L’apprenti, un tantinet arrogant et cossard, rechigne à la besogne. Il utilise une formule magique de son maître pour métamorphoser un balai en un être vivant, et qu’il charge d’aller, à sa place, puiser de l’eau à la fontaine. Le balai s’acquitte bien au-delà de la tache qui lui a été confié ; il inonde le parquet qu’il est censé entretenir. L’apprenti sorcier, qui ne sait comment l’arrêter, le brise en deux. A sa stupeur, les deux morceaux de balais reprennent avec frénésie la tache. L’eau apportée par les deux diablotins commence à inonder la maison mais le retour providentiel du magicien fait tout rentrer dans l’ordre.

N’en déplaise aux Français, l’œuvre de celui qui est considéré le plus grand génie de l’Europe par tous les autres Européens, vient de nous être rejoué, pas plus tard, que le 21 janvier 2010 mais, cette fois, sur le Nouveau continent. La pièce s’est déroulée à la Maison Blanche avec Barack Hussein Obama dans le rôle principal de l’apprenti-sorcier et avec Paul Volcker, l’ancien président de la Fed de 1979 à 1987, dans celui du vieux magicien.

Un an jour pour jour après son arrivée à la Maison Blanche, l’apprenti-sorcier nous a annoncé qu’il vient de découvrir la solution à la crise bancaire qui agite le monde, faut-il le préciser, depuis le 15 septembre 2008... Pour cette surprenante révélation devant les caméras du monde entier, il a pris soin de s’entourer du vieux magicien qui ne boudait pas son plaisir de renouer avec les feux de la rampe après une si longue hibernation, et du jeune lion, à la crinière frisée, qui piaffait et lui lançait des regards assassins, tant il était confondu par le cynisme de celui qui a été élu président avec l’argent de ses potes de Wall Street.

La reconnaissance des vieux amis, certes encombrants de nos jours en raison de l’opprobre quasi-unanime des électeurs américains mais qui ont été indispensables à son élection (l’argent est le nerf de la guerre), et surtout la droiture intellectuelle ne sont pas les qualités de l’apprenti-sorcier de la Maison Blanche. Comme son homologue français, il brille davantage par sa superbe à enfoncer des portes ouvertes qu’à régler les problèmes pour lesquels il a été élu président.

L’apprenti-sorcier a aggravé son cas dans sa prestation télévisée. On savait que c’était un personnage vaniteux mais on a découvert qu’il est aussi vindicatif. L’humilité à reconnaître qu’il s’est fourvoyé de chemin depuis son accession au pouvoir, n’a jamais transpiré lors de sa prestation qui n’a duré que huit minutes et quinze secondes pour nous expliquer les causes et les solutions à la crise financière, devenue, entre temps, mondiale et économique… C’était bref, vous en conviendrez, pour traiter un sujet aussi vaste et complexe que celui-ci. Pour se dédouaner de toute responsabilité dans la prolongation inutile des souffrances de son peuple, l’apprenti-sorcier a dressé un réquisitoire, sans appel, contre ses vieux amis qui seraient coupables de tous les maux qui affligent ses concitoyens. (1)

Le Barron’s Magazine a interrogé David Goldman, un grand penseur des marchés financiers, mais qui n’a rien à voir avec le diable Goldman Sachs. Pour Goldman, la règle préconisée par Volcker (la réduction des activités à haut risque des banques n’est pas un retour au Glass Steagall Act de 1933) serait une idée qui arrive trop tard. « C’est comme si vous condamnez la porte de l’écurie après que les chevaux se sont enfuis, et que vous êtes seul à rester enfermé. »

Le résultat sera un système bancaire zombie, comme au Japon dans la décennie quatre-vingt dix. On gonflera artificiellement la croissance pour éviter un trop grand nombre de faillites dans l’industrie automobile et dans d’autres secteurs jugés stratégiques comme la banque ; le chômage de masse s’installera pour longtemps dans nos pays et la dette publique s’envolera. C’est le cercle vicieux choisi par les apprentis-sorciers keynésiens.

Il n’échappera à personne que cette vindicte publique lancée contre les banquiers de Wall Street intervient après la déroute de la candidate du parti démocrate à l’élection partielle sénatoriale du Massachussetts pour le poste vacant d’Edward Moore Kennedy (1932-2009). L’opportunité du discours est la seule chose que l’on retiendra de cette médiocre répétition de la pièce inventée par le génie de l’Europe.

L’apprenti-sorcier a lancé une réforme bâtarde. Comme il ne maîtrise pas l’économie, qu’il veut se raccrocher, un temps, au magicien mais sans renoncer pour autant à ses chères usines à gaz, il espère sans sortir par une pirouette. Comme son homologue français, il se contente de faire les choses à moitié.

Les apôtres de l’Obamania évoqueront le «génie», la «science politique» du tacticien, (notez que le charisme de l’intéressé a disparu de leur propagande) mais des voix lucides diront que ce garçon manque singulièrement de courage et de conviction, lesquels ne sont, après tout, que la manifestation extérieure d’un problème beaucoup plus grave venant de l’intérieur : l’incompétence du personnage. Tant qu’il était dans son rôle de «community organizer» (militant des minorités) il excellait dans cette sphère particulière. Il avait déjà atteint son seuil d’incompétence en devenant sénateur des États-Unis en 2004. Pourtant, il a été choisi, en septembre 2008, par Wall Street au détriment de son adversaire républicain pour une raison simple. Les barons voleurs (2) pensaient qu’il était plus «prévisible» que John McCain (sous entendu qu’il ne trahirait jamais ses généreux donateurs de campagne électorale) (3)

L’apprenti-sorcier reste convaincu qu’il a été élu pour ses propres qualités alors qu’il s’agit d’un rejet de son prédécesseur par le corps électoral. Cette explication, que je suis un des rares à soutenir, y compris dans mon camp conservateur qui refuse de voir le désastre provoqué par George Walker Bush, est maintenant reprise par Francis Fukuyama. (4) George Walker Bush arrive seulement en vingt-huitième position dans le classement des quarante-deux présidents des Etats-Unis. Son père, qui n'a accompli qu'un mandat, est en seizième position.

« Vous êtes trop implacable dans votre réquisitoire pour être crédible», rétorqueront les apôtres de l’Obamania. « Obama est encore jeune (il n’a pas cinquante ans) et cela ne fait qu’un an qu’il est à la Maison Blanche. Laissez-lui le temps ! »

C’est l’histoire qui fait les grands hommes et non l’inverse

Harry Truman (1884-1972) connaissait à peine Franklin Delano Roosevelt qui l’avait choisi comme colistier pour son quatrième mandat. Le maître était trop occupé à régler avec son cher « Oncle Joe » les derniers détails de l’après-guerre et à se battre aussi contre sa maladie, pour briefer son colistier. « J’ai le sentiment que la lune, les étoiles et toutes les planètes me tombent dessus », confia Harry, le 12 avril 1945, aux reporters recueillant ses premières réactions après le décès de Franklin. A raison. Il ne savait même pas l’existence du plan Manhattan (la construction de la première bombe nucléaire menée par l’équipe de Robert Oppenheimer à Los Alamos au Nouveau-Mexique)

Lors de son premier discours devant le Congrès, Truman s’exprima avec son accent terrien du Missouri qui fit pouffer beaucoup d’élus de la nation. Il défendit ses racines modestes. Il avait exercé le métier de paysan pendant douze ans, servi pendant six ans dans la garde nationale du Missouri (1905-1911), avant de s’engager sur le front en France en 1917. Il y termina sa carrière militaire avec le grade de capitaine d’artillerie. C’est le seul président des États-Unis qui ait connu l’horreur des tranchées. Dwight Eisenhower, son successeur, passa la guerre à entraîner des équipages de tank en Pennsylvanie…

Bombardé à la présidence des États-Unis (il n’y a pas d’autre mot pour qualifier cet ancien artilleur) Truman n’invoqua pas qu’il lui fallait une période de rodage. La course imposée par le cynique Oncle Joe pour arriver le premier à Berlin, ou même à Tokyo, ne lui en aurait certainement pas laissé le temps. Il n’avait pas fait Harvard. Il n’avait pas eu l’indécence d’écrire un livre pour raconter sa vie alors que la sienne était plus intéressante que celle d’un militant infatué. Truman était un petit bonhomme à besicles qui n’en imposait à personne, mais il était armé d’un courage, d’une foi, d’une conviction et d’une détermination à toute épreuve.

Il ne faut pas confondre un apprenti-sorcier avec un homme d’État. C’est l’erreur commise par le peuple américain en 2008. Pouvait-elle être évitée quand l’hypocrisie est reine avec l’idéologie de political correctness, inventée par la gauche dogmatique sur les campus universitaires au début des années soixante ?

(1) archives du 16 octobre 2009 « l’Amérique au pain sec et à l’eau » et du 31 octobre 2009 « Main Street versus Wall Street »

(2) « Theodore Roosevelt Tome 1 : l’ascension d’un homme courageux » par Bernard Martoïa aux éditions Le Manuscrit

(3) « La face cachée des banques » par Eric Laurent aux éditions Plon

(4) « Obama s’est trompé sur la signification de son élection » de Francis Fukuyama dans le Figaro du 20 janvier 2010.

samedi 16 janvier 2010

les néo-keynésiens ne savent que fabriquer des usines à gaz


Sebastian Pinera, le candidat de la droite à l'élection présidentielle du Chili


On n’a pas fini de tirer les enseignements de la crise financière. Comme le Titanic est toujours revisité pour son excellente pédagogie, c’est l’accumulation d’erreurs humaines qui est à l’origine du naufrage de l’insubmersible des mers. Il en va de même pour celui de Lehman Brothers le 15 septembre 2008.

Les démagogues ont leurs bouc-émissaires habituels - la dérégulation, le marché, les paradis fiscaux, le dollar qu’il soit fort comme en 1985 ou qu’il soit faible comme en 2010 (1) – et ceux du jour - ces salauds de banquiers avec leurs bonus indécents et ces fumiers d’industriels pollueurs- Le peuple est plus clairvoyant qu’ils ne l’imaginent. Abraham Lincoln, qui fut le seizième président des États-Unis (1861-1865), est l’auteur d’un aphorisme toujours d’actualité : « On peut tromper certains tout le temps, on peut tromper tout le monde un certain temps, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. » Une fois encore, c’est l’intervention de l’État et non le marché qui a distillé le poison.

Le système fiscal néo-keynésien, mis en place de part et d’autre de l’Atlantique, pousse inexorablement à l’endettement des ménages et des entreprises.

Pour les ménages, il s’agit principalement de la déduction des intérêts sur les prêts immobiliers alors que les dividendes d’actions sont triplement taxés. Cette distorsion a des conséquences fâcheuses, que notre économiste préféré, Frédéric Bastiat, a bien décrites en son temps.

La prime à la pierre a engendré la prolifération de résidences secondaires dans les campagnes françaises. Il y en aurait plus de trois millions qui grignotent les derniers espaces naturels du territoire. Au moins, les Corses ont su résoudre ce problème en plastiquant les propriétés, au bord de l’eau, de la gauche caviar. L’île de Beauté mérite encore son nom. Les Provençaux (j’en suis un de naissance) auraient dû faire la même chose avec les propriétés des « Parigos » et des « Estrangers » pour préserver la Cote d’Azur. Hormis quelques arpents inaccessibles dans l’Esterel et les Calanques, tout a été bétonné de Menton à Marseille. De cette splendeur révolue de la Cote d’Azur, il ne reste plus qu’à revoir le film d’Alfred Hitchcock de 1955, La Main au Collet, avec l’excellent duo formé par Cary Grant et Grace Kelly.

Cette mesure démagogique était de faciliter l’accession à la propriété des ménages modestes. Les avocats de la niche fiscale numéro un prétendent que cela accroît le nombre de propriétaires. C’est archi faux ! Dans un pays comme la Grande Bretagne qui a eu le courage de la supprimer en 2000, le taux de propriété n’a pas baissé.

La déduction fiscale ne fait qu’alimenter la bulle immobilière. Le plafond de cette niche fiscale est d’un million de dollars aux États-Unis. On voit le résultat en Californie où des milliers de piscines abandonnées servent de terrain de jeu aux adeptes de la planche à roulette (2) La situation serait pire aujourd’hui en Amérique si le président Ronald Reagan n’avait eu la sagesse, en 1986, d’abolir la déduction des taux d’intérêt des cartes de crédit et de fixer un plafond à la niche fiscale numéro un.

Les néo-keynésiens ont également poussé à l’endettement des entreprises. Une entreprise a trois options pour financer son expansion : le réinvestissement des bénéfices, la distribution d’actions au public et l’emprunt. Mais ce n’est que lorsque les entreprises recourent à l’emprunt qu’elles bénéficient d’un bouclier fiscal. Selon une étude du National Economic Council, la déduction fiscale crée une distorsion de 42% en faveur de l’endettement au détriment de la distribution d’actions. D’où il en résulte une incitation à amasser des dettes pour ne pas payer d’impôt. Une entreprise surendettée est comme un navire dont la ligne de flottaison est trop basse. Arrive une grosse lame et il coule.

Le Brésil et la Belgique ont adopté une politique fiscale prudente qui ne privilégie pas l’endettement au détriment de l’autofinancement des entreprises. Obama, de son côté, veut toujours plus d’interventionnisme. Il est train de fabriquer une usine à gaz (made ENA) pour irriguer le crédit à destination des petites et moyennes entreprises. Ce garçon fin et intelligent, et que l’on dit aussi cultivé, s’est trompé de public. C’est le pays de l’énarchie qu’il devrait présider. Rassurez-vous! Cette erreur de casting sera corrigée en 2012.

Pour un public moins intelligent et cultivé auquel j’appartiens, l’économie fonctionne mieux lorsque les ménages et les entreprises peuvent prendre des décisions en fonction de fondamentaux et non pas de considérations fiscales tordues. Le système fiscal doit rester absolument neutre entre autofinancement et endettement des entreprises. Quant aux ménages, il faudrait supprimer toutes les niches fiscales et la progressivité de l’impôt sur le revenu.

Cette réforme porte un gros mot (pour les socialistes) de FLAT TAX. C’est pourtant le système fiscal en vigueur en Russie. Un taux uniforme de taxation de 17% sur tous les revenus des ménages est très bien accepté par les Russes. Pourquoi favoriser un tel, qui ne veut pas travailler, au détriment d’un autre qui veut travailler plus pour gagner plus selon le slogan du locataire de l’Elysée ? Il est piquant de constater que l’ex empire du mal est devenu plus beaucoup libéral que le pays de Ronald Reagan. Mais il fallait, pour y parvenir, une révolution afin de se débarrasser de la nomenklatura et de ses chères usines à gaz. Avec Obama, une chose est sûre, c’est qu’il n’y aura jamais eu autant de créations d’usines à gaz. Oh pardon en cette période de fatwa verte ! Je voulais dire d’éoliennes ou de panneaux solaires. C’est la théorie des mauvais investissements de l’école autrichienne.

Une élection présidentielle au Chili sous silence

Restons dans l’international pour conclure ce papier. Quand se prépare une élection à l’étranger, nos médias s’empressent de la commenter si le candidat socialiste a de bonnes chances de l’emporter. Souvenez-vous du voyage historique de la bécassine du Poitou au Chili, en janvier 2006, pour soutenir madame Bachelet. Pour le deuxième tour de la présidentielle 2010, c’est le silence radio de la gauche caviar. Pourquoi ce silence pesant ? Parce que Sebastian Pinera, le méchant candidat de la droite, a de fortes chances de l’emporter demain. Il est le frère cadet de José Pinera, que les téléspectateurs de claudereichman.tv ont eu le privilège de regarder lors de l’émission préenregistrée du 9 décembre et à laquelle j’ai apporté ma modeste contribution en étant son traducteur du jour.

Il se murmure au palais de l’Elysée que la réforme des retraites serait le grand chantier en 2010 de la présidence. Pourquoi ne fait-on pas appel à José Pinera? Ce pèlerin infatigable a convaincu une trentaine de pays d’adopter sa réforme de retraite par capitalisation. Que Sebastian soit élu, demain, président du Chili, ne changera pas la donne de ce pays qui s’est engagé dans une voie vertueuse sous «l’abominable» dictature du général Augusto Pinochet (1915-2006) qui a été, on l’oublie, l’architecte de la constitution adoptée, le 11 septembre 1980, par référendum. Posez, sans ambages, la question suivante à ceux qui persistent à ne voir qu’en noir cette dictature de transition qui était indispensable pour se débarrasser des communistes (3): que serait devenu le Chili s’il était resté sous le régime de Salvador Allende ? Ce pays serait plus pauvre et moins libre qu’il ne l’est aujourd’hui.

En vérifiant les statistiques sur le site de la Central Intelligence Agency (CIA) que je préfère à celui d’Eurostat (une usine à gaz évidemment), le Chili a une dette publique qui représente 5% de son PNB et non pas 0%, comme l’a déclaré José Pinera lors de son émission. C’est une peccadille en comparaison de notre dette. Selon le dernier rapport de l’agence de notation Fitch, un pays perd son triple AAA si la dette dépasse 80% de son PNB. Les énarques sont avertis. Ce n’est pas le souci du Chili qui vient d’être accepté en tant que trente-unième État de la prestigieuse Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) et dont le siège est au château de la Muette dans le XVI arrondissement de Paris.

(1) Dollar : bonne chance, monsieur Sarkozy, Le Monde du 16 janvier 2010 par Pierre-Antoine Delhommais

(2) Archive du 29 décembre 2008 : des millions de piscines individuelles transformées en patinoires par la faute des Keynésiens

(3) "I admire Chile and its people greatly, and became concerned when my friend Salvador Allende became its president and opened the country to hordes of armed radicals from all over the world. The result was the world´s highest inflation, universal violence and the threat of civil war. So I applauded the takeover by General Pinochet, on the orders of Parliament, and still more his success in reviving the economy and making it the soundest in Latin America. But by preventing the transformation of Chile into a Communist satellite, the general earned the furious hatred of the Soviet Union, whose propaganda machine successfully demonized him among the chattering classes all over the world. It was the last triumph of the KGB before it vanished into history´s dustbin. But Pinochet remains a hero to me because I know the facts"

PAUL JOHNSON, historian (" Heroes. From Alexander The Great and Julius Caesar to Churchill and De Gaulle") Harpers Collins Publishers, New York, 2007, page 279).

vendredi 15 janvier 2010

Kent



Kent, 4 October 2008

The temperature at dawn is lower than the day before. My multi tasks watch shows 42°F, a drop of 11°F from yesterday morning. The cold forces me to wear gloves. At 7.15 am, I leave my stealth campsite near Yellow Trail’s fork. On the morning of October 15, 2002, I endured an icy night, in the vicinity, when I camped alongside Macedonian Brook, a mile north from Kent. It was 23°F and my tent was blanketed by a thick frost.

Until the crossing of Hudson River, the canopy has remained uniformly green; but not anymore while I am nearing the border of Connecticut, which I should cross this morning. Rays of sunshine cut through the thick foliage. Leaves of poplar are turning yellow at a faster pace than the ones of oak. Some days ago, I wonder where I will bump into foliage season. I reach it today in New England.

The trail follows Hammersly Ridge, for a while, before entering a swamp zone, then drops to Deer Hollow Creek drainage. Walking is uneventful until that creek, which is surrounded by lovely pine trees. I spot an excellent campsite on soft needle’s mattress. However, with an extra 2.7 miles to go, darkness would have caught me in the woods. It is better to stop in the fading daylight to find the best campsite.

The border of Connecticut is mentioned at Road 55. Two signboards hang up at a nearby oak tree. One say: “Welcome to the Connecticut section of the Appalachian Trail and the other:”Camping permitted only at designated sites.” The restriction alters my mood, as I prefer stealth campsite above all. Connecticut is the tenth State for North-bounders. It has taken me four days to cross the eighty-eight miles of New York State. With its fifty-two mile’s stretch, Connecticut’s section is doable in two days for strong hikers or in three days for average ones.

I am longing to stop in Kent since Duncannon in Pennsylvania. While I was leaving that former industrial town, alongside Susquehanna River, I figured out when I would reach Kent. With 318 miles to go, I guessed the date of October 4. My prediction has been right. I have walked that distance in sixteen days. The stage today is only sixteen miles. I expect to be in Kent in the middle of afternoon. An early arrival in town will leave me plenty of time to do laundry, shopping and dining at Fife’n Drum, a restaurant where I had been while I was living in New York City.

After namesake hill, the trail drops to Ten Miles River. Unlike its name suggest, the river is fourteen miles long. It is formed at the confluence of Webbatuck Creek and Wassaic Creek, and it flows into Housatonic River. According to the Indians, Washaic means “land of difficult access.” Despite its short length, Ten River is a mighty one whose fording is perilous. The trail follows its bank, for half a mile, before crossing it, on a red iron pedestrian bridge, at its mouth at Housatonic River. I take a snapshot of the two rivers merging in whirling streams. Then, the trail turns north and follows the left bank of Housatonic River.

On an escarpment on the other side of the river stands an awesome modern house. Its three floors are encroached on a steep hill. The top with its garage gives way to a road on the plateau and the bottom is on stilts. This house epitomizes the wealth of Connecticut, which has the highest per capita income in the country.

The river goes now through a narrows. White foam bleaches black rock slabs where the water is cascading. Two young anglers are fishing in a natural pool carved in the rock. I bid them good day. At Bull Bridge, the river is tamed again. The bridge takes its name from two brothers: Isaac and Jacob Bull, who started an ironworks here in 1760. The covered timber truss bridge, which was build up in 1842, has been listed on the national register of historic places. The trail climbs toward Schaghticoke Mountain. It is a long traverse to the westside of the mountain in order to avoid some cliffs. I take pictures at Indian Rocks vista. The view extends to the East. On top of a nearby hill lays a golf course.

On the northern side of the mountain, I encounter a strange signal: “Schaghticoke Indian Reservation”. Back home, I have done some research to that unknown reservation. Located on the border of New York State and Connecticut, the reservation is only 400 acres. The name means “where the river forks” in Algonquian dialect. The reservation was dedicated, in 1760, by the colony of Connecticut, to the descendants of Mohican, Potatuck, Weantinock, Tunxis and Podunk. Depleted of Indians, the reservation is now a wilderness habitat for timber and copper rattlesnakes.

The trail undulates on a rim above Housatonic River. After Mount Algo, it goes down to Macedonian Creek, a tributary of Housatonic River. I decide to pitch my tent at the same spot where I camped in 2002. It is a secluded stealth campsite, at the farthest bend of the creek. I enjoy a bath in the swift cold stream. Clean again, I can go back to town.

In a new football field, at the entrance of Kent, are playing girls. The local team faces another one from boarding school. With the opening of a high school, fancy shops are sprouting in Kent. At the laundry, I meet two girls from the boarding school. One is from Rhode Island and the other from Texas. With tuition of $48000, whose family can afford it? The well-educated girls have already traveled twice to Europe. At the outfitter shop, I buy light gloves from North Face and vanilla gel. Davis IGA Supermarket is very good for long-term resupply. I need not much as I intend to stop in Salisbury, a town two days ahead.

At 5 pm sharp, I am the first customer to enter Fife and Drum restaurant. I am offered a table near a chimney. Prices have more than doubled in ten years in that trendy restaurant. Families of boarding school girls are filling quickly the tables and, at 6 pm, the restaurant is filled. I order lamb shack and striped bass. Both are uninspiring to my taste and the lamb is not cooked enough. As I am dissatisfied, a manager offers me another glass of wine. People are waiting for a table. I gulp the third glass. The whole world is about three drinks behind, said Humphrey Bogart

samedi 9 janvier 2010

La déroute des planificateurs


Trofim Denisovitch Lysenko (1898-1976) était un obscur agronome ukrainien avant de devenir le grand inquisiteur de la communauté scientifique soviétique




La bonne intention ne préjuge pas de la qualité de l’action. Souvent les actes de bonne volonté aboutissent à des résultats catastrophiques. Ce constat de bon sens s’exprime par l’adage : « l’enfer est pavé de bonnes intentions. »

Pour les tenants du collectivisme, la planification centralisée est nécessaire pour organiser rationnellement l’activité économique. Elle le serait pour pallier les errements du marché… La planification nécessite une adhésion du peuple à un code de valeurs. Le peuple doit croire à ce code de valeurs car le succès de cette entreprise totalitaire dépend de cette croyance ancrée dans nos cervelles. Concrètement, les planificateurs doivent persuader les gens que le plan en question sert l’objectif à atteindre, et que les moyens justifient le sacrifice consenti.

Trois domaines intéressent au plus haut point les planificateurs. Il s’agit du climat, de la santé et de la banque. Le fait tragique est que cette entreprise totalitaire n’est pas confinée à la sphère économique mais qu'elle s’étend à tous les compartiments de la société. Dans un discours prononcé à Londres en 1938, Friedrich August von Hayek (1899-1992) nous avait avertis de cette dérive inéluctable du socialisme. Malheureusement, il n’a pas été écouté en Europe.

Parmi ces trois domaines, j’ai longuement disserté sur le rôle néfaste joué par les Banques Centrales dans la crise actuelle pour faire l’impasse cette fois. Quant à celui de la santé, l’échec du plan de vaccination contre la grippe aviaire a été commenté brillamment par Claude Reichman dans son dernier papier.

J’ajouterai une seule réflexion sur le rôle néfaste de l’État. En préambule, la santé est la seule affaire des citoyens et des ménages dans une démocratie qui se respecte. En raison du tollé provoqué par les dizaines de millions de doses inutilisées pour la campagne de vaccination, l’État français est en train de renier ses accords avec les sociétés pharmaceutiques. C’est une faute très grave. Après le recel du ministre du Budget qui, en exploitant des documents confidentiels d’une banque suisse, tombe sous le coup du code pénal, article 321-21 : « Le recel est le fait de dissimuler, de détenir, ou de transmettre une chose ou de faire office d’intermédiaire afin de la transmettre en sachant que cette chose provient d’un crime ou d’un délit… Le recel est puni de 5 ans d’emprisonnement. », voici que le gouvernement français récidive, par l’intermédiaire de son ministre de la Santé, en reniant d’importants contrats de droit privé. L’idéal socialiste est si bien acclimaté en France que l’on assiste à une inversion des valeurs. L’État français passe pour le garant des libertés alors qu’il est un Léviathan.

En ce qui concerne la question « brûlante » du jour, il s’agit de la thèse du réchauffement climatique qui serait lié aux activités industrielles. Comme l’air n’est pas un bien propre (une externalité dans le langage économique) il conviendrait de taxer toutes les émissions de gaz carbonique à l’échelle de la planète pour parvenir à enrayer ledit réchauffement…

Le sommet de Copenhague en décembre 2009, à l’initiative de la secte verte qui a le vent en poupe en Europe et chez les bobos américains, s’est soldé par un échec retentissant. Les participants ne sont parvenus à aucun accord. Des fuites en provenance de la communauté scientifique ont jeté la consternation. Malgré menaces, intimidations ou exclusions qu’elle a, tour à tour, brandies ou appliquées, la secte verte n’est pas parvenue à réduire au silence les voix dissidentes.

Cette entreprise de mettre au pas la communauté scientifique est à rapprocher d’une autre menée, en son temps, en Union Soviétique. Trofim Denisovitch Lysenko (1898-1976) était un obscur agronome, issu d’une famille de paysans ukrainiens. En 1940, il fut bombardé par le camarade Joseph Staline à la tête de l’institut de génétique au sein de la puissante Académie des Sciences de l’Union Soviétique.

S’inspirant des travaux de Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829) il avait développé, en 1927, une méthode «révolutionnaire» de fertiliser les champs sans utiliser de fertilisants. Comprenne qui pourra! Cette « découverte » seyait aux planificateurs de la NEP (la nouvelle politique économique) instaurée par le décret du 21 mars 1921. S’étant coupée de la communauté financière internationale en reniant les dettes de l’ancien régime tsariste, l’Union Soviétique n’avait tout simplement pas les moyens de se payer des engrais. Si la thèse de Lysenko convenait bien à la nomenklatura, elle n’était pas du goût de ses collègues. Dans un discours de décembre 1929, le camarade Joseph Staline fit l’éloge de la «pratique» au détriment de la «théorie» (science) Le débat était clos. A partir de 1935, Lysenko eut les coudées franches pour faire le ménage dans les rangs des scientifiques dissidents. Ils furent déportés dans des camps de rééducation en Sibérie.

La Sibérie est une excellente transition alors que l’Europe subit une deuxième vague de froid (la première ayant frappé, opportunément, lors du sommet de Copenhague) Par la voix de son indéfectible allié, le journal Le Monde, les Verts résistent à l’évidence des faits : « D'ailleurs, les prévisions saisonnières de Météo-France annoncent, pour la métropole, un premier trimestre 2010 "plus chaud" que la normale. »

Nous voilà rassurés alors que l’Île de France s’est enfin découverte, le 8 janvier 2010, sa petite Sibérie avec le bien nommé hameau de Frileuse, sur la commune de Limours en Hurepoix, où le mercure a plongé à -20.6°C ! C’est une petite satisfaction à notre échelle régionale car la Sibérie de la France demeure le village de Mouthe dans le Jura où il a fait -42°C le 9 janvier 1985…

Croire que la race humaine serait responsable du réchauffement de la Terre, ou qu’elle pourrait le prévenir en taxant tout azimut, n’est pas seulement inconstitutionnel comme viennent de le déclarer les neuf sages du Conseil Constitutionnel. C’est tout simplement un blasphème proféré contre l’Eternel. Ce gouvernement athée reste sourd à l’avertissement lancé par Dieu : «Cessez de vous comparer à moi et revenez à plus d’humilité, mes chers enfants, vous qui vous êtes détournés trop longtemps de moi !»


Alors que la menace d'une disparition de la chrétienté se profile en Europe au profit d'un islam conquérant avec la complicité notable des élites, le verset (36-15) dans le dernier roi de Juda, à la fin du Deuxième Livre des Chroniques de l'Ancien Testament, nous apporte un utile éclairage.

"L'Eternel, le Dieu de leurs ancêtres, leur avait adressé très tôt et à maintes reprises des avertissements par l'intermédiaire de ses messagers, car il aurait voulu épargner son peuple et le lieu de sa résidence. Mais les Israélites méprisaient les envoyés de Dieu, ils faisaient fi de ses paroles et tournaient ses prophètes en ridicule, jusqu'à ce que la colère de l'Eternel contre son peuple eut atteint le point de non-retour."

jeudi 7 janvier 2010

Hammersly Hill


Hammersly Hill, 3 October 2008

Sleeping in a shelter has its own advantage and inconvenience. I am awoken by a rattling noise. I deduct that my visitor is attracted by the garbage left by piggy hikers. A mouse escapes in a hole of the wooden floor when I turn on the flashlight. I fall back to sleep right away, but, at 5.50 am, I wake up definitely. The stove works well with isopropyl and, an hour later, I leave Ralph Peaks Shelter under a cold gray sky.

The trail crosses Taconic State Parkway on a large concrete bridge. The traffic is mostly one-way; commuters ride to their office in New York City. Luckily, I am not working today, tomorrow or even next week. “Freedom is an invaluable gift”, told me a hiker I met at Ecksville Shelter in Pennsylvania. It was his first foray on the trail. Just retired, he was planning to come back the year after. Then the trail follows a long traverse on Hosner Mountain, which offers rewarding views toward the town of Shenandoah and distant Catskill Range. I come across a section hiker, a middle-aged man with a paunch. We chat for a while. He is hiking one week, every fall season, on the Appalachian Trail. He gives me a tip: “There is a good grocery inside a gas station, half a mile from the trail, on road 52.” I thank him. The rumbling of cars increases near Interstate 84, then subdues when the trail veers eastward.

On a cold night of winter 2000, I camped in the vicinity. My goal was to hike, in two days, from Pawling to Bear Mountain. I had the slightest idea of the trail and the distance. It was 0°F ( -17°C) when I got off the train at the Appalachian Trail Station near the city of Pawling. With one foot of fresh snow, I managed to hike sixteen miles that day. I remember the pity barking of a dog at a nearby house. The uncaring owners had left the poor animal outside. The dog barked until daylight. During the cooking, I lost half the soup in the snow, when a gust knocked down the pan. Lighting the fire was also perilous as I used a dozen matches before succeeding. Worse happened when my feet became numb after diner. I rubbed them for an hour until bloodstream came back.

Eight years later, I am back to the supposed campsite but I do not see a house where the dog was barking to death. Was it this hill or the next one? I am clueless. A steep downhill brings me to Hosner Mountain Road. The trail crosses a stream before resuming its ascent toward Stormville Mountain. Just before another downhill to Road 52, I see houses in the woods. It is probably here where I camped eight years ago. When I hit the road at 9.30 am, I follow it eastward until I reach a plant on the right side. Mountain Top Market is at the corner of an adjunct parking lot. It is a good Deli. I order eggplants and chicken salad. I eat outside my meal. After their delivery to the plant, truck drivers stop here for drink, food or cigarette, or all of them. I enjoy warm eggplants with tomato sauce. My eyes are bigger than my stomach. I am struggling to clean up the cup of chicken salad, when a beautiful red truck of Coca Cola stops by. The driver delivers all kinds of soda but I am not craving for one but for a fresh fruit juice…

When my tank is filled, I go back to the woods. At Morgan Stewart Shelter, I come across “Lemonade”. It is not a soda but a pretty girl with long combed hair. She is flip-flopping alongside the trail. She asks me where the pack of South bounders is. I told her I met them a couple of weeks ago in Pennsylvania. My answer is not the one she is waiting for. Her beautiful eyes turn gloomy. She was probably expecting I said her they were a mere couple of days ahead of her. “Have you seen anyone recently?” “Outside day or section hikers, I have not seen a through-hiker since I reach New York State.” A messenger of bad news is never welcomed. She does not ask me anymore question. To please or seduce her, I should have lied but I am unable to do it. She is not looking at me anymore. I wish her a good day as she returns to her cooking. Eight years ago, at the same fire ring, Scouts were carrying wood to a huge fire.

At Depot Hill, I am welcomed by shooting from a nearby gallery. The noise will follow me until Nuclear Lake, whose water today is gray like the sky. In December 1972, a chemical explosion blew out at a plutonium processing plant. The release of toxic dust obliged the United Nuclear Corporation to close the plant. It is said that nuclear testing was made from 1956 to 1973; hence the name given to the beautiful lake. After the decontamination, the lake and its surroundings were acquired by the Appalachian Association. The trail skirts it before entering another wood.

New York State is blessed with its numerous lakes and prairies. I have been claustrophobic in the deep forests of the South. Another shelter! Telephone Pioneers Shelter honors the largest industry volunteer organization in the world. Founded in 1911, the association has a long history of helping people in need. The name of the association brought me luck on October 16, 2002. That day, I was soaked to the bones by a late hurricane. I was lucky to get a ride after walking three miles alongside Road 55. A trail angel drove me to a motel at Brewster.

Not long after Telephone Pioneers Shelter, the trail hits West Dover Road. At its roadside lives the biggest oak tree of the entire Appalachian Trail. Even it is slightly larger in circumference than Keffer Oak in Virginia, I prefer the last one for a good reason. It lives at the border of a quiet prairie and not alongside a road. To worship a special tree requires a secluded area.

The sky is clearing again in late afternoon. I come across nice pastures before Corbin Hill. Then, the trail drops to a swamp and, at the end of it, the Appalachian Trail Station. The train stops only the weekend. Two hikers are taking pictures of themselves at the wooden platform. They tell me that they have spent the night at the Nature Shop on Road 22. I want to go there to make a call. Kent is the biker I met the first day at Harpers Ferry and who offered me to stay to his home in Kent. At Nature Shop, I meet several hikers who are planning to spend the night inside the unfinished building. The owner allows me to call from his desk. Unfortunately, Kent is not answering my call. I venture to let him know that I will be in town tomorrow… The owner invites me stay with other friendly hikers. As I do not want to be rude with him, I answer that I need to be tomorrow afternoon in Kent, which is true.

The trail crosses a large prairie. Before entering dark Hammersly forest, I check my guidebook. With less than an hour of day light, I manage to reach a stream. Nothing is more enchanting than camping alongside a secluded brook in the woods.

samedi 2 janvier 2010

2010 sera pire que 2009


La destruction du thé salué par les gens de Boston par le peintre Nathaniel Currier


«C’est l’un des droits absolus de l’État de présider à la constitution de l’opinion publique.» Joseph Goebbels

Alors que les médias font les louanges du travail accompli par nos indécrottables néo-keynésiens (Time Magazine a élu Ben Bernanke, le président de la Fed, l’homme de l’année 2009) il existe encore quelques gens lucides en Amérique malgré une propagande digne de celle du docteur Joseph Goebbels…

Le curriculum de l’intéressé (1897-1945) mérite que l’on s’y attarde avant d’entrer dans le vif du sujet. En 1921, Joseph obtint son doctorat de l’université de Heidelberg en soutenant une thèse sur le romantisme du XVIII Siècle. Il commença à travailler en tant que journaliste mais il changea de métier et devint, tour à tour, employé de banque et courtier à la bourse de Berlin. Après l’occupation française de la Ruhr en 1923, il entra en contact avec le naissant parti national-socialiste. L’année suivante, il laissa tomber la bourse et entama une brillante carrière dans ce parti en devenant Gauleiter (chef de section) de Berlin. Toute comparaison entre le climat de son époque et le nôtre est à proscrire pour les tenants de la politique de l’autruche.

Dans son édition du 23 décembre 2008, le Barron’s Magazine a publié un entretien mené par Robin Goldwyn Blumenthal avec Kevin Duffy et Bill Lagner qui sont les gérants du hedge fund Bearing Asset Management, basé à Dallas dans le Texas. A l’aide d’un index sur les bulles qu’ils ont développé en 2004, ils ont anticipé les excès du crédit immobilier et gagné beaucoup d’argent en vendant à découvert Fannie Mae et Freddie Mae, les sœurs jumelles fédérales du refinancement hypothécaire. A l’échelle des mastodontes de la profession, leurs actifs qui s’élèvent à soixante millions de dollars sont étriqués. Les ménages américains, qui leur ont fait confiance, ne s’en plaindront pas. Depuis le lancement de leur hedge fund en juin 2002, les deux compères ont engrangé un profit de 18% en moyenne par an.

Il s’avère que ces deux managers sont des adeptes de l’école autrichienne. Pour eux, le pire de la crise financière n’est pas derrière nous comme ils l’ont expliqué au reporter du Barron’s Magazine.

Barron's : Vous avez dit que le fait le plus rédempteur du capitalisme est la faillite. Expliquez-vous s’il vous plait.

Duffy : Tout système a besoin de corriger ses erreurs et de se débarrasser de ses pertes. La nature a l’extinction, l’économie la perte, la faillite, la liquidation. Interférer dans ce processus rallonge la reprise économique. Si vous permettez ces erreurs et ces gaspillages, vous avez, en fin de compte, une faillite massive.

Le capitalisme est attaqué par deux groupes : les utopistes qui souhaitent imposer un système plus compassionnel et les politiques qui veulent avoir les fruits du succès sans supporter la peine des faillites. Ils ont recours à la coercition de l’État pour conserver leurs privilèges, et ce au détriment de tout le monde.

Dans notre pays, nous sommes devenus moins tolérants envers les faillites. Le résultat a été une série d’interventions, comme celles sur les marchés de crédit, en faisant la promotion du droit à la propriété des minorités ethniques et en créant une variété de filets de sécurité pour les investisseurs. Chaque crise conduit à une autre de plus grande ampleur. La solution est toujours d’administrer des doses plus fortes d’intervention. Ainsi le système devient plus instable. Les interventionnistes ne voient jamais venir l’éclatement de la bulle, et ils blâment alors le «capitalisme.»

Barron’s : Qu’auriez-vous fait à la place des autorités alors que la bulle immobilière éclatait et que la Fed et le Trésor déclaraient que ce serait la fin du monde si l’on n’injectait pas 800 milliards de dollars ?

Duffy : Autorisez ceux qui ont spéculé à faire faillite, au lieu d’aider les nantis qui ont des amis bien placés pour les renflouer.

Barron’s : Que pensez-vous de l’argument qu’une crise financière aurait laminé les petites gens ?

Duffy : Le petit gars a été nettoyé. Personne ne demande d’où vient l’argent. Cet argent a servi essentiellement à renflouer Wall Street au détriment de Main Street. Le petit gars sera toujours le dernier dans la file d’attente à la soupe. On lui donnera un croûton, comme dans la prime à la casse des voitures. Mais si vous êtes Goldman Sachs ou si vous avez une ligne rouge directe avec Washington, DC, vous serez le premier dans la file d’attente.

Laggner : A.I.G s’est assuré que ses créditeurs soient remboursés à 100%. Essentiellement, vous avez la socialisation du risque, mais les survivants ont un effet de levier plus élevé qu’avant la crise. Il y a encore des trillions de dollars dans le hors-bilan des banques auquel le FASB (Financial Accounting Standards Board) veut s’adresser en 2010. Les grands planificateurs ont déjà dépensé 3.15 trillions de dollars dans des opérations de sauvetage, et ils ont accordé la garantie à environ 17.5 trillions de dollars, tout en laissant en place les mêmes gens.

Barrons’s : Quoi d’autre auriez-vous fait à leur place ?

Laggner : Nous aurions pu isoler les grandes banques et les placer temporairement sous administration judiciaire. Puis, nous les aurions démantelées (1) – avec simplement 100 milliards de dollars – en créant des milliers de petites banques régionales. Si vous croyez au système de fractionnement des fonds propres des banques (dans lequel les banques prêtent avec un effet de levier), une chose que nous réprouvons, ils auraient pu créer un trillion de dollars de crédits en faveur des petites et moyennes entreprises. C’est choquant qu’il n’en soit pas ainsi.

Parce qu’il n’y a pas eu de réforme, il semble que nous allons devoir encore dépenser plus d’argent. Nous sommes entraînés dans une spirale où la dette va exploser. Pendant ce temps, le coût des fonds en faveur des petites et moyennes entreprises ne cesse de croître, alors que le coût de l’argent prêté aux grandes banques est pratiquement nul, et qu’elles en profitent pour spéculer comme jamais, alors que leur rôle serait d’irriguer cet argent vers la vraie économie.

Barron’s : Quel genre de réforme financière aimeriez-vous voir ?

Laggner : Nous ne croyons pas au concept de banque centrale. L’idée que les banques peuvent spéculer avec l’argent gratuit imprimé par la Fed, qui ultimement est celui du contribuable, et que lorsqu’ils perdent cet argent, la Fed leur vienne en aide et refile l’ardoise au contribuable, ce modèle est foutu et doit être remplacé.

Barron’s : Comment refaçonneriez-vous le système ?

Duffy : pour aller au fond des choses, nous devons revoir le fractionnement des fonds propres des banques, qui est la cause de l’instabilité. Nous avons essentiellement socialisé en garantissant les dépôts et prévenu la répétition des bank run (la course pour retirer ses fonds à la banque soupçonnée de faire faillite), qui imposait une discipline dans un système instable. Au moins, il y avait une forme de contrôle à l’égard de ceux qui prenaient des risques inconsidérés. Tant que nous ne réglerons pas ce problème de fond, nous aurons encore des crises, des interventions plus grandes et des bulles encore plus dévastatrices. C’est inhérent au système de banque centrale.

Barron’s : Où en sommes-nous dans le processus de deleveraging ? (diminution de l’effet de levier)

Laggner : Nous avions une bulle du crédit, grâce au hors-bilan des banques qui représentait quatre à cinq fois le PNB du pays. En raison de l’action du gouvernement, nous avons transféré cette bulle du crédit dans une bulle qui est celle de la dette souveraine.

La question est de savoir comment le gouvernement va financer toute cette dette. Comme l’économie réelle se contracte et que la sphère politico-financière gonfle, la stratégie d’une dévaluation coordonnée du dollar va échouer.

Duffy : Le risque immédiat est l’économie. Nous avons eu une fausse reprise. L’optimisme des marchés est revenu au niveau extrême enregistré en 2007. Nous avons établi une stratégie double : longue sur l’or physique et courte sur l’index Standard & Poor’s 500. Au zénith de 1980, le ratio de l’once d’or par rapport au S&P était de six. Au nadir de 2000, il était tombé à 0.2. Aujourd’hui, il est égal à un. Nous pouvons aller vers un ratio de deux, trois ou quatre.

Avis aux ménages français en mal de placement !
L’once d’or vaut 1097 $ et l’index S& P a terminé l’année 2009 à 1115 points, ce qui donne un ratio de 0.98. Selon l’hypothèse de Duffy, l’once d’or pourrait donc doubler, tripler ou quadrupler.

Barron’s : Voyez-vous le S&P 500 retester le nadir de l’année 2009 ?

Duffy : C’est difficile de savoir. Cela dépend de combien de monnaie sera imprimée. En valeur réelle, pouvons-nous diviser par deux la valeur de l’index ? Nous le pensons. L’index est faussé à cause des bricolages des bilans des banques et des maisons de courtage. Si les banques étaient marked to market (valeur adossée au marché et non pas à l’expiration de l’instrument financier sous-jacent), le bénéfice de l’index S&P pourrait tomber à 45$. Le sentiment bullish rivalise avec celui du pic du marché en 2007. Nous aimons le VXX, l’indice de volatilité. Il a baissé de 67% en 2009. Il indique une grande complaisance à l’égard des perspectives de reprise économique.

Barron’s : Quels sont vos autres thèmes ?

Laggner : Nous vendons massivement à découvert les bons du Trésor américain et japonais. Le déficit budgétaire de la Grèce approche 15% du PNB. Si vous prenez en considération que le sénat américain vient de voter une augmentation du plafond du déficit budgétaire, de 12.1 trillions à 12.4 trillions de dollars, nous sommes pratiquement à un déficit de 13% pour cette année fiscale. Fondamentalement, nous sommes tombés au niveau de la Grèce, où le yield sur les bons du trésor à dix ans a augmenté de 170 points (un point est égal à un centième de pourcentage). Les bons du trésor américains sont en baisse de 20% cette année ; ainsi nous assistons à une défiance des créanciers, et les taux à long terme vont sensiblement augmenter.

La Fed a contrôlé le long terme en monétisant Treasuries and mortgage-backed securities (actions adossées aux emprunts hypothécaires et à ceux du Trésor). S’ils réalisent que la valeur de ces actifs s’effondre, ils vont en racheter massivement, ce qui provoquera, à son tour, une chute du dollar et une hausse de l’or. L’or ne reflète pas simplement la crainte inflationniste mais l’instabilité dans le monde liée aux politiques keynésiennes adoptées par les gouvernements.

Barron’s : l’Union Européenne a dit qu’elle ne renflouerait pas la Grèce.

Laggner : Peut-être sommes-nous à un tournant où les sauvetages ont été si extrêmes que les gens de la Fed et de la B.C.E se disent que l’on ne peut plus continuer ainsi, sans voir le risque d’une évaporation des monnaies en l’espace d’une nuit. Mais nous n’avons pas encore vu les gouvernements tailler dans les dépenses publiques, que ce soit ici ou en Europe.

Barron’s : Concernant les grandes banques, quel dénouement envisagez-vous ?

Laggner : Il y a un désendettement des ménages, mais pratiquement pas du côté des spéculateurs professionnels. Le Crédit Suisse autorise ses clients de hedge-fund à retourner à des leviers du pic de 2007. En supposant que les régulateurs obligent les banques à intégrer leur hors-bilan, les analystes de Barclays estiment que cela va ramener près de 500 milliards de dollars dans leurs bilans en 2010. Cela va forcer les banques à augmenter leur capital.

Le FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation) a pris le contrôle de Corus Bank et Guarant Bank et liquidé leurs actifs douteux. Leur valeur représente entre 33 et 37% du dollar. Tant que les régulateurs n’auront pas forcé les banques à réaliser ces pertes, c’est comme si la sphère financière restait en lévitation. Un grand nombre de CMBS (commercial mortgage backed securities) ne trouvent plus de preneur. La même chose vaut avec l’immobilier résidentiel, que l’on modifie ou non un prêt. Les banques sont capables de dire que ces prêts sont performants, même s’ils ne le sont pas. Le Japon avait essayé la même chose et cela ne fit que retarder l’assainissement. Nous empruntons la voie japonaise.

Barron’s : Cela ne peut être bon pour les banques

Duffy : Nous avons une position à découvert sur la sphère politico-financière, et plus particulièrement sur la firme Goldman Sachs. Elle a deux faces : une très secrète et profitable activité de trading et un business plus terre à terre. Notre suspicion est que leur sauce secrète (2) est d’avoir accès à des amis haut placés, et que ce modèle va s’effondrer quand il volera trop près du soleil ou qu’une réaction violente du public aboutira à une enquête. Leur trading représente 67% de leur bénéfice net pour cette année, un niveau jamais atteint. Goldman Sachs, par son agressivité dans la prise de risque, est vulnérable au prochain retournement du marché.

Barron’s : En parlant de réaction violente, nous avons maintenant des dirigeants de Goldman Sachs portant des armes à feu pour se protéger de la rage populiste. A quel niveau faut-il parvenir pour qu’une société demande un changement de gouvernement ?

Laggner : Un client m’a envoyé un e-mail, l’autre jour, dans lequel les manifestants du tea-party recueillent une approbation plus grande que les Démocrates et les Républicains. Alors que l’arrogance des banquiers et des gens de la Fed continue de croître, 2010 et les élections de mi-mandat s’annoncent très excitantes.

Duffy : 70% des gens sont opposés au sauvetage des grandes banques. Avec ces interventions massives, le gouvernement a été capable de stabiliser le système politico-financier. Les gens sont ulcérés. L’indice de confiance des consommateurs n’a pas rebondi comme celui des investisseurs. Si la sphère politico-financière demande un autre sauvetage, alors il faut s’attendre à une réaction violente du public.

Pour que la récession s’achève un jour, il faudrait que la leçon soit enfin retenue. Mais les élites qui n’ont pas vu arriver l’éclatement de la bulle (elles sont nombreuses) demeurent optimistes sur la reprise de la croissance en 2010. Nous n’avons pas changé de comportement ; la récession ne se terminera pas tant que nous ne l’aurons pas fait. FIN

Pour conclure dans le même registre, la citation de Talleyrand, s’exclamant, en septembre 1815, au retour des émigrés en France à la Restauration « ils n’ont rien appris, ni rien oublié », demeure d’une surprenante actualité à l’égard des élites européennes arrogantes qui se moquent éperdument de la volonté contraire de leurs peuples avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

Puisque le peuple n’est ni consulté, ni suivi quand il s’exprime par la voix du référendum, il ne reste plus qu’à organiser un tea-party à travers l’Europe selon l’exemple donné par les colons américains, le 16 décembre 1773, quand ils se soulevèrent contre l’occupant anglais.

(1) Archives : samedi 14 novembre 2009, Démanteler les méga banques : l’idée progresse !
(2) Archives : samedi 18 juillet 2009, la théorie de la conspiration est revisitée

mardi 29 décembre 2009

Ralph Peaks Shelter


memorial of the attack of September 11th at Shenandoah Mountain



Ralph Peaks Shelter, 2 October 2008

Does it rain? Not yet but I am awaken by a need to pee. I venture in the dark toward the closest tree from the pavilion. A wind is shaking its leaves. It is probably the trembling of leaves, which has triggered the urge. It rains around 4 am. God is merciful as I am spending the night under a safe roof. It is a strange night, as I am awoken from the bell at the cloister, with a prelude tone before it rings the hours. Nevertheless, I fall back to a peaceful sleep after it.

At the crack of dawn, I wake up. Not long after an old man shows up at the ball field. He is giving useless orders to his uncaring dog. His unsound curiosity pushes him toward the pavilion. I do not like being visited while I am not yet dressed up. While he grumbles something I do not understand, his dog pees against the entrance of the pavilion. “I said Hello”, said the old man with a harsh tone. “Hello” I said tersely, while watching with disgust his dog peeing, this time, on my tent, which is hanging out on a concrete wall of the pavilion. “Look after your dog Sir!” The man sneers at me before turning his back. “Come on Roy!” he said with a delighted tone to his dog. I need to wash my tent at the faucet. All the drying during the night has been lost because of an unwanted visitor…

At 7.30 am, I am ready to go. It is a windy and chilly morning. The Hudson River is a climate border alongside the Appalachian Trail. The color of leaves is subtly changing every day. It is a Camaïeu, which span from asparagus to olive. Where will I reach the peak of the foliage? Probably, I’ll bump into it in Massachusetts next week. In Vermont, at mid October, it will be already past peak foliage with scraggy trees above two thousand feet. Going northbound squeezes the peak of the foliage to a mere week. Lucky south bounders can enjoy it for a month.

This stage is one of my favorite in New York State. Unlike Harriman State Park, an icon but artificial handmade, Clarence Fahnestock Memorial State Park is a wilderness. Before its creation, it was an iron-mining region. The park is in between Putnam and Dutchess counties. The land was donated, in 1929, by Dr Ernest Fahnestock as a memorial to his brother Clarence. Clarence, a Harvard graduate, bought the land in 1915. He died, three years later, in the post-World War I influenza epidemic, while treating patients with the deadly disease.

The trail is a roller coaster. It climbs Denning Hill, drops to Old Albany Road before climbing back to Canopus Hill. I enjoy the mixed forest of deciduous and needle trees. The palette of greens is wide: ranging from flashy green moss to dark green of Norway spruce. After the crossing of Sunk Mine jeep road, the trail follows Canopus creek. It is one of the most beautiful streams alongside the Appalachian Trail. Canopus was a big chief of the Wappinger tribe of Native Americans. The creek flows to Canopus Lake. Two men are angling on a small boat. I take a picture of them before walking on Cold Spring Carmel Road for a quarter of mile. At the trailhead, there is no car parked today. The trail follows a wooded rim westward of the lake. From a viewpoint north of the lake, I gaze at a sandy beach. The jewel of the park is cordoned off with buoy ropes. I imagine it filled with swimmers by a hot summer day. In this secluded paradise, I cannot envision a big crowd, but a small attendance of vacationers at a nearby campsite.

After leaving the shores of Canopus Lake, the trail climbs toward Shenandoah Mountain. With its 1282 feet, it is the highest point of the trail in New York State. On a rock has been painted the American flag, in memory of the attack of September 11, 2001. I had seen it already, in 2002, while going south. It looks like a Jasper Johns painting. From the top of the mountain, the view extends toward remote Catskill Range to the North West. With the high moisture, the Range color is indigo. Canvasses from the Hudson school wander through my elegiac mind. Loneliness increases the feeling despite a late sunshine of a fall day. For a while, I have been toiling up the hill but the vista has erased all my pain.

At the bottom of the mountain, I come across a woman driving toward the gate of a property. It implies the end of Fahnestock State Park. At 4pm, I arrive at Ralph Peaks Shelter, which is located in an old orchard. While I ponder to add an extra couple of hours of hiking, it starts raining. Will I spend the night in a filthy place or will I be soaked? Neither option is enticing. I choose to stay here. Garbage stink in the room. I clean up the table. The vicinity of a road might explain the mess. After the cleaning, I read old magazines and a log of through hikers. A hoot of an owl increases my loneliness. Six years ago, I was shivering in the same shelter but it was a clean place at that time.

samedi 26 décembre 2009

Le marché peut corriger ses erreurs mais pas l’État !




En haut James John Davis (1873-1947) ; en bas Robert Law Bacon (1884-1938)


« Le but de la science n’est pas d’ouvrir la porte à une sagesse infinie mais de mettre une limite à une erreur infinie. »

Berthold Brecht


En cette fin d’année 2009, le bilan est globalement positif pour Obama

Dès son arrivée à la Maison Blanche, le président Barack Hussein Obama avait annoncé la couleur : un plan de relance keynésien d’un montant de 825 milliards de dollars, représentant 5.7% du PNB américain. On allait voir ce qu’on allait voir ! Mais si cela n’avait tenu qu’à Paul Krugman, le prix Nobel d’économie 2008, il eût fallu doubler la mise…

L’administration considère que ce plan est un succès. Il a évité une sévère récession et contribué à la reprise économique du pays. Elle s’enorgueillit d’investir massivement dans les infrastructures, un secteur jugé prioritaire pour les dépenses d’avenir. Mais l’administration passe sous silence la question que se posent de nombreuses gens qui ont lu notre grand économiste Frédéric Bastiat : «Est-ce que les bénéfices d’une telle action surpassent les coûts ?»

Avant sa prise de fonction, Obama et son équipe de Chicago affirmaient qu’ils auraient une approche rigoureuse des politiques publiques qu’ils envisageaient de conduire.


Le sauvetage ahurissant d’une grenouille par les écologistes

Dans un papier intitulé « Government failure versus market failure » (la faillite de l’État opposée à la faillite du marché) Clifford Winston, du Brooking Institution, a analysé le coût des politiques publiques en général. Ce vieux think tank de Washington est connu pour ses opinions modérées ; son président, Strobe Talbott, a été le secrétaire d’État, l’équivalent de notre ministre des Affaires Étrangères, du gouvernement Clinton.

Dans son introduction, Clifford Winston raconte une anecdote symptomatique de l’état d’esprit des médias si prompts à nous donner des leçons. Le président George W Bush avait pris dans son cabinet John Graham. Ce professeur de Harvard était connu pour ses positions fermes en matière de régulation d’environnement et de santé. L’agence de protection de l’environnement (EPA) avait proposé une régulation pour sauver une centaine de grenouilles appartenant à une espèce en voie de disparition, en modifiant le projet d’une autoroute, pour le coût astronomique d’un milliard de dollars. Graham s’était opposé à la régulation en question et avait exhorté l’agence à trouver une solution moins onéreuse pour sauver la grenouille. La vie de ce charmant batracien valait-elle les dix millions de dollars que l’EPA était prête à consentir à chacun d’entre eux ?

D’un point de vue démocratique, on ne pouvait que se féliciter qu’un débat contradictoire, au sein même de l’administration, eût pris en considération les intérêts légitimes des contribuables. Graham s’attira les foudres de la presse américaine. Par l’entremise du sénateur démocrate de l’Illinois, Dick Durbin, à qui il avait accordé une large place pour s’exprimer dans un op-ed (opposite editorial), l’édition du 16 juillet 2001 du Washington Post titra : «Graham flunks the cost-benefit test» (Graham a foiré le test du coût/bénéfice) Trois jours plus tard, The Los Angeles Time invita Linza Heinzerling, un professeur de droit de l’université de Georgetown, à donner, à son tour, son opinion. Comme son homologue de la côte Est, le grand quotidien ne fit pas dans la dentelle avec le titre suivant : «Don’t put the fox in charge of the hens!» (Ne confiez pas à un renard la garde du poulailler !)


Le mépris des journalistes à l’égard du peuple

Winston se contente de déplorer que le refus de débattre du coût des interventions gouvernementales a un impact sur l’efficience microéconomique. Pour enfoncer le clou, j’ajouterai, pour ma part, que la réaction de la presse américaine, comme celle de sa consœur européenne après le référendum des minarets en Suisse, exprime un profond mépris envers le contribuable ou le concitoyen de son pays. Avez-vous entendu un seul de ces censeurs qui se soit interrogé sur le paquet fiscal du sommet de Copenhague à l’égard de la santé de nos entreprises ou de nos emplois qui en dépendent ? En Europe, il n’y a malheureusement pas que la sphère politique qui vit dans une bulle !


L’optimum de Pareto

L’efficience microéconomique est atteinte avec l’optimum de Pareto. Wilfredo Pareto (1848-1923) a laissé une grande empreinte dans la science économique. Cet optimum est atteint lorsqu’il n’est plus possible d’améliorer le sort d’une personne sans abaisser celui d’une autre. Malheureusement, cet outil microéconomique a été sorti de son contexte par les socialistes. Il a servi à légitimer des interventions publiques qui n’auraient jamais dû l’être. Si un marché échoue à établir un optimum pour un tas de raisons (monopole, imperfection de l’information disponible, externalité ou biens publics, etc…), l’Etat devrait intervenir pour corriger cette imperfection. Les énarques ne s’en privent guère.

Clifford Winston s’interroge : « Y a-t-il d’abord la preuve d’une faillite sérieuse du marché nécessitant une intervention publique ? » Sa réponse est un défi à notre temps : « Si une faute se produit, le marché a la capacité de la corriger alors que le gouvernement en est incapable en raison de l’inflexibilité, du court-termisme et du caractère conflictuel des agences gouvernementales qui se disputent ce marché, et aussi à cause des forces politiques qui autorisent des groupes d’intérêt à influencer des élus pour initier ou maintenir des politiques inefficaces mais qui leur permettent d’accroître leur rente. » Tout est dit.


La citadelle intouchable du Davis-Bacon Act de 1931

Comme tous les socialistes, le président Obama est convaincu que l’action publique est préférable à celle du privé. Winston cite le cas des infrastructures routières, fluviales, ferroviaires et aériennes qui sont sous la coupe de l’État fédéral et des États fédérés. Cela représente la plus grande dépense publique avec un trillion de dollars par an. Pourtant, l’État n’a pas su corriger la congestion du trafic. Winston a établi une courbe de congestion. En 1980, un automobiliste américain était immobilisé sept heures en moyenne par an, il l’est pendant vingt-cinq heures en 2008. L’État n’a pas su non plus s’adapter à l’afflux du trafic aérien provoqué par la dérégulation initiée par Ronald Reagan. Les passagers devraient s’interroger sur la hausse ininterrompue des taxes d’aéroport qui représentent 50% du prix d’un billet d’avion. Et pour quel bénéfice ? Les temps d’attente s’allongent inexorablement sur les pistes ou dans les aérogares.

C’est normal après tout, car, d’un coté, la demande explose à cause de la libération du trafic aérien, mais l’offre de piste stagne car la responsabilité incombe à des gouvernements locaux qui sont phagocytés par les syndicats et par une législation ancienne qui leur est très favorable.

Le 3 mars 1931, le président républicain Herbert Hoover signa la loi Davis-Bacon. Comme toute loi américaine, elle portait le nom de ses deux artisans au Congrès, tous deux républicains, faut-il le noter. Contrairement aux idées reçues en France, cela prouve que le parti démocrate et son illustre représentant en la personne de Franklin Delano Roosevelt qui n’était pas encore président, n’avaient pas le monopole de l’interventionnisme pour combattre la Grande Dépression qui s’était abattue sur le pays. James Davis, qui avait servi en tant que ministre du Travail sous trois présidents, était, à cette époque, le sénateur de Pennsylvanie ; quant à Robert Bacon, il était un député de l’État de New York. C’est en cette qualité qu’il sponsorisa, de son côté, la loi à la chambre des Représentants.

Cette loi s’appliquait à tous les contrats bénéficiant d’une aide fédérale avec un seuil de deux mille dollars. Cela ne laissait pas beaucoup de contrats hors du champ de la loi. Elle obligeait les parties contractuelles à verser un salaire aux ouvriers qui ne fût inférieur à celui en vigueur et fixé par les syndicats de l’État où se déroulait le chantier en question. L’idée était venue à Bacon lorsqu’un entrepreneur avait loué les services de noirs américains de l’Alabama pour construire un hôpital dans sa circonscription de Long Island. Son idée, partagée par ses collègues républicains au Congrès, voulait que les lucratifs emplois dépendant des fonds fédéraux profitent uniquement à la main d’œuvre locale sévèrement touchée par la Grande Dépression.

L’opposition démocrate déclara que cette loi était raciste. Bien qu’elle soit restée en vigueur malgré la fin de la Grande Dépression, ses opposants ne désarment pas. Dans un arrêt rendu en 2002, Brazier construction versus Elaine Chao, Secretary of the Department of Labor, le juge Bryant rejeta le caractère raciste de la loi.

Conscient du problème lancinant des attentes interminables dans les aéroports, Obama a voulu les corriger à sa manière. Ainsi deux villages d’Alaska ont obtenu 28 millions de dollars pour leur aéroport que personne ne connaît, alors que la ville de New York, qui gère tout de même les aéroports de La Guardia (vols domestiques) et de John Fitzegerald Kennedy (vols internationaux), n’en a pas reçu autant.

La dépense publique n’a pas pour but, comme le croient beaucoup de socialistes naïfs, de corriger des inégalités mais d'acheter des voix. Ainsi, celle d’un électeur d’Alaska (un bastion républicain) compte vingt fois plus que celle d’un électeur de New York qui, quoi qu’il arrive, votera toujours pour le candidat démocrate. Tel est le calcul cynique du président Obama qui pense déjà à sa réélection.


La pédagogie pour sortir nos concitoyens de l’ornière socialiste

Dans un pays comme la France où le bien-être de la majorité des citoyens ne dépend pas de son ardeur au travail mais de la redistribution de la richesse par les énarques, les politiciens et les syndicalistes, il ne faut pas s’étonner que le libéralisme soit si mal compris.

La donne ne changera que lorsque l’État impécunieux fera faillite. Un immense travail de pédagogie attendra ceux qui auront alors la lourde tache d’expliquer à nos concitoyens que leur bien-être dépend désormais du travail accompli, de la liberté individuelle et du droit inaliénable de propriété.

C’est un José Pinera dont la France a besoin pour la sortir de l’ornière dans laquelle elle est tombée involontairement, le 27 mai 1974, avec l’élection de l’énarque Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République. Depuis cette date fatidique, les déficits budgétaires n’ont cessé de se creuser. Tout se tient…

vendredi 25 décembre 2009

Graymoor Pavilion


Graymoor, 1 October 2008

At the bear pit, inside the zoo of Bear Mountain, the Appalachian Trail reaches its lowest point at 124 feet (37 m) of its entire length of 2176 miles. It is also here that the first section of the trail was opened to public on October 7, 1923.

Bear Mountain epitomizes an area of big government. During the Great Depression, the Federal government spent five years on projects inside the park of Bear Mountain. Pump houses, reservoirs, sewer system, huge lodge, homes for staff and administrative building were created through the Works Progress Administration and Civil Works Administration.

The scenic drive road to the top of Bear Mountain, which is called Perkins Memorial Drive, was constructed almost entirely by hand! This work remembers me the military roads in Southern French Alps, built at the same time but for another reason. Keynesian policy works as well in peacetime as in wartime. The tower at the top of Bear Mountain is named in honor of George Walbridge Perkins, who lived in an older era, the Gilded Age, also nicknamed by critics of robber barons. Contrary to those evils of capitalism, Perkins was dedicated to improve the life of average Joe and Jane. He started working as an office boy of the New York Life Insurance Company. He rose to the position of vice-president of the company at the age of 36. In 1910, he shifted of focus and dedicated his relentless energy to the newborn progressive era. In 1912, he helped Theodore Roosevelt’s new progressive party, becoming its executive secretary.

Their cooperation started earlier in 1900, while Theodore Roosevelt was governor of New York State. Teddy appointed Perkins president of the newly formed Palisades Interstate Park Commission. The aim of the commission was to stop the destruction of beautiful red cliffs, alongside the Hudson River, which were viewed as a rich source of traprock (basalt) The red cliffs were a favorite landscape for the painting school of Hudson River. While living in New York City, I had no idea to whom I was thankful for the preservation of it. Culture is a slow process, would I say to excuse myself. While writing a trilogy on Teddy, I did not yet know the close relationship between the two men. Culture is an unending process, would I add.

Back to the trail, after the visit of the zoo, this is free for through hiker, the trail cross the Bear Mountain Bridge. On the toll suspension bridge, I come across a repair crew wearing yellow jackets. Since its completion in 1924, that kind of bridge requires a steady maintenance. The toll helps it. The amount of one dollar is collected only from eastbound travelers. The bridge includes pedestrian walkways on both sides.

Boats cruise the mighty river. I stop to take some pictures. The total length of the bridge is 687 m and the clearance above water is 47 m. It is always windy, as the bridge has been built in a narrow of the river. At the time of its completion, it was the longest suspension bridge in the world. But its record did not last long; nineteen months later, it was surpassed by the Benjamin Franklin Bridge, in Philadelphia, across the Delaware River.

After the highlight of the day, the trail resumes its monotonous trend, but not before climbing a steep slope toward a plateau overhanging the narrow of the river. Big houses, on the opposite shore, draw my attention. Wouldn’t it be fine to live in such secluded and beautiful surrounding? The natural beauty of the Hudson River has earned it the nickname of “American’s Rhine”.

When the trail leaves the rim, I come back to my routine: grinding miles at a steady pace. To heighten my spirit, I think of my arrival tonight at Greymoor. The cloister is seven miles away from Bear Mountain. I move fast in order to be there before darkness. At the crossing of Road 403, I tumble on a new gas station. I am lured to its fast food. A hike is always hungry. I peruse quickly the alley in the vain hope of finding some terrific food. Disappointed by the limited choice, I buy a drink. While I pay it, a quick shower pours the asphalt. When it resumes, I walk at brisk pace to the cloister, which is only half a mile away from the road.

Franciscans do not welcome any more hikers to their table. It was a custom when they were few. Nowadays, they allow them only to stay at the covered picnic pavilion at the ball field. It is utter dark when I drop my backpack inside the pavilion. I will sleep on the concrete floor tonight. In the meantime, I hurry up to take a cold shower at nearby shack.

At the gas station, I could not refill my cartridge with denatured alcohol. The sales clerk advised me to use isopropyl. It burns slowly with a slight smell. Cooking will take more time but isopropyl is much cheaper than denatured alcohol. While on the trail, one needs to adjust accordingly, if not stay home!

jeudi 24 décembre 2009

L’arche de Noé à l'épreuve de la technocratie




Génèse, chapitre sept

« Puis l’Eternel dit à Noé :
- Entre dans l'arche, toi et toute ta famille, car je ne vois que toi qui sois juste au milieu de tes contemporains. Prends sept couples de chaque sorte d’animaux purs, sept mâles et sept femelles de chaque sorte, et un couple de tous les animaux impurs, un mâle et une femelle. Prends aussi sept couples de chaque sorte d’oiseaux pour en perpétuer la race sur toute la terre. Car dans sept jours, je ferai pleuvoir durant quarante jours et quarante nuits sur la terre et j’effacerai de la surface de la terre tous les êtres que j’ai créés.
»

En 2010 après Jésus-Christ, Dieu visite Noé et lui dit : « Une fois encore, la terre est devenue invivable et surpeuplée. Construis une arche et rassemble un couple de chaque espèce d’animaux ainsi que quelques bons êtres humains. Dans six mois, j'envoie la pluie durant quarante jours et quarante nuits, et je détruis tout ! »

Six mois plus tard, Dieu retourne visiter Noé et ne voit qu'une ébauche de construction navale.

- Mais, Noé, tu n'as pratiquement rien fait ! Demain il va commencer à pleuvoir !
- Pardonne-moi, Tout Puissant, j'ai fait tout mon possible mais les temps ont changé.

Quand j'ai commencé à bâtir l'arche, on m'a dit qu'il fallait un permis de construire. L'inspecteur me fait un tas d’ennuis au sujet du système d'alarme anti-incendie.

Mes voisins ont créé une association parce que la construction de l'échafaudage, dans la cour, viole le règlement de copropriété et obstrue la vue. J'ai dû recourir à un conciliateur pour parvenir à un accord.

La direction de l'Urbanisme m'a contraint à réaliser une étude de faisabilité et à déposer un mémoire sur les coûts des travaux nécessaires pour transporter l'arche jusqu'à la mer. Pas moyen de leur faire comprendre que la mer allait venir jusqu'à nous !

La coupe de bois pour la construction navale s'est heurtée aux multiples associations pour la protection de l'environnement, sous le triple motif, que je contribue à la déforestation, que l’autorisation accordée par l’Office National des Eaux et Forêts n'a pas de valeur juridique aux yeux du Ministère de l’Environnement, et que cela détruit l'habitat de plusieurs espèces animales. J'ai eu beau leur expliquer qu'il s'agit de préserver ces espèces, rien n'y a fait !

Dès que j’ai rassemblé les couples d'animaux, la Société Protectrice des Animaux (SPA) et le World Wide Fund (WWF) me sont tombés sur le dos. Elles m’ont accusé de cruauté envers ces animaux. Elles ont déclaré que je les soustrais à leur milieu naturel et que je les enferme dans des compartiments exigus.

Ensuite, l'agence gouvernementale pour le Développement Durable a exigé une étude d'impact du déluge en question.

Dans le même temps, j’ai eu affaire à des inspecteurs retors qui me reprochent de violer la législation en utilisant des travailleurs bénévoles. Je les ai embauchés car les syndicats m'ont interdit d'employer mes propres fils, en disant que je ne dois employer que des travailleurs syndiqués.

Le fisc a saisi tous mes avoirs en prétextant que je me prépare à fuir le pays. Et pour finir, la direction des Douanes menace de m'assigner devant les tribunaux pour « tentative de franchissement de frontière en possession d'espèces protégées ou reconnues comme "dangereuses".

-Aussi, pardonne-moi, Tout Puissant, d’avoir manqué de persévérance dans ce projet !

Aussitôt après que Noé ait confessé à Dieu son impuissance, les nuages noirs se dissipent et un magnifique arc-en-ciel se dessine.

- Renonces-tu à détruire le monde ? demande Noé interloqué.

- C’est inutile, répond Dieu, la technocratie s'en charge à ma place.


=== Confession d’un marcheur impénitent ===

En cette veillée de Noël circule sur la toile cette histoire drôle que j’ai remaniée. Elle illustre mieux que tous les discours la dérive totalitaire d’un monde technocratique ayant la prétention de régenter les moindres détails de nos activités humaines.

Croire en Dieu est la dernière ringardise dans un monde athée. Et pourtant, Dieu produit des miracles tous les jours...

Pas plus tard que lors du sommet de Copenhague où la secte verte s’est donné rendez-vous, j’ai prié Dieu pour qu’il déclenche un blizzard. Mon vœu a été, partiellement, exaucé. Le blizzard ne s’est pas abattu sur Copenhague mais sur Washington, la capitale de la nouvelle Rome où sont prises les grandes décisions de ce monde.

Je remercie l’Eternel d’avoir envoyé un fort signal pour remettre à sa place la secte verte. Amen.

samedi 19 décembre 2009

Le mythe du temps différent




Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, deux universitaires américains, sont les auteurs d'un rapport sur huit siècles de crises financières



L’effondrement du marché financier, le 15 septembre 2008, provoqué par la faillite de la banque d’investissement Lehman Brothers, a engendré une réaction stéréotypée des Keynésiens qui nous gouvernent. Pour relancer l’économie, il n’y aurait pas d’autre solution que d’aggraver les déficits budgétaires…La leçon a été bien retenue par le président de la République française. Son plan de relance keynésien, qu’il a dû rebaptiser « plan pour l’avenir de la France », pour ne point déplaire aux agences de notation soucieuses de l’endettement de ce pays qui vit depuis trente-cinq ans au-dessus de ses moyens, sera finalement d’un montant réduit à 35 milliards d’euros.

Il faut se contenter de ce moindre mal en dépit de nos avertissements répétés que l’on ne soigne pas le mal par le mal, à savoir par un endettement supplémentaire, alors que la récession est liée à un excès d’endettement des ménages et des banques provoqué par la politique monétaire laxiste des banques centrales.

Avant d’aborder la question principale, il faut décerner la palme de l’incompétence à Olivier Pastré, professeur d’économie à Paris VIII, qui, dans l’émission hebdomadaire «l’économie en question» sur France Culture, a déclaré ce matin sur cette antenne qu’il faut nationaliser les agences de notation ! Quand la température ne vous plait pas, notamment en cette période d’hystérie collective entretenue par le sommet de Copenhague, vous cassez le thermomètre. Cela ne résoudra ni l’imposture du réchauffement climatique, ni le surendettement de la planète, mais cela évitera aux écologistes ou aux Keynésiens de ne point être contredits, de manière aussi flagrante, par les faits.

Je martèle que l’indépendance des agences de notation ne peut être réalisée qu’à travers la levée d’une taxe infime de 0.01% sur toutes les transactions boursières. Tant que les agences de notation resteront rémunérées par leurs clients, il est utopique d’attendre des miracles de leur part.

Alors que se pose, avec acuité, le sauvetage de la Grèce à ses quatorze partenaires de l’euroland (la monnaie unique s’est dévaluée de 4% par rapport au dollar en l’espace de deux semaines), les grands argentiers devraient lire, avant d’ouvrir inconsidérément les cordons de la bourse à la cigale grecque, une étude menée par Carmen Reinhart, de l’université du Maryland, et par Kenneth Rogoff, de l’université de Harvard. Le titre de leur rapport ne manque pas d’humour : « This time is different : a panoramic view of eight centuries of financial crisis» (ce temps est différent : une vue panoramique de huit siècles de crises financières)

Leur thèse est tout le contraire du titre. La crise financière actuelle n’a rien d’extraordinaire. Chaque époque a été marquée par une période d’euphorie où des gourous ont prétendu que les circonstances étaient différentes et qu’il ne fallait pas s’alarmer de la hausse des prix. « La maison que vous achetez en vous endettant lourdement, vous pourrez toujours la revendre demain en faisant une plus-value. » Tout le monde y a cru, du petit ménage jusqu’au président de la Fed… Mais, comme le notent Reinhart et Rogoff, notre bulle immobilière n’est qu’une énième parmi tant d’autres au cours des huit derniers siècles sur lesquels ils ont pu glaner des statistiques. Nul doute qu’il y eut d’autres talentueux Charles Ponzi ou Bernard Madoff avant le XIII siècle mais, faute d’archives abondantes, ils ne sont pas remontés au-delà dans le temps.

Le duo a relevé une constante : un endettement excessif conduit immanquablement à une banqueroute des États qui y ont recours. Une idée pernicieuse, qui va faire grincer les dents des énarques de l’agence France Trésor qui se considèrent les Mozart de la finance, c’est de croire que l’on peut toujours inventer des produits financiers pour repousser la facture à payer. A l’appui de leur démonstration, les deux auteurs ont établi une corrélation entre la mobilité du capital et les crises financières. Le délai de grâce ne s’étend pas au-delà d’une décennie…

Les deux auteurs ont poussé le bouchon à établir des statistiques honteuses des faillites des États. Par faillite, il faut entendre l’incapacité d’un État à honorer ses échéances de remboursement de la dette contractée auprès des étrangers ou des nationaux. Sur le podium, on retrouve l’Espagne avec treize faillites avérées depuis le XIII siècle, suivie de la France avec huit et de la Hongrie avec sept. L’origine hongroise du chef de l’État tendrait à renforcer la présomption d’une faillite prochaine de notre nation.

Autre point délicat auquel devrait réfléchir sérieusement la fourmi Angela avant de commettre une erreur irréparable, c’est celle de la durée des défauts de paiement des États. Si un État fait plus souvent faillite qu’un autre, il peut s’avérer un moins mauvais élève s’il est capable de reprendre plutôt ses remboursements. Sur ce point, la Grèce aggrave son cas. Si elle n’est pas parvenue à se hisser sur le premier podium, c’est la faute de sa jeunesse ! Elle n’a acquis qu’en 1830 son indépendance par le protocole de Londres. En revanche, elle est le cancre en matière de capacité de remboursement. Elle se distingue par la longueur moyenne des périodes où elle s’est trouvée en défaut de paiement (50.6 années) alors que la Hongrie, sa seconde, ne l’a été que pendant 37.1 années en moyenne.

Concernant les expédients à une crise financière, nos deux auteurs énumèrent les vieilles recettes éprouvées.

La méthode la plus radicale, empruntée aux monarques français, consiste à décapiter les créanciers. C’était la première forme de « restructuration de la dette » mais elle ne serait plus applicable de nos jours. Joseph Marie Terray (1715-1778), qui fut le contrôleur des finances sous le règne de Louis XV, disait : « Un gouvernement doit faire défaut au moins tous les siècles pour restaurer l’équilibre. » Sa formule est éminemment contemporaine avec l’opération de « reset » des mémoires des ordinateurs et que le gouvernement applique, avec un certain succès, sur celles des Français pour mieux les manipuler. Ce n'est pas un hasard que la disparition de l’enseignement de l’histoire figure parmi ses priorités.

La deuxième solution est de rembourser avec une monnaie de singe le créancier à travers une « dévaluation compétitive. » C’est l’exercice périlleux auquel se livre actuellement Timothy Geithner, le secrétaire américain du Trésor, avec le gouvernement chinois. Ce n’est pas un hasard que ce technocrate parlant couramment le mandarin, ait été recruté par Obama pour séduire l’Empire du Milieu. Avant l’introduction de la planche à billet qui a été d’ailleurs inventée par les Chinois, les monarques européens recouvraient à un expédient éprouvé. Ils baissaient la part des métaux précieux dans la composition des pièces de monnaie en circulation. Ainsi, on apprend par Reinhart et Rogoff que le pourcentage d’argent, qui était de 8.5% en 1400 en Europe, tomba à 1% au milieu du dix-neuvième siècle. En complément d'information, les guerres napoléoniennes furent le plus grand facteur de destruction de richesse en Europe !

La troisième solution est de répudier la dette comme le firent, en 1917, les Soviétiques. L’inconvénient majeur est de se couper de la communauté internationale. L’exemple de la Corée du Nord devrait faire réfléchir ceux qui seraient tentés par l’expérience.

Pour conclure, sauver la Grèce ne sauvera pas pour autant la zone euro. Elle sera un fardeau pour très longtemps des contribuables des pays vertueux. S’il n’y avait que la cigale grecque, la charge resterait supportable. Mais il faudra bientôt ajouter celle des PIGS (Portugal, Italie, Grèce et Espagne) ou dit, de façon plus diplomatique, celle du Club Méditerranée auquel la France pourrait adhérer bientôt, pour se rendre compte que la fourmi allemande, malgré toute sa bonne volonté, ne pourra longtemps supporter la charge en question.

le grand conservateur anglais Edward Burke disait que les gens ruinés le sont à cause de leurs propensions naturelles. Appliqué à l'échelle de l'Europe, cet aphorisme pourrait se décliner ainsi : les cigales à cause de leur penchant naturel et les fourmis en raison de leur bonté ou de leur naïveté. Aux traders patentés, la vente à découvert de l'euro semble la meilleure option dans un marché chausse-trappes.

vendredi 18 décembre 2009

Bear Mountain


Bear Mountain, New York, 1 October 2008

At 1 o’clock, rain wakes me up but I am not worried this time. Yesterday evening, I was cautious to set up the rain flyer when I checked the sky. At dawn, the sky is clear again. Shaking a wet tent is an unpleasant task to perform. Due to a late arrival last evening, I will depart rather late at 8 o’clock.

Today is the first day of October and the middle of my vacations. I have hiked 368 miles in nineteen days since my departure at Harpers Ferry. I am on track to reach Hanover, which is 355 miles away. A slim margin of 13 miles or 3% is not enough to secure my arrival in the first town of New Hampshire. If I am late, I can drop out of the race at Shelburne Pass in Vermont. The Ethan Allen Express stops at Rutland. Every day counts on the trail. So far, I have not taken a layover day.

Just after departure, I cross Seven Lakes Road. Without traffic at that early hour, a dear is chewing a brush nearby the road. It is a challenging morning with no less than four steep hills. Goshen Mountain is the first hurdle for my tired legs but the trail offers a good view on Lake Tiorati. I hear voices from the campsite.

Toriati Lake is one of the most pleasant places inside Harriman Park. In 1915, three years after the creation of the State Park, the completion of a dam of twenty feet high flooded two swamps in the valley. A sandy beach offered an escape from the sweltering town. Trains stopped at Harriman Station. Skyscrapers are clearly visible from the top of Black Mountain. When I was living in New York City, I never came here because I never heard about it. Everyone knows Coney Island but who knows Lake Tiorati?

From the top of Black Mountain, the trail drops to Palisades Interstate, which requires my full attention. The heavy traffic makes me nervous. Finally, I dash to the other side of the road. I stop at Beechy Bottom brook for a snack.
The next hurdle is West Mountain. The ridge offers good views toward Hudson River. It is a favorite day hike from Bear Mountain. I meet several hikers alongside the rocky ridge. Then, the trail drops again to Seven Lake Road from where it resumes its fourth climb toward Bear Mountain. Half way to the top, I come across three Russian families. Well-dressed little girls wearing white shirts are learning from their parents to pick up mushrooms. A strong man carries a bag, which is filled of delicious boletus. The trail follows Seven Lakes Road on the last mile. Perkins tower is closed. I drop my backpack and enjoy, with other tourists, the great scenery, while kids play around. At the first shiver, I leave the breezy summit.

The trail drops to Bear Mountain Inn. Unfortunately, it is closed until 2010 for a full renovation. Workers wearing masks are sorting out metal pieces from the wreckage. It was my intention to spend a night in that landmark building. Bear Mountain Inn was built in 1915. The vending machines are still operating at a nearby restroom. I buy a drink to accommodate my late lunch on a wooden table beside Hessian Lake. A Mexican family is seated next to me. Parents talk in Spanish while kids answer in English. Equating is still working in America. I take plenty of time while basking in the last warm sun rays of the year.

After lunch, I visit the zoo. Unlike others, this one is a nursery for injured animals. Healed animals return to wilderness but disabled stay there for their remaining life. The bear pit is the highlight of the visit. A brown bear plays with a stick wedged between its hinder legs, while a black bear is chewing meat under the monitoring of jealous ravens. A daring bird strives for a tidbit but it retreats quickly when the bear jolts. The sudden move of the beast triggers a shriek from aghast children. Is there a better pleasure in life than the rapture of fear behind safe iron bars?

samedi 12 décembre 2009

José Pinera, l’homme qui a assuré la richesse du Chili




J’ai eu l’honneur d’être le traducteur de José Pinera lors de l’émission dont il a été l’invité, le 9 décembre 2009, sur REICHMANTV.

José Pinera est un personnage fascinant. Il comprend bien le français mais préfère s’exprimer en anglais. Il me corrige parfois dans le résumé que je fais de son exposé. Je l’observe du coin de l’œil. Il connaît toutes les ficelles du métier mais ce serait une erreur de ne s’attarder que sur la forme, comme c’est malheureusement le cas dans toutes les émissions politiques réalisées en France. C’est le contenu du message qu’il adresse aujourd’hui aux Français qui est capital - un mot choisi à dessin pour le sujet qui nous intéresse.

Si la plupart des hommes politiques français s’accrochent désespérément au pouvoir alors qu’ils n’ont aucun programme ni même d’idée intéressante à défendre, ce n’est certainement pas le cas de José Pinera. Tout semble lui réussir dans une vie bien remplie. A trente ans, il entre dans le gouvernement chilien en tant que ministre du Travail et des Retraites. Il entreprend la plus grande réforme économique jamais réalisée dans le monde : la transition d’un système de retraite par répartition vers un système par capitalisation. Le 1er mai 1981, une date symbolique pour montrer que cette réforme se fait dans l’intérêt des travailleurs, le processus est lancé. Dès les premiers mois, des millions de Chiliens optent en faveur du nouveau système de retraites par capitalisation mis en place par José Pinera. Ce grand réformateur n’avait pas encore trente-trois ans révolus…

José Pinera est né le 6 octobre 1948 à Santiago. Son père était ambassadeur aux Nations Unies à New York et son grand-père fut longtemps l’attaché culturel de l’ambassade du Chili à Paris. Grand amoureux de la France et de sa culture, son grand-père resta dix-sept ans en poste à Paris alors que la tradition, dans ce métier, est d’en changer souvent pour des raisons de sécurité nationale. Son père, qui se prénommait aussi José, fit ses études au lycée Janson de Sailly à Paris. Il ne découvrit le Chili qu’à l’âge de dix-sept ans. Bernardino Pinera, l’oncle de José, était archevêque.

Élevé dans une grande famille, originaire des Asturies en Espagne, José sut se montrer à la hauteur. Il obtint ses diplômes d’économie à l’université catholique du Chili. En 1970, alors que son pays se dotait d’un gouvernement communiste qui allait tout nationaliser sur son passage, José partit compléter ses études à la prestigieuse université américaine de Harvard. Nommé professeur assistant en 1974 à la même université, il préféra revenir au Chili, en 1975, pour enseigner à l’université catholique.

Retour à la case départ ? Pas tout à fait. Travailleur infatigable et animé d’un bon sens qui fait défaut à beaucoup de gens érudits, il publia de nombreux articles et essais en sus de huit livres. Pour la qualité de ses travaux, il obtint un grade honoraire de l’université Francisco Marroquin au Guatemala qui est, selon Milton Friedman, la meilleure université d’Amérique latine. Son activisme en faveur des thèses de l’école de Chicago le fit remarquer du pouvoir militaire qui avait renversé le gouvernement de Salvador Allende. En 1978, il entre au gouvernement alors qu’il n’avait pas encore trente ans.

José Pinera tenta de convaincre ses nouveaux collègues du gouvernement de l’importance d’une réforme des pensions. Face à ses exhortations, on lui répondait sans cesse : "Oui, d’accord : mais si ce problème a pu attendre trente ans, sans doute peut-on le laisser encore une semaine, un mois, voire une année ?» (1) Il mûrit son projet qu’il remit sur la table à l’occasion du 1er mai 1980. Dans un unisson rare, les forces de droite et de gauche firent barrage : «Touche pas à nos droits acquis !»

Le chef de l’État convoqua Pinera pour lui dire qu’il fallait suspendre son projet en attendant un moment plus propice. Le gouvernement chilien avait une autre priorité : la nouvelle constitution du pays devait être approuvée par référendum. Le 11 août 1980, elle fut plébiscitée par le peuple chilien. Ayant à l’esprit Churchill, «Il ne faut jamais, jamais, jamais abandonner le combat», Pinera s’empressa, le lendemain de ce référendum historique, de prendre rendez-vous avec le chef de l’État. Insistant sur le fait qu’il fallait profiter de l’euphorie du moment pour mettre en œuvre la réforme des pensions, il obtint le feu vert. Pinera, qui n’attendait que cela, appuya à fond sur la pédale de l’accélérateur. Avec ses collaborateurs, il élabora le projet de loi dans ses moindres détails. Il fit voter la loi par le parlement chilien, le 4 novembre 1980, qui coïncidait avec l’élection de Ronald Reagan aux États-Unis. Heureux présage! La réforme fut introduite le 1er mai 1981. Six mois étaient considérés une gageure, pour faire sortir du néant des fonds de pension et des autorités de régulation, mais il y parvint car il avait tout réfléchi avant le feu vert du président.

Aujourd’hui, 95 % des Chiliens disposent d’un compte personnel d’épargne retraite. Prudent et ne voulant pas soulever des espoirs infondés, Pinera avait misé sur un rendement annuel de 4 % de l'épargne retraite : il est de 9 %. Les irréductibles se contenteront, pour leur part, d’une maigre pension par répartition quand sonnera, pour eux seulement, l’heure de la retraite couperet. Après tout, c’est le choix qu’ils ont fait. Les autres pourront choisir, à leur guise, le départ en fonction de leurs intérêts. Rien ne vaut la liberté !

La masse d’argent collecté par les fonds de pension chiliens par capitalisation représente 80 % du PNB du pays. Avec cette épargne abondante, l’économie chilienne est sur un rythme de croissance de 7 % par an depuis 1980, exactement comme l’avait prévu Pinera. Cerise sur le gâteau, le Chili n’a ni dette extérieure, ni dette intérieure. De leur côté, les pays européens qui ont choisi la voie du socialisme, croulent sous des montagnes de dettes. Au cours de l’émission télévisée, José Pinera brandit la couverture du Figaro montrant l’Acropole. La Grèce est la première à monter dans la charrette des condamnés : l’agence de notation Fitch a dégradé sa note à BBB+. L’Espagne a reçu un avertissement de ces mêmes agences de notation.

José Pinera est sincère dans son désir d’offrir ses conseils aux gouvernements qui le désirent. Je me désole que le pays, qu’il aime le plus après le sien, ait toujours refusé de le consulter. Après le succès de ses réformes qui ont redonné la liberté à ses concitoyens, José Pinera n’a pas cherché, comme tant d’autres politiciens, à se cramponner au pouvoir. Il l’a quitté quand il s’est assuré que sa grande réforme ne pourrait être remise en cause par la gauche lorsqu’elle retournerait, un jour, au pouvoir. C’est bien ce qui s’est passé en 1990. Malgré quatre alternances, le système de capitalisation des retraites a survécu et prospéré. Comme me le disait Claude Reichman quand il m’a invité à l’émission, José Pinera a une vision compréhensible pour tout le monde de la réforme qu’il a proposée au peuple chilien. C’est pourquoi elle a autant de succès dans le monde. A ce jour, trente pays l’ont adoptée.

Pinera se considère comme un missionnaire qui prêche la bonne parole à ceux qui veulent bien l’entendre. Grâce à lui, des millions de ménages à travers le monde vont bénéficier d’une retraite décente. Si nous avons été privés de ses conseils, c’est parce que les énarques qui nous gouvernent ne veulent surtout pas nous accorder de liberté. Leur pouvoir repose sur une forte fiscalité et une redistribution de la richesse non pas envers ceux qui en auraient réellement besoin (ce serait trop beau) mais envers les plus hargneux, hier les communistes, aujourd’hui les verts, demain les islamistes…

L’euphorie de José contrastait avec notre pessimisme pendant l’émission. Et pour cause ! L’avenir de son pays est radieux alors que le nôtre est sombre. Avec un président de la République omnipotent mais incapable de tracer un sillon droit dans le champ qu’il est censé labourer, on ne saurait espérer une bonne récolte.

En mai 2008, Richard Rahn, le président de l’Institute for Global Economic Growth, écrivit dans les colonnes du Washington Post : « Si on vous demande de nommer la personne qui a offert la richesse et la sécurité au plus grand nombre à travers le monde, que répondriez-vous ? Beaucoup d’entre vous diraient que c’est Otto von Bismarck, qui a introduit en 1885 le premier système de sécurité sociale qui a servi de modèle aux États-Unis et à de nombreux autres pays. Non, Bismarck n’est pas la bonne réponse. La réponse est José Pinera. »


(1) « Le Taureau par les cornes : comment résoudre la crise des retraites » de José Pinera aux Éditions de l’Institut Charles Coquelin.

jeudi 10 décembre 2009

Harriman State Park


through the Lemon Squeezer


Stream before Seven Lake Road, 1st October 2008

My bedroom is cluttered of camping gears drying up. I pack them carefully in my backpack. As Breezy Point Inn does not serve breakfast, I walk back to town. The mile stretch helps me to clear another hangover. Yesterday evening after a diner washed down with three glasses of Chardonnay, it was too early to go to bed. There were some folks at the bar. I decided to have a beer while watching the crowd. The tape at Wall Street altered the mood of people. The Dow Jones Industrial Average dropped 777 points, as the House of Representatives turned down the bailout of seven hundred billions asked by the federal government. The fear reached last night the shores of Greenwood Lake. A woman told she rushed to transfer her assets from Merrill Lynch to a regional bank. After the collapse of Lehman Brothers, which bank will go under? The question is in every mind except a cowboy. “I don’t care of these jerks of Wall Street. I do not have an investment account. All my fortune lay in my barn.” He said it loudly in order to be heard by everyone inside the pub. A drunkard, lifting his head from his beer, answers him:”Oh! if I still can have a drink tomorrow, I’ll be fine.” Everyone laughs at his remark, except the stern cowboy who looks him with disdain. When I ventured to read flyers inside the hall, I staggered. Through the window, I saw Kim who was putting in order the tables. It was time for me to leave the place.

I stop at a small coffee shop, on Main Street, where I order my favorite two eggs and bacon. The failed bailout is making headlines. I write postcards to my friends. When done, I walk to the limit of town where I hope to get a ride back to the pass. A guy picks me up. After a mile, he turns right, which is not my direction. I ask him to drop me there. A Mexican, working in New York, picks me up. With a day off, he has decided to visit a friend in the countryside. He accepts to drive me back to the pass. He is happy to talk to someone. He has never heard about the Appalachian Trail. Our talk ends ten minutes later at the pass.

The trail goes through a wooden plateau and ends at Eastern Pinnacles, where I meet a couple gazing at the view. Skyscrapers of New York City loom above several undulating hills to the South but a strange building, on a slope of a hill to the North, attracts my attention. “Do you know what it is?” I ask to the couple. “It is a jail”, said the man who checks the location with his binoculars. “We are blessed in New York State with the Adirondaks and its four thousand peaks. We have climbed all of them” He adds proudly. “How many?” I ask him. “Forty six” answers his wife who is clasping her thighs between her arms to stay warm. “Those who have climbed them all are called Adirondak Forty-sixters.

The middle-aged couple is dedicated to peak bagging. The Appalachian Mountain Club maintain a list of peaks above four thousand feet above sea level (1219 m) “How long did it take you to climb them all?” The couple looks at each other before venturing to give an answer. “Oh! Probably twenty years”, said the man waiting for the approval of his wife who bows her head slowly. “We go there every summer”, he said with gusto. “The Appalachian Trail is going down this gorge before climbing to Wildcat” said the man while showing me the direction. A toothed ridge emerges from the forest. “Thank you both!” I said while loading my backpack.

Despite a low elevation, Bear Mountain with its 124 feet is the lowest point of the entire Appalachian Trail; the stage is quite hard with its steep ups and downs inside Harriman State Park. At Wildcat, I need to use my hands on the razor thin rocks. At the bottom of Fitzgerald Falls, I stop to take a picture. Ten years ago in winter, the falls were entirely frozen. Two trunks block the bottom of the mossy falls. The trail climbs to the right of the Falls.

Monbasha High Point requires my full attention to the downhill as the trail meanders through several cliffs. With Albert Mountain in Georgia, Monbasha is the steepest slope since the start of the Trail at Amicalola Falls. Then the trail crosses a paved road before resuming a roller coaster ride. Little Dam Lake is a jewel. It is my favorite with Island Pond inside Harriman Park. I come across two young hikers who ask me the name of the lake. At Arden Mountain, the rumbling of traffic increases. The trail crosses Interstate 87 and a rail track. Five years ago, workers were replacing the old rails.

At Island Pond, several mothers, with their offspring, are picnicking. As clouds hide the sun, I can not take a good picture of the beautiful lake. Will it rain tonight? I do not know the forecast. As the old canal is clogged, the outlet of the lake runs under a pile of rocks before flowing in a little valley. Now comes the next challenge of the day. The lemon squeezer is a giant broken boulder. The trail might have avoided but it goes through a narrow crack. Will I be trapped inside it? It remembers me the old days when I was climbing a chimney. At the end of the workout, I take a picture of myself. In the vicinity of Lemon Squeezer, I come across the New York Long path, linking New York City to Albany, the capital. I hope to hike, one day, this 350 miles trail.

Where will I sleep tonight? At Fingerboard shelter, inside a beautiful forest, I stop by. A young and dirty couple is there making a fire. There is no water in the vicinity. Inside the shelter, heavy smoke and humidity deter me to stay any longer. These shelters are the oldest one of the entire Appalachian Trail. They were built in the thirties.

The forest of Harriman Park is probably the most romantic setting on the entire length of the trail. There is a good reason for it. The Harrimans had opposed the building of a prison inside the forest. After the passing of her husband in 1909, Mary Averell proposed to the governor to give ten thousand acres of land (40 km²) and a gift of one million dollars for the creation of a State Park inside the forest. After the grant, the new park, wearing the name of her late husband, was created. During the Great Depression, the Civilian Conservation Corps offered thousands of jobs to young idle workers such as building trails, roads, camps and shelters. Fingerboard is one of them.

I follow low inclined slabs on the ridge of Fingerboard Mountain. At dusk, I wonder where I will spend the night. I check the guidebook. There is a stream two hundred yards before Seven Lakes Road. I hurry up in the downhill. At 6.50 pm on this first day of October, it is already dark. I have lost half an hour of daylight since the start of the trail at Harpers Ferry. In a tiny clearing, I do it myself while removing logs, I set up my tent; and then I cook pasta on a footbridge where I can sit properly. A toad caws nearby the bridge; it stops when I wash my pan. Inside the tent, I fill my daily log. I figure out my position with the databook. “Today I have hiked 19.7 miles in nine hours and half; not bad.” As soon as I close my eyelids, I fall asleep.

samedi 5 décembre 2009

L’esprit munichois



de gauche à droite : Chamberlain, Daladier, Hitler, Mussolini et Ciano


"Quand de grands changements se produisent dans l'histoire et que de grands principes sont en jeu, c'est une règle que la majorité se fourvoie toujours." Eugene V. Debs

Avec une destruction de 11 000 emplois en novembre, le taux de chômage, qui était de 10.2% le mois précédent, est redescendu à 10%. C’est pourtant la chose incroyable que vient d’annoncer le Bureau du Travail. Comment une destruction d’emplois, aussi minime soit-elle à l’échelle de la nation américaine, peut conduire à une régression du chômage ? Avec 15.4 millions de chômeurs officiellement déclarés, une décrue de 0.2 % du chômage équivaut à 30 800 personnes. On en déduit qu’avec 11 000 emplois perdus le mois dernier, l’économie américaine a réussi la prouesse de remettre 30 800 personnes au travail. En poursuivant cette logique absurde, chaque emploi détruit équivaut donc à la création de trois nouveaux emplois. Tel est le miracle accompli par l’ange noir de la Maison Blanche.

Dean Baker, du Center for Economic and Policy Research, a donné une explication du phénomène. La destruction d’emplois en octobre aurait été exagérée et les statisticiens l’ont corrigé le mois suivant. Cela ne saurait restaurer la confiance de l’opinion publique.

Les statistiques du marché de l’emploi sont trop sensibles pour être confiées à une agence gouvernementale. L’ancien Premier Ministre de la France avait fait de l’emploi son cheval de bataille pour gagner l’élection présidentielle. Les statisticiens de l’INSEE furent soumis à une rude pression de sa part pour parvenir à de bons chiffres. Officiellement, le taux de chômage est de 10% outre-Atlantique. Mais il existe beaucoup d’instituts de recherche indépendants dans ce pays pour donner une autre version moins glorieuse. Ainsi Alan Abelson, l’éditorialiste du Barron’s Magazine, fait état de 17.2% de chômeurs, si l’on veut bien inclure les gens radiés des statistiques de l’agence gouvernementale. Il y aurait 26 millions de chômeurs et non pas quinze recensés par le Bureau du Travail. On se rapproche inexorablement de la Grande Dépression avec son cortège de 25% de chômeurs de la population active. A l’époque, il n’y avait pas autant de fonctionnaires qu’à présent pour «affiner» les statistiques dans le sens voulu par le gouvernement. Mais comment voulez-vous qu’il en soit autrement lorsque les élus ne s’intéressent qu’à leur réélection ?

Le tripatouillage pour parvenir au résultat escompté

Tout est question de paramètres, que l’on inclut ou non, pour parvenir au résultat souhaité. C’est ce que nous ont appris les messages électroniques échangés par des scientifiques à la recherche de l’improbable réchauffement climatique lié à l’activité humaine. Lorsqu’on est payé pour obtenir une preuve, aussi ténue soit-elle, on ne peut pas décevoir son commanditaire en disant qu’il n’y a aucun lien entre la cause (CO2) et l’effet (réchauffement de l’atmosphère).

De même qu’après l’explosion de l’usine d’azotes fertilisants à Toulouse, survenue dix jours après les attentats de New York et de Washington, le gouvernement français de l’époque avait écarté, d’emblée, l’hypothèse très vraisemblable d’un attentat commis par un musulman de l’usine qui avait eu la bonne idée d’enfiler sept caleçons. Un fonctionnaire policier en charge de l’enquête avait eu cette phrase savoureuse : « A Paris ils veulent un accident, ce sera donc un accident ! » (1) On ne saurait être plus complaisant avec le pouvoir, même si cela va à l’encontre de la recherche de la vérité ou d’un respect minimum à l’égard des victimes et de leurs familles durement éprouvées par cette tragédie.

« Paris vaut bien une messe » avait déclaré Henri IV pour accéder au trône de France. « Les victimes de Toulouse valent bien la paix civile en France », peut-on conclure des déclarations précipitées d’un gouvernement affolé à l’idée que la piste islamique soit envisagée par des enquêteurs. Dans cette triste affaire, le gouvernement n’a fait que reculer le curseur d’un inévitable choc de civilisation. (2)

Le 30 septembre 1938, Daladier, Chamberlain, Mussolini et Hitler signèrent à Munich un pacte qui entérinait l’annexion des Sudètes par le Troisième Reich. En rentrant à Paris, Daladier fut, à sa grande surprise, acclamé par une foule en liesse. La paix avait été sauvée. A Alexis Leger, son ministre des Affaires Etrangères, il ne put se contenir de dire : « Ah les cons ! »

Chamberlain reçut le même accueil triomphal en Angleterre mais Churchill déclara, pour sa part, « L'Angleterre avait le choix entre le déshonneur et la guerre. Elle a choisi le déshonneur, et elle aura la guerre. » Les réactions officielles après le référendum en Suisse du 29 novembre 2009 sont une cruelle illustration de ce qui nous attend demain.

(1) Marc Mennessier « AZF un silence d’Etat » aux éditions du Seuil

(2) Samuel Huntington : "the clash of civilizations" aux éditions Simon & Schuster